‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 15 sur 139 · XXI! NOTICE SUR CANISIUS · texte numérisé non relu

XXI! NOTICE SUR CANISIUS

y travailler dans le collège que Ferdinand avait dessein de fonder à sa compagnie.

» Lejay était à la tête de cette troupe choisie ; mais ce saint homme étant mort en ces mêmes conjonctures, épuisé qu'il était par les travaux que son zèle lui avait fait entreprendre pour le bien de la religion , tout le poids de l'ouvrage retomba sur Canisius.

» On ne peut mieux juger de ce qu'il eut à souffrir dans cette nouvelle mission , que par la vue des désordres que l'hérésie avait causés dans l'Autriche , quelque soin que les princes de cette auguste maison eussent apportés pour en arrêter les progrès.

» C'était un sentiment commun en ce temps-là , qu'à peine y avait-il la vingtième partie dans un pays si catholique , qui eût pu se garantir de cette funeste contagion : elle s'était répandue dans tous les ordres de l'Etat; les écoles publiques en étaient infectées ; jusque dans le cloître , la piété n'était point à l'abri de ses atteintes ; plusieurs monastères étaient abandonnés ; la profession religieuse était tombée dans le dernier mépris ; l'état ecclésiastique n'était guère moins décrié : de sorte que , selon la remarque de l'évêque de Laybach , confesseur du roi Ferdinand , depuis près de vingt ans personne de la ville de Vienne n'avait été promu aux ordres sacrés. Par le même principe , plusieurs paroisses manquaient de pasteurs , ou , ce qui n'était pas moins déplorable , des sujets indignes , qui s'étaient ingérés d'y entrer sans vocation , y vivaient de la manière la plus scandaleuse , et faisaient voir l'abomination dans le lieu saint : les catholiques , que par dérision on traitait de papistes, avaient honte de paraître ce qu'ils étaient ; l'usage des sacrements était rare parmi eux , et souvent même tout-à-fait abandonné; les prédicateurs, par une lâche complaisance qu'ils avaient pour les nouveaux hérétiques , faisaient sonner bien haut dans la chaire l'excellence de la foi et des mérites de Jésus- Christ , et gardaient un profond silence sur la nécessité des bonnes œuvres , les livres de ces mêmes hérétiques passaient impunément entre les mains de

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tout le monde; c'était dans ces sources empoisonnées, que les parents puisaient l'instruction qu'ils donnaient à leurs enfants : en un mot, il n'était guère de parties dans tout le corps de l'Etat , qui fussent exemptes de la corruption générale.

» Voilà à peu près l'état où se trouvait la religion dans la capitale de l'empire , quand le Père Canisius y arriva. Ses frères commençaient à y travailler avec une application que le ciel parut bénir visiblement ; mais l'entier succès était particulièrement réservé à ses soins.

» On ne peut dire ce que son bon cœur souffrit d'abord à la vue de tous ces désordres : il en gémit devant Dieu , et dans l'amertume de sa douleur il écrivit au Père Ignace , pour obtenir par ses prières des lumières capables de dissiper les ténèbres de l'erreur, dont tous les pays du Nord étaient menacés. Ce saint général , qui (comme l'a prouvé surabondamment le procès de sa canonisation ) était luimême tout pénétré de zèle pour le salut des âmes , n'était que trop porté à lever les mains au ciel , pendant que ses enfants étaient engagés dans les combats du Seigneur ; il ordonna même dans tout son ordre , à la sollicitation de Canisius, un certain nombre de messes et de prières tous les mois , pour tous les pays septentrionaux , et pour la conversion des hérétiques : c'est là l'origine de cette sainte pratique , qu'on a continué d'y garder très-religieusement.

» Canisius ne se contenta pas de gémir et de prier ; il agit avec toute l'ardeur qu'on pouvait attendre de son zèle: il commença par l'employer au bien de l'université, où il avait une des principales chaires de théologie. La doctrine s'y trouvait altérée par l'entrée trop facile qu'on y avait donnée aux nouvelles opinions. Pour lui rendre sa première pureté , il eût voulu plus de sévérité dans l'examen des sujets qu'on y admettait aux degrés, ou qu'on faisait passer à la régence. Il tâcha d'inspirer là-dessus les mêmes sentiments aux autres docteurs \ mais il ne trouva point de pareilles dispositions dans l'esprit de tous ses collègues. Si le succès ne fut pas aussi prompt qu'il l'avait été à Ingolstadt,

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