NOTICE SUR CANISIUS. LUI
l'Eglise a pour les saints qu'elle honore d'un culte religieux après leur mort, voulut marquer en celte occasion combien il s'estimait heureux de sa présence , et se souvenant des paroles du Sauveur, que celui qui reçoit ses ministres le reçoit lui-même , il se prosterna à ses pieds après l'avoir embrassé avec les démonstrations de l'amitié la plus tendre, et lui protesta qu'il ne se lèverait point qu'il ne les lui eût lavés.
» On ne saurait exprimer quelle fut la confusion de l'humble serviteur de Dieu , quand il vit ce cardinal à ses pieds, dans la disposition de les lui laver, ni ce qu'il dit ni ce qu'il fit pour le détourner de cette action ; mais tout fut inutile; l'humilité, en cette rencontre , soutenue de l'autorité de réminent prélat , exigeait ce sacrifice de son obéissance : « Vous le voulez , Monseigneur, lui dit-il, et je ne » puis, à l'exemple de saint Pierre mon patron, ne pas me » soumettre aux ordres de celui qui me représente la per- » sonne de Jésus-Christ ; mais je vous supplie de croire que » si, en ce point, vous emportez devant Dieu.et devant les » hommes la gloire d'être plus humble que moi, j'aurai du » moins l'avantage d'être plus humilié que vous. » Le cardinal fit donc ce qu'il voulut, et son humilité se trouva fort satisfaite de l'obéissance de Canisius. Tous deux se promirent un grand silence sur cette action ; mais ceux qui en furent témoins , ne se croyant pas obligés au même secret , la divulguèrent, à la gloire des deux serviteurs de Dieu, que le Ciel voulait relever autant qu'ils avaient prétendu s'abaisser.
» Canisius, après avoir quitté Dillingue et passé ensuite quelques jours à Nuremberg auprès du roi Ferdinand, se disposait à repasser les monts pour assister à la congrégation générale de son ordre, que la guerre avait fait différer jusque-là ; mais à la prière du duc de Bavière , il se vit obligé de faire un voyage à Straubing : c'était une des quatre principales places des Etats des ducs de ce nom (et qui aujourd'hui continue à faire partie du royaume de Bavière). Ferdinand , qui était informé de l'état pitoyable où se