‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 9 sur 139 · XIV NOTICE SUR CANISIUS · texte numérisé non relu

XIV NOTICE SUR CANISIUS

serviteurs, ne tirât sa gloire et leur propre avantage de cette petite disgrâce.

» En effet (comme nous avons vu nous- même la chose se réitérer à Paris il n'y a que quelques années ) , l'obligation de vivre séparément ne servit qu'à les unir davantage en esprit de charité ; par là ils se virent plus à portée de découvrir et de déconcerter les desseins des novateurs dans tous les différents quartiers où ils s'étaient dispersés. La patience avec laquelle ils s'élevaient au-dessus de la passion qu'on remarquait dans ceux qui les poussaient si vivement, contribua beaucoup à leur attirer de la compassion , de l'estime , de l'affection , et un désir sincère de les soulager. Les magistrats eux-mêmes, le premier feu de cette persécution ralenti , revinrent à des procédés plus doux ; ils permirent aux jésuites de rentrer dans leur maison , et quelque temps après , d'y vivre à leur manière et d'exercer dans la ville toutes leurs fonctions. On n'en resta pas là : du consentement unanime du clergé et de l'université, Canisius fut député vers le prince-évêque de Liège , fils du défunt empereur Maximilien Ier, et vers l'empereur Charles- Quint , pour les prier de venir en aide aux catholiques de Cologne, et il réussit dans sa double ambassade.

» De retour à Cologne , Canisius y fut reçu comme un ange de paix ; mais le ciel , qui l'avait fait naître pour le bien de l'Eglise entière , ne voulut pas que son zèle fût renfermé dans l'enceinte d'une seule ville : il commença à disposer les voies pour en faire recevoir les fruits dans tout l'empire d'Allemagne par l'autorité qu'il lui donna, en faisant éclater ses talents sur le plus grand théâtre qui fût alors.

» Pendant le séjour qu'il avait fait auprès de l'empereur, il n'avait pu se dispenser de voir souvent le cardinal d'Augsbourg , celui de tous les prélats d'Allemagne sans contredit qui avait le plus de mérite et le plus de zèle pour la religion catholique. Othon Truchsès, c'était le nom de ce savant cardinal, n'eut pas plus tôt vu Canisius, qu'il jugea que la Providence n'avait réuni de si rares talents dans ce saint religieux , que pour les faire servir au bien de toute

NOTICE SUU CANISIUS. XV

l'Eglise dans les besoins pressants où elle se Irouvait, et que par conséquent il fallait les faire connaître aux Pères assemblés à Trente pour le concile. Effectivement il résolut de l'y envoyer, et de le joindre au Père Lejay, qui s'y trouvait déjà en qualité de théologien. Malgré les liens réciproques qui s'étaient formés entre le savant jésuite et la population; catholique de Cologne , il fallut obéir : Canisius fit par les ordres du cardinal le voyage de Trente avec Wolfgang Rcmius , prévôt de l'église d'Augsbourg , et y étant arrivé , il se joignit au Père Lejay, en qualité de théologien du cardinal. Mais ils ne demeurèrent pas longtemps à Trente, le concile ayant été transféré à Bologne , un peu après l'arrivée de Canisius. Ils partirent donc de Trente avec Laynez et Salmeron , autres religieux de la même société , et se rendirent à Bologne : là , Canisius dit son sentiment , comme les autres docteurs, dans l'assemblée des théologiens; il eut même l'honneur d'y parler devant les Pères , si nous en croyons Raderus , autre historien de sa vie , qui assure avoir tiré ce fait des écrits de Canisius lui-même.

» Son séjour à Bologne n'y fut point inutile : Laynez et Salmeron avaient eu commission de la part du concile de recueillir et de réduire en ordre tout ce qu'on avait traité jusque-là sur la matière des sacrements. Canisius se trouva là heureusement pour les soulager dans ce travail : il écrivait aisément et poliment en latin, et il peignait très-bien; il se fit un honneur de pouvoir rendre ce petit service à ces deux grands hommes, qu'il regardait comme ses supérieurs, et pour lesquels il avait une profonde vénération. Enfin, dans toutes les occasions où ce jeune religieux eut à paraître (il n'avait que vingt-six ans), il ne soutint pas moins par son érudition , que par sa modestie , l'estime que ses confrères avaient d'avance acquise à leur compagnie.

» De Bologne , Canisius reçut d'Ignace l'ordre d'accompagner Laynez à Florence : ils y logèrent l'un et l'autre à rhôpilal , et quoique Canisius ne sût pas parfaitement l'italien, il sut rendre de bons services dans celte ville pendant les trois mois qu'il y demeura.

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