LU NOTICE SUR CANISIOS
voyage dans la plus froide et la plus rigoureuse saison de l'année, il disait qu'il ne s'était jamais senti plus de vigueur, et qu'il n'avait point de termes capables d'expliquer la joie intérieure dont il se sentait pénétré : a Peut-être que Notre- » Seigneur (c'est ainsi qu'il parlait) ne m'accorde ce lait » des consolations comme à un enfant que parce que je ne » suis pas capable d'une nourriture plus solide , que les » parfaits trouvent dans les croix et dans les désolations. » Je ne suis point encore digne d'offrir un parfait holo- » causte en odeur de suavité , et de souffrir de grandes » choses pour le nom de Jésus-Christ, que je cherche à » porter devant ces peuples. »
■ » Ayant rendu compte de sa commission à ceux qui l'en avaient chargé , il se remit à eux de l'exécution , et se disposa à partir de Strasbourg. Les chanoines du chapitre, voulant lui marquer combien ils étaient sensibles aux soins que son zèle lui avait fait prendre pour le bien du diocèse , lui offrirent une somme d'argent considérable et quelques insignes reliques, tirées du sanctuaire de leur église ; il y avait entre autres un doigt de saint Polycarpe. Ce dernier présent lui fut très-agréable; il le reçut avec cette profonde vénération qu'il avait pour toutes les choses saintes ; il regarda ces reliques comme un précieux trésor, dont il enrichit dans la suite l'église du collège de Fribourg en Suisse, lorsqu'il le gouvernait en qualité de recteur; mais pour l'argent, il le refusa constamment, quelques instances qu'on lui fit pour le lui faire accepter; il ordonna même à ses frères du collège d'Ingolstadt , à qui on l'avait envoyé après qu'il eut quitté Strasbourg, de le renvoyer sur-le-champ, pour marquer par cet exemple de désintéressement quel devait être celui que saint Ignace avait tant à cœur d'inspirer à ses enfants dans leurs fonctions , en ce temps malheureux , où les hérétiques accusaient les ecclésiastiques de s'enrichir par la dispensation des choses saintes. » De Strasbourg, Canisius se rendit à Dillingue, où l'attendait le cardinal d'Augsbourg. Ce prince de l'Eglise, qui avait pour lui, dès son vivant, toute la vénération que