NOTICE SUR CANISIUS. XCI
quatre cardinaux , qui s'occupât à chercher les moyens de ramener les hérétiques à la foi catholique. Dieu bénit son zèle et celui du P. François de Borgia, qui appuyait de si saintes intentions par le crédit qu'il avait auprès de Pie V. La congrégation fut établie , et on doit regarder celte bonne œuvre comme un fruit du zèle de ce saint pape et de ces deux autres saints personnages.
» Canisius n'eut pas moins à cœur le bien particulier de sa compagnie : uni avec son général , dans le dessein d'y augmenter la ferveur et l'esprit apostolique, il lui communiqua toutes les pieuses inventions qu'un zèle éclairé et soutenu d'une longue expérience peut suggérer.
» Il ne s'oublia pas non plus lui-même : croyant avoir trouvé le moment favorable d'être déchargé de l'emploi de provincial , tant l'humilité est quelquefois ingénieuse et pressante , il agit si puissamment auprès du P. Borgia , qui , par le même principe d'humilité, venait de faire tous ses efforts pour se démettre de celui de général , qu'il eut enfin quelque espérance qu'on aurait égard à ses prières.
» Ce fut un sujet tout particulier de joie pour tous ses frères de voir un homme qui faisait tant d'honneur à leur compagnie; il n'y eut personne, dans toutes les maisons qu'elle avait dans Rome , qui n'ait eu alors l'avantage de participer aux lumières et aux ardeurs de son zèle. Il y fit plusieurs exhortations , mais celle qu'il accorda aux novices le premier jour d'août eut un effet bien particulier : il y parla du bonheur d'un religieux que la sainteté de son état doit mettre en disposition de paraître devant Dieu. Saint Stanislas y assista : il entendit en même temps au fond de son cœur une voix intérieure qui lui parlait par la bouche de Canisius; il s'en expliqua dès le même jour à ceux qui étaient avec lui en conversation : « C'est à moi , leur dit-il , » que l'exhortation d'aujourd'hui s'adresse ; la préparation » à la mort est pour tous une pensée salutaire , parce qu'on » peut mourir en tout temps; mais elle est de nécessité » pour moi, qui dois mourir dans peu de jours. » L'événement suivit la prédiction . Stanislas mourut le jour de
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l'Assomption , plus par un saint transport de l'amour qu'il , avait pour Dieu , que par la violence de la maladie ; et il semble que Notre-Seigneur ait voulu que Canisius , après avoir aidé à perfectionner la vertu de Stanislas pendant sa vie, contribuât encore à la sainteté de sa mort, par les merveilleuses dispositions que le saint novice y apporta à la suite de l'exhortation qu'il avait entendue.
Canisius ayant heureusement terminé toutes les affaires qui l'avaient amené à Rome , reprit le chemin de l'Allemagne , et après avoir réglé , en passant par Inspruck , quelques affaires qui regardaient le bien de sa province , il arriva à Augsbourg. Il fut prié par les comtes Fugger de prêcher le carême dans l'église collégiale de Saint-Maurice : c'était une fondation de leurs ancêtres, où ces mêmes comtes avaient fait rétablir le culte catholique, malgré les efforts de quelques magistrats hérétiques , qui avaient soin de la fabrique de cette même église. Cette considération , jointe à la reconnaissance particulière que Canisius avait pour ces insignes bienfaiteurs de sa compagnie , le détermina , malgré toutes ses fatigues , à entreprendre de fournir encore cette pénible carrière ; il en sortit avec son succès ordinaire ; il se vit en même temps déchargé de son emploi de provincial , qu'il avait depuis quatorze ans ; ce qui lui donna une joie qu'il ne put s'empêcher de faire paraître au dehors. Il remercia aussitôt le P. Borgia de lui avoir accordé cette grâce ; et il le fit avec des sentiments d'humilité que ce grand saint, qui était lui-même si humble , ne pouvait assez admirer. « Vous avez quitté , lui répondit Borgia , la charge de la » province avec le même esprit qui vous l'avait fait rece- » voir; la joie, l'humilité, l'obéissance que vous avez fait » paraître dans cette action , répond au courage , à la » patience , au zèle , avec lequel vous avez soutenu durant » tant d'années le poids des affaires , pour les intérêts de » l'Eglise et de la compagnie. »
» Canisius se retira au collège de Dillingue , sa maison de prédilection, pour se livrer tout entier à la composition de l'ouvrage qu'il avait entrepris contre les centurialeurs
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de Magdcbourg , en même temps qu'aux exercices de la vie intérieure après lesquels il soupirait depuis longtemps. Mais il fut encore plusieurs fois tiré de celte retraite , tantôt par quelque œuvre de zèle , tantôt par le devoir de l'obéissance, jusqu'à ce qu'il fût mandé à Rome par le pape Grégoire XIII, successeur de saint Pie V, qui voulait savoir de lui ce qu'il croyait pouvoir contribuer le plus au rétablissement de la foi dans tous les pays du nord.
» Entre tous les moyens que l'homme apostolique prit la liberté de suggérer à sa sainteté , selon les ordres qu'elle lui en donnait, il lui dit, qu'il n'en voyait point de plus efficace, que d'établir le plus de séminaires que l'on pourrait, parce que , l'hérésie étant un mal contagieux qui se perpétue par les funestes principes dont elle infecte la jeunesse , et passe ainsi à tous les âges de la vie , on trouverait un remède proportionné à ce mal dans ces sortes d'établissements, d'où l'on pourrait tirer chaque année des prêtres, des prédicateurs et des pasteurs d'une doctrine saine et d'une vie pure , qui étant envoyés partout où leurs évêques jugeraient leur secours plus nécessaire, en extirperaient l'erreur, y conserveraient la foi , et par là renouvelleraient insensiblement la face de l'Eglise dans tous les pays que l'hérésie avait désolés. Il ajouta que c'avait été la pensée du P. Ignace dans la fondation du collège des Allemands; que les commencements de cet établissement avaient été très-heureux, grâce aux libéralités dont Jules III en particulier l'avait soutenu pendant toute sa vie ; mais que depuis la mort de ce pape , les guerres et d'autres affaires ayant détourné ailleurs les secours qui faisaient subsister ce collège , il n'avait plus été en état de fournir un assez grand nombre de sujets aux besoins de tant de provinces.
» Le pape, convaincu de la solidité de ces raisons, travailla tout de bon à remettre le collège des Allemands en état de répondre à de si saintes intentions ; il en augmenta la fondation , et en rétablit les bâtiments avec une libéralité digne du chef de l'Eglise : presque en même temps le collège des Anglais, qui ne cédait en rien à celui des Allemands,