‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 98 sur 139 · Isaïe, LUI, 12 : a II a porté les péchés de plusieurs · texte numérisé non relu

Isaïe, LUI, 12 : a II a porté les péchés de plusieurs

30. I Pierre , 1 , 18-19 : « Sachant que ce n'a point été par des choses corruptibles , comme de l'or ou de l'argent , que vous avez été rachetés de la vaine superstition où vous avait fait vivre la tradition de vos pères ; — mais par le précieux sang de Jésus- Christ , cet Agneau sans tache et sans défaut. »

51 . I Jean , 1 , 7 : « Mais si nous marchons dans la lumière , comme il est lui-même dans la lumière , nous sommes en société avec lui comme lui avec nous ; et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. »

52. Apocalypse, /, 5 : « Il nous a aimés , et nous a lavés de nos péchés dans son sang. »

55. Ephésiens , I, 7 : « En qui nous trouvons la rédemption par son sang , et la rémission de nos péchés selon les richesses de sa grâce. »

54. Romains , VIII, 1G-18: « Puisque l'Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. — Si nous sommes enfants , nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu , et cohéritiers de Jésus-Christ , pourvu toutefois que nous souffrions avec lui , afin que nous soyons glorifiés avec lui. — Car je suis persuadé que les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion, etc. »

35. // Corinthiens, f, 7 : « Sachant bien, qu'ainsi que vous avez part aux souffrances , vous aurez aussi part à la consolation. »

5G. II Timothêe, II, 10-12 : « C'est pourquoi j'endure tout pour le salut des élus , afin qu'ils acquièrent aussi le salut qui est en Jésus-Christ, avec la gloire du ciel. — C'est une vérité très-assurée, que si nous mourons avec Jêstis^Christ , nous vivrons aussi avec lui; si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui. »

37. Hébreux, V, 8-9 : «. Quoiqu'il fut le Fils de Dieu, il a appris l'obéissance par tout ce qu'il a souffert : — et ayant consommé son œuvre , il est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. »

Question XII.

Quelle utilité et quel fruit pouvons-nous retirer du signe de la croix ?

Cette pratique usitée constamment dans l'Eglise parmi tous les pieux fidèles, à partir même de l'origine du christianisme , se recommande fortement par cela seul à notre respect et à notre piété. Et d'abord elle sert à réveiller en nous le sentiment de la

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reconnaissance pour le mystère qui s'est accompli en notre faveur sur la croix , et pour toutes les grâces dont ce mystère a été pour nous la source.

Elle nous excite en second lieu à mettre dans la croix du Sauveur toute notre gloire , comme toute l'espérance de notre salut.

Elle est de plus , de notre part , une protestation continuelle que nous n'avons rien de commun avec les juifs ni avec les gentils , qui les uns et les autres sont ennemis de la croix de Jésus- Christ , et qu'en dépit de leurs mépris comme de leur haine , nous ne voulons pas avoir d'autre maître que Jésus , et Jésus crucifié,,

Ce signe nous sert encore d'exhortation à la pratique de la patience , en nous offrant la perspective de la gloire éternelle à laquelle nous devons aspirer, et il nous est un avertissement muet d'embrasser sans répugnance la croix et les saintes voies de la croix , sous la conduite de Jésus-Christ notre divin chef.

Il nous fournit en même temps des armes victorieuses contre Satan , dont l'empire a été renversé par la vertu de la croix, et il nous rend forts en général contre tous les ennemis de notre salut.

Enfin nous prenons en main , pour ainsi parler , cet illustre trophée de la croix, pour commencer plus heureusement nos entreprises et les poursuivre avec plus de succès , assurés que nous sommes de vaincre par ce signe , et c'est pour tous ces motifs que nous répétons si fréquemment : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (XII).

TÉMOIGNAGES DE i/ÉCRITURE.

1 . Matthieu, XVI, 24 : a Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. »

Quis usus et fructus in eo est, quod crucem Christidigitisefformamus, et eâfrontem consignamus ?

Hune sanè ritum et veterum pietas, et constans Ecclesiœ consuetudo nobis commendat. Ac primiim hinc excitamur ad gratam memoriam summi mysterii atque beneficii , quod nobis in cruce peractum ac amplissimè donatum fuit.

Deinde provocamur ad veram sanctamque gloriam , et totius salutis nostrœ anchoram , in cruce Domini nostri defigendam.

Est hoc prœterea testimonium, nos cum inimicis crucis Christi Judœis ac Ethnicis nihil habere commune, sed contra hos

omnes libéré profiteri, quem colimus, Dominum Jesum et hune crucifixum.

Hoc etiam signaculo , ad patientiœ studium incitamur, ut si œternœ gloriae cupidi sumus (esse verô debemus omnes) crucem quam colimus et viam crucis , duce Christo non gravatim amplectamur. Neque minus arma hinc victricia petimus adversus Satanam olim crucis virtute prostratum , inimô et contra omnes nostrœ salutis adversarios ita communimur.

Démuni ut auspicatiiis ordiamur, et majorem in rébus gerendis successum experiamur, hoc crucis illustre trophœum arripimus, in hoc signo victuri ; sœpe dicere non dubitamus : In nomine f Patris, et -f- Filii, et-fSpiritûs Sancti.

2. Luc, IX, 25 : « Si quelqu'un veut venir après moi , qu'il renonce à soi-même , qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive. »

5. I Pierre , III , 14, 17-18 : « Si vous souffrez pour la justice , vous serez heureux , — car il vaut mieux être maltraités , si Dieu le veut ainsi , en faisant bien qu'en faisant mal ; — puisque Jésus- Christ même a souffert une fois la mort pour nos péchés , c'est-àdire, le juste pour les coupables, afin qu'il pût nous offrir à Dieu, étant mort en sa chair, mais vivifié néanmoins par l'esprit. »

4. Ibid., II, 19-21 : « Car ce qui est agréable à Dieu, c'est que nous endurions en vue de lui plaire les peines qu'on nous fait souffrir avec injustice. — Aussi quel sujet de gloire aurez- vous, si c'est pour vos fautes que vous endurez les soufflets ? Mais si , au contraire , faisant du bien , vous souffrez avec patience , c'est là ce qui est agréable à Dieu. — Car c'est là à quoi vous avez été appelés , puisque Jésus-Christ même a souffert pour nous , vous laissant son exemple , afin que vous marchiez sur ses traces. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

1 . Tertullien , De coronâ militis , faisant l'énumération des traditions non écrites , dit en particulier ces paroles : « S'agit-il de nous mettre en voyage et de changer de lieu , d'entrer ou de sortir, de nous habiller, de nous chausser, de descendre au bain, de nous mettre à table, de prendre de la lumière, de nous asseoir, ou d'entrer au lit , quelque chose que nous fassions , nous marquons notre front du signe de la croix : Quœcumque nos conversatio exercet, frontem crucis signaculo terimns. »

2. S. Basile-le-Grand , Lib. de Spir. Sancto, c. 27, ayant à rapporter les traditions non écrites venues des apôtres : « Pour commencer, dit-il , par la première de toutes comme par la plus vulgaire , qui est-ce qui nous a enseigné par écrit à marquer du signe de la croix ceux qui ont mis leur espérance dans le Christ? )>

5. S. Augustin , Lib. de catech. rudibus, c. 20 : « Votre front va être aujourd'hui marqué du signe de la croix ou de la passion du Christ , comme chaque israélite marquait autrefois du sang de l'agneau pascal le dehors de la porte de sa maison , et c'est ainsi que tous les chrétiens ont coutume d'imprimer sur eux le même signe. )>

4. Le même , Tract. 118 m Evang. Joan. : « Quel est , comme chacun sait, le signe de Jésus-Christ, sinon la croix de Jésus-Christ ?

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Ce signe est tellement prescrit aux chrétiens , que s'il n'est imprimé sur le front de ceux qui reçoivent le baptême , ou sur l'eau même dans laquelle ils sont régénérés , ou sur l'huile employée en qualité de chrême à les confirmer , ou sur le sacrifice dont ils nourrissent leur âme , il n'y a rien de tout cela qui soit fait dans l'ordre. »

5. S. Grégoire de Nazianze , Oral. 4, contr. Julian. Apost. : « Julien , voulant s'instruire de l'avenir, consultait les démons,' et descendait dans je ne sais quel antre obscur, inconnu et inaccessible à la plupart des hommes. L'aspect en était horrible. Hé! plût à Dieu qu'il fût tombé dans l'enfer, avant de se porter à de telles abominations ! 11 était accompagné , à la descente de ce lieu ténébreux , d'un homme , digne , comme lui , d'être enseveli dans les plus noirs abîmes , qui passait pour fort habile dans l'art de la divination, mais qui n'était qu'un fourbe et un imposteur. C'est l'usage de ces sortes de devins , d'aller consulter les démons dans certains endroits obscurs et souterrains , soit parce que les ténèbres plaisent aux démons , puisqu'ils sont des esprits de ténèbres, aimant les ténèbres où s'enveloppe le crime, soit parce que les imposteurs , en général , évitent l'œil des gens de bien , ouvert sur leurs artifices.

» Julien, avec tout son courage, tremblait en y entrant, frappé, dit-on , d'un bruit inconnu de voix confuses , qui prenaient par intervalles un accent plus formidable , de l'infection des odeurs qui s'exhalaient, de la vue de spectres tout en flammes, et de prestiges ridicules, mais inattendus. Dans son épouvante, l'habitude qu'il avait du signe de la croix le fit recourir à cette armure , et à la protection de celui-là même dont il était le persécuteur. Les détails qui suivent ont encore quelque chose de plus effrayant. Le signe de la croix eut son effet. Les démons sont vaincus , ils fuient, et les terreurs avec eux. L'empereur, rassuré, revient à son premier dessein : mêmes spectacles, mêmes terreurs. Le disciple éperdu ne sait ce qu'il doit faire. Son maître revient à la charge ; il finit par triompher des alarmes de son prosélyte , pour l'entraîner avec lui dans les abîmes du crime. »

6. S. Jérôme, Epist . 22 ad Eustoch. de custod. virg. : « Que votre main trace le signe de la croix à chacune de vos actions, à chacun de vos pas : Ad omnem actwn, ad omnem incessum manus pingat crucem. »

7. Le même , ad Fabiol. de vest. sacerd. Epist. 128 : « Ce que signifiait autrefois la lame d'or placée sur le front du grand-prêtre

(Exod., XXVIII, 36, 58) , le signe de le croix la signifie aujourd'hui parmi nous. Autrefois aussi , suivant le prophète Ezéchiel , un signe libérateur était marqué sur le front aux juifs affligés (Ezech., IX, 4) ; aujourd'hui, en portant la croix , nous pouvons dire avec le Psalmiste : « La lumière de votre visage , Seigneur, est gravée sur nous » (Ps. IV, 7 ).

8. Le même, in IX Ezech. sup. ea verba, Omnem autem super quem vider itis Thau ne occidatis : « Dans l'ancien alphabet des hébreux, dit-il, qu'ont conservé les samaritains, la dernière lettre, qui est le thau , a la ressemblance de la croix que les chrétiens ont coutume de marquer sur leur front , et de tracer souvent avec leur main. »

9. S. Jean Chrysostôme, in I Cor. Hom. 42 : « Ceux qui adorent la croix, et participent aux mystères sacrés , etc. »

10. Le même , in Mat t. Hom. 54 , al. 55 : « Portons gaîment la croix de Jésus-Christ, comme nous porterions une couronne. Car tout ce qui concerne notre salut reçoit de là sa perfection. A-t-on besoin d'être régénéré , vite la croix ; s'agit-il de se nourrir de l'aliment mystique , de recevoir l'ordination , ou de toute autre chose semblable, encore et toujours notre symbole de victoire. Aussi avons-nous soin de représenter partout la croix , dans nos maisons , sur nos murailles , sur nos fenêtres , sur nos fronts , sur nos cœurs , aussi-bien que dans nos pensées. Car c'est bien là le signe de notre salut , de la liberté du monde et de la douceur de notre divin Maître si bien exprimée par ces paroles : Il s'est laissé mener à la mort comme mie brebis qu'on allait égorger (Act., VIII, 32 ; Is., LUI , 7 ). Lors donc que vous vous signez , rappelez-vous le mystère entier de la croix , et étouffez en vous la colère et les autres passions déréglées. Lorsque vous vous signez , mettez la confiance sur votre front et la liberté dans votre âme. Vous savez sans doute les moyens d'acquérir cette liberté, telle qu'elle convient à des chrétiens. Rappelez-vous seulement ce que dit le grand Paul pour nous exhorter à l'acquisition de ce bien précieux , lorsque , mettant sous nos yeux et la croix et le sang de notre commun Maître , il ajoute : Vous avez été rachetés à nn grand prix, ne vous faites pas les esclaves des hommes (I Cor., VII, 23 J. C'est comme s'il nous eût dit : Pensez quel est le prix qui a été payé pour vous, et vous ne vous ferez l'esclave d'aucun homme quel qu'il soit. Et par ce prix , il entendait la croix. Car il ne s'agit pas de l'imprimer simplement avec le doigt, mais il faut avant tout qu'une foi vive nous la grave ddfisle cœur. Si c'est de cette manière que

vous la représentez sur votre front , aucun esprit impur n'osera s'approcher de vous , en vous voyant ainsi armé de l'épée dont il a été frappé déjà , de l'arme terrible qui lui a fait une plaie mortelle. En effet, si nous-mêmes , en voyant les lieux où l'on exécute les condamnés, nous ne pouvons nous défendre d'un certain frisson, concevez , je vous prie , ce qu'éprouveront les démons , et Lucifer à leur tête , en apercevant ce glaive avec lequel le Christ a renversé leur puissance , avec lequel il a coupé la tête au dragon infernal. Gardez-vous donc de rougir d'un bien qui vous est si avantageux , si vous ne voulez pas que le Christ rougisse de vous quand il viendra dans sa gloire , en faisant briller devant lui son étendard rendu plus éclatant que tous les rayons du soleil. Car ce sera la croix qui paraîtra alors , et la seule vue de la croix sera pour tout l'univers une prédication éloquente en faveur du Maître que nous servons , un témoignage péremptoire de l'immensité de son sacrifice. C'est ce signe encore qui , et du temps de nos pères, et de nos jours mêmes , a plus d'une fois ouvert les portes des prisons , arrêté l'effet mortel des plantes vénéneuses , neutralisé les poisons les plus subtils , guéri des piqûres des serpents et des aspics. Eh! qu'y a-t-il d'étonnant, si après avoir forcé les portes de l'enfer, rouvert celles du ciel , rendu facile de nouveau l'accès du paradis , ruiné la puissance du démon , ce signe peut aussi empêcher les poisons , et les animaux venimeux , et les autres choses semblables de nous faire du mal ? Gravez donc avec soin la croix dans votre cœur, et embrassez avec amour ce gage précieux du salut de nos âmes , etc. »

il. L'auteur de Y Histoire tripartite (1), Lib. VI, cl, exhist. eccles. Theodoreti, lib. III, c. 3 : « Julien en vint donc à ambitionner le trône impérial. Dans cette pensée , il se mit à parcourir toute la Grèce , cherchant partout des devins qui pussent l'assurer qu'il parviendrait à l'empire , et il finit par en trouver un qui se rendit à ses vœux. En conséquence, ils se transportèrent de compagnie dans un lieu rempli d'idoles , et là , après avoir introduit le prince dans l'appartement le plus secret , le prétendu prophète se mit en travail d'évoquer les démons séducteurs. A leur aspect effrayant, Julien, glacé d'effroi, forme comme malgré lui un signe de croix sur son front. Les démons n'eurent pas plus tôt aperçu l'image du trophée du Christ , que se souvenant de leur défaite , ils prirent

(1) Cassiodore, qui a traduit en latin pour ses moines de Viviers les trois histoires grecques de Socrate, de Sozomène et de Théodoret, collationnées ensemble. *

sur-le-champ la fuite. Le magicien s'en aperçut , et quand Julien , qui pour se défendre lui fit part de la terreur dont il avait été saisi , et de l'admiration où l'avait jeté la vertu de la croix , dont le seul aspect avait suffi pour faire disparaître les démons: Ne pensez pas, mon prince , lui répliqua le magicien , que les démons aient craint comme vous le dites ; mais c'est plutôt l'horreur qu'ils ont eue de ce signe qui a causé leur retraite. Et par cette nouvelle imposture , il inspira à ce malheureux prince une haine de plus en plus forte pour le signe du chrétien. »

12. S. Ephrem de Syrie, Lib. de verâpœnit., c. 3 : « Chrétiens, tenons-nous séparés des gentils et des juifs , et ornons nos portes de l'image précieuse et vivifiante de la croix , en disant avec l'apôtre Paul : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Imprimons ce signe salutaire , et sur nos portes , et sur nos fronts , et sur nos lèvres, et sur nos poitrines, et sur tous nos membres. Armons-nous de cette arme , qui doit être invincible entre les mains de tout vrai disciple de Jésus-Christ. Elle a vaincu la mort ; elle est l'espérance des fidèles ; elle est la lumière du monde ; elle est la clef du paradis ; elle est le fléau des hérésies, la consolation des solitaires , l'appui de la foi , la puissante sauvegarde et la gloire éternelle des orthodoxes. Chrétien, que cette armure t'accompagne en tous lieux , et tous les jours de ia vie , la nuit comme le jour, à tous les instants ; n'entreprends rien sans elle ; que tu dormes ou que tu veilles , ou que tu sois en voyage ou que tu sois occupé de quelque ouvrage , que tu manges ou que tu boives , que tu traverses les mers ou les fleuves , couvre-toi de cette cuirasse , revêts chacun de tes membres de ce signe protecteur, et les maux ne pourront t'atteindre. A l'aspect de ce signe , les puissances ennemies s'effraient , tremblent et se retirent. C'est la croix du Christ qui a sanctifié le monde , elle en a dissipé les ténèbres , en y ramenant la lumière. Elle a exterminé les erreurs; elle a montré à tous la véritable route. Elle a recueilli les nations des quatre parties du monde, et les a faites toutes entrer dans la même Eglise, pour n'avoir toutes qu'une même foi , sous un même chef, avec le lien commun de la charité. La croix est l'invincible rempart des chrétiens. »

43. Origène, Hom. VIII in div. Evang. locos : « L'humilité du Fils de Dieu est notre orgueil ; sa croix est notre victoire ; son gibet est notre triomphe. Portons avec joie cet étendard , élevons avec orgueil ce signal de victoire. Imprimons sur nos fronts ce

signe de notre salut éternel. Les démons trembleront en l'apercevant. Ils ne craignent pas les capitoles dorés ; mais ils craindront la croix. Les sceptres des rois , la pourpre et le luxe des Césars ne leur font aucune peur ; mais les haillon3 et les jeûnes du chrétien leur commanderont le respect. Quoi de plus? Nous voyons dans Ezéchiel que l'ange exterminateur ayant commencé ses exécutions par le peuple de Dieu , il n'y eut d'épargnés que ceux qui portaient sur le front le signe du Tau , lettre qui représente la croix. Réjouissons- nous donc, mes frères, et élevons vers le ciel des mains innocentes en forme de croix : les démons , nous voyant ainsi armés, seront terrassés par cette seule vue. Tant que Moïse tenait ses mains élevées en haut , Amalec pliait. S'il les abaissait, Amalec reprenait le dessus. Les vergues et les mâts des navires , destinés à soutenir les voiles , ne représententils pas aussi la croix? Les oiseaux eux-mêmes, quand ils planent dans les airs avec leurs ailes étendues, tracent l'image de la croix. Que dis-je ? Les trophées de victoires , les étendards portés en triomphe , sont des croix. Mais ne nous bornons pas à les porter sur nos fronts , ayons-les surtout gravées dans nos cœurs , et ainsi défendus , nous pourrons à la suite du Christ marcher sans crainte sur l'aspic et le basilic » (Ps. 90).

14. Ruffin, Eccles. Hist. lib. HJ c. 29 : « Voici un fait dont la ville d'Alexandrie fut témoin : les bustes de Sérapis, qui étaient des images peintes dans toutes les maisons , sur tous les murs , à toutes les portes et à toutes les fenêtres, se trouvèrent tellement effacées, qu'il n'en resta plus de traces, ni même le nom, et il en fut de même des autres démons ou faux dieux qui peuplaient auparavant la ville ; et à leur place on vit l'image de la croix de Notre-Seigneur dépeinte par chacun à l'envi sur les portes , dans les vestibules, aux fenêtres, aux murs et aux colonnes. Les païens qui restaient, voyant cela, se rappelèrent un fait mémorable fondé parmi eux sur une ancienne tradition. C'est que les Egyptiens comptent , dit-on , la croix parmi les lettres de leur alphabet , qu'ils appellent hiératiques ou sacerdotales, et que cette lettre a pour eux le même sens que pour nous la vie à venir. Ceux donc d'entre eux que la vue de tant de prodiges déterminait à embrasser la foi , disaient avoir appris des anciens que leur culte d'alors subsisterait jusqu'à ce qu'ils vissent paraître le signe dans lequel était la vie. De là vient que ces conversions eurent lieu encore plus parmi les prêtres et les ministres des temples, que parmi le peuple qui aimait à se bercer dans ses erreurs. »

15. Nicéfhobe, Hist. eccles., lib. XVIII, c. 20 : ;< L'empereur, voyant que les Turcs que Ghosroès avait envoyés à Constantinople portaient sur le front en guise de stigmates des croix imprimées à l'aide d'une certaine encre , leur demanda pourquoi ils portaient sur eux des signes qui n'étaient pas l'objet de leur culte. Ils lui répondirent qu'une peste affreuse s'était déclarée il y avait quelques années en Perse et dans leur patrie , et que comme ce fléau faisait beaucoup de victimes , des chrétiens qui se trouvaient parmi eux leur avaient persuadé que , s'ils avaient recours à ce moyen , ils n'auraient plus rien à craindre , et que le fléau cesserait dans le pays, et qu'ils s'étaient bien trouvés d'avoir suivi ce conseil. »

16. S. Cyrille de Jérusalem, Catech. IV illuminatorum : « Tant d'autres ont subi en divers temps et en divers lieux le supplice de la croix : en a-t-on jamais vu dont le nom , invoqué par ses disciples , ait mis en fuite les démons? Ne rougissons donc pas de la croix de Jésus-Christ. Imprimez-la sur votre front, afin que les démons voyant ce royal étendard , s'enfuient en tremblant. Armez-vous de ce signe en toutes circonstances , soit que vous mangiez , soit que vous buviez , ou quelque autre chose que vous fassiez. »

47. Le même, Catech. XIII illuminatorum : « Cet arbre de vie a donc été planté en terre, pour que cette terre maudite pût désormais être en bénédiction , et les morts être rendus à la vie. N'ayons donc point de honte de confesser Jésus crucifié, mais imprimons sans crainte le signe de la croix sur nos fronts , et qu'il en soit de même dans tout le reste : imprimons partout la croix , et sur les choses que nous mangeons, et sur celles que nous buvons , et en entrant dans un lieu , et en sortant de ce lieu , et avant le sommeil , et quand nous sommes au lit , et quand nous nous levons, et en mouvement, et en repos. Cette puissante sauvegarde ne coûtera rien aux pauvres , elle est toute gratuite ; elle ne doit point effrayer les infirmes, car elle n'exige aucune fatigue ; signe de salut pour les fidèles , objet de terreur pour les démons , c'est une grâce dont nous sommes purement redevables à la bonté divine. C'est par ce signe que l'empire des démons a été renversé. Montrez-le leur donc sans crainte. Toutes les fois qu'ils voient la croix , ils se rappellent celui qui a été crucifié. Ils redoutent celui qui a écrasé la tête du dragon. Et si l'impression de ce signe ne vous coûte rien , ne le regardez pas pour cela comme peu de chose; n'en ayez au contraire que plus de vénération pour le bienfaiteur. »

18. S. Jean Chrysostôme, Demonst. adv. Gentilesquod Christus sit Deus : « Cet objet de malédiction et d'infamie , ce signe odieux du dernier supplice , le voilà proposé à tous les hommages comme à tous les vœux. La couronne des monarques est pour leurs têtes un ornement moins illustre que cette croix , plus précieuse que le monde entier. Et ce que naguères on n'envisageait qu'avec horreur, on en fait aujourd'hui sa plus riche parure. Tous , depuis celui qui porte le sceptre jusque dans les dernières classes de la société , en impriment le signe sur leur front ; ils en décorent la plus noble partie d'eux-mêmes , et l'y gravent à tous les moments du jour, comme une inscription sur une colonne. On la porte au banquet sacré , dans l'imposition des mains que fait le prêtre , dans la participation au pain eucharistique qui nous incorpore la chair de Jésus-Christ. Elle se montre en triomphe dans les maisons, dans les places publiques , dans les solitudes , dans les chemins , au milieu des montagnes , sur le sommet des collines et dans le fond des vallons , sur les eaux et dans la navigation , dans les îles les plus reculées. Elle se produit dans tous les actes de la vie, tant généraux que particuliers; sur les murailles des édifices, mêlée aux pierres les plus précieuses , appliquée sur les corps des animaux malades et des hommes possédés du démon , dans les assemblées des riches fastueux et dans les paisibles retraites des solitaires. Tant est vif l'empressement avec lequel chacun recherche à l'envi l'un de l'autre cet admirable présent. Chose admirable! personne n'en rougit , personne n'en a honte , quoiqu'on sache bien que c'est là le symbole d'une mort ignominieuse ; et cela n'empêche personne de s'en orner avec plus d'orgueil qu'on ne le ferait d'un diadème , d'une couronne , d'un collier ou de bracelets de prix. Non-seulement on n'en a aucune aversion , mais on le désire et on le recherche avec ardeur ; et partout on le fait briller, et sur les murailles, et sur les faîtes des maisons, et sur les livres, dans les villes et dans les bourgs , et dans les lieux habités , et dans les déserts.... Pourquoi donc tout l'univers est-il tellement jaloux de posséder ce bois où a été crucifié le corps sacré du Sauveur, que ceux qui peuvent en avoir la moindre parcelle , hommes ou femmes , l'incrustent dans de l'or, l'attachent à leurs cous , et s'en font honneur et gloire , encore bien que c'ait été un bois maudit? »

19. S. Athanase , dans la Vie qu'il a écrite de saint Antoine, rapporte que ce saint solitaire disait aux démons : « Si vous pouvez quelque chose , si Dieu vous a donné pouvoir sur moi , me voici ,

dévorez-moi si cela vous plaît. Mais si vous ne le pouvez pas , pourquoi faire des efforts inutiles ? En effet , le signe de la croix et la foi au Seigneur est pour nous un rempart inexpugnable. » Et dans un discours adressé à ses moines , il disait : « Les démons ont coutume de venir la nuit nous surprendre, en se donnant pour les anges de Dieu , et en louant à dessein notre régularité , admirant notre persévérance , nous promettant les récompenses à venir. Lorsqu'ils se présenteront à vous, armez- vous, armez vos cellules du signe de la croix , et aussitôt ils s'évanouiront comme de vains fantômes : car ils redoutent par-dessus tout le trophée avec lequel le Sauveur, après avoir désarmé les puissances de l'air, en a triomphé à la face du monde. »

20. S. Jérôme, Vita S. Hilarionis : « Il (Hilarion) entendit une nuit comme des cris de petits enfants , des plaintes de femmes , des bêlements de brebis , des mugissements de bœufs , des rugissements de lions , le bruit d'une armée , et le son horrible de plusieurs voix affreuses mêlées ensemble , afin qu'étant épouvanté de ce qu'il entendait , il se rendît même avant d'avoir rien vu. Mais il reconnut aussitôt que tout cela n'était qu'une illusion du démon ; et s'étant mis à genoux , il fit le signe de la croix, et armé de ce casque d'un nouveau genre , en même temps que du bouclier de la foi , il combattit avec d'autant plus de courage qu'il mettait moins sa confiance en lui-même. Ayant eu cependant quelque curiosité de voir ce qu'il avait horreur d'entendre , il jeta soigneusement les yeux de côté et d'autre , et aperçut tout d'un coup à la lueur de la lune un chariot , dont les chevaux étaient enflammés , qui venait fondre sur lui. Alors , dès qu'il eut invoqué Jésus-Christ , la terre s'ouvrit en sa présence , et engloutit tout cet échafaudage ; ce qui lui fit dire comme à Moïse : Il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier; et cet autre passage de l'Ecriture : Ils se glorifient en leurs chariots et en leurs chevaux; nous, au contraire , nous ne nous glorifions que dans le nom du Seigneur. Vers ce même temps , le grand tremblement de terre qui arriva après la mort de Julien , ayant fait dépasser à la mer ses limites accoutumées, il semblait que Dieu menaçât les hommes d'un second déluge , ou que la nature fût sur le point de rentrer dans son ancien chaos ; car on voyait jusqu'à des vaisseaux s'accrocher au sommet des montagnes. Les habitants d'Epidaure entendant les horribles mugissements des vagues , et voyant ces montagnes d'eau s'avancer vers leurs habitations, eurent peur que leur ville ne fut entièrement submergée , comme cela était autrefois arrivé.

Ils vinrent donc trouver le vieillard , et comme s'ils eussent voulu engager une bataille , le mirent à leur tête sur le rivage. Hilarion fit trois signes de croix sur le sable et étendit les mains contre cette inondation , comme pour en arrêter le cours. Alors la mer s'enfla on ne saurait croire jusqu'à quelle hauteur, en se tenant ainsi élevée devant lui sans avancer davantage. Enfin, après avoir long-temps mugi , indignée de l'obstacle qui lui était opposé , elle s'abaissa peu à peu et rentra dans son lit. La ville d'Epidaure et toute la contrée d'alentour font encore aujourd'hui de ce miracle l'objet de leurs récits , et les mères le racontent à leurs enfants , afin d'en transmettre ainsi la mémoire à la postérité. »

21 . S. Ignace , Epist. ad Philippenses (1) : « Le signe de la croix est un trophée élevé contre la puissance du prince de ce monde , qui s'effraie à sa vue, et craint même d'en entendre parler. »

22. S. Ambroise, Serm. 43 (2) : « Nous devons donc dès notre lever rendre grâces à Jésus-Christ , et sanctifier avec le signe du Sauveur tout ce que nous ferons dans la journée. Eh quoi ! lorsque vous étiez païen, n'aviez- vous pas coutume de consulter les signes, de chercher avec inquiétude ceux qui pouvaient amener la prospérité dans vos affaires? Maintenant vous n'avez point à craindre de vous tromper sur le nombre : un signe seulement , celui du Christ, assurera le succès de toutes vos entreprises. Celui qui sèmera sous ce signe, recueillera sûrement la vie éternelle. Celui qui entreprendra un voyage en s' armant de ce signe , ne pourra manquer d'arriver jusqu'au ciel. »

23. Eusèbe de Césarée, De vitâ Constantini Magni, lib. I, c. 22 : « Comme l'empereur était en prières , il eut une vision divine et tout-à-fait surprenante , qu'on aurait peine à croire , si c'en était un autre qui l'eût rapportée ; mais puisque c'est l'empereur qui nous l'a racontée à nous-même qui écrivons cette histoire, et qu'il nous l'a racontée long-temps déjà après l'événement , et depuis que nous avons été admis à son intimité , qu'il nous l'a même assurée par serment , qui pourra hésiter d'y ajouter foi , après surtout que les faits eux-mêmes en ont si hautement confirmé la vérité? Il nous a dit que le soleil ayant déjà achevé plus de la moitié de sa course, c'est-à-dire comme il était un peu après midi ,

(i) Au jugement de Noël-Alexandre ( Hist. eccl. sœc. I et II , c. XII, art. XVI) et des meilleurs critiques, cette épitre est controuvée.

(2) Ce sermon , comme la plupart des autres attribués à saint Ambroise, n'est pas de ce Père. — Voir Noel-Alexaisdre, ibidem, sœc. III, c. VI, art. XXVII, § i.

il avait vu très-clairement au-dessus du soleil l'image de la croix toute formée de ses rayons les plus brillants , et sur cette croix une inscription contenant ces mots : In hoc vinces (vous vaincrez par ce signe). L'admiration le saisit en même temps, lui et toute son armée qui l'accompagnait en ce moment, et qui fut par conséquent spectatrice comme lui de ce prodige. » Ibidem, c. 23: « Il m'a ajouté que, comme il était fort occupé de savoir ce que pouvait signifier ce prodige , la nuit l'avait surpris au milieu de ces pensées, et que , tandis qu'il dormait , l'Oint de Dieu lui avait apparu avec le même signe qui avait brillé au ciel , et. qu'il lui avait ordonné de faire faire un étendard de la même forme, dont il se ferait accompagner ensuite pour le protéger dans tous les combats. » Ibidem, c. 24 : « Dès que le jour eut paru de nouveau , Constantin se leva , et après avoir dit à ses amis la vision qu'il avait eue, il manda les plus habiles orfèvres et les plus industrieux lapidaires , se plaça au milieu d'eux , leur décrivit la forme du signe même , et leur donna l'ordre de disposer d'après ce modèle leurs dorures et leurs pierreries. Nous avons eu un jour le bonheur de voir de nos propres yeux cette image , que , grâces à Dieu , l'empereur lui-même a daigné nous montrer. » Ibidem, c. 25 , l'historien donne la description de l'étendard fabriqué en forme de croix, que les Romains appellent aujourd'hui labarum. Puis il ajoute : « En conséquence l'empereur, à partir de ce moment, s'est toujours fait accompagner de ce signe , qui lui servait de rempart contre toutes les agressions de ses ennemis ; et il a voulu que de semblables étendards fussent toujours portés en tête de toutes ses troupes. » Ibidem, c. 53 : « Il a fait dresser au milieu de la ville (de Rome), c'est-à-dire sur la place la plus fréquentée, ce magnifique trophée de ses victoires ; et sur ce trophée, il a fait graver en caractères ineffaçables ce signe salutaire, pour qu'il .soit exposé en vue à tout le monde et serve de boulevart à tout l'empire romain. Et la statue qui le représente lui-même , tenant ,en main l'étendard fait en forme de croix , n'a pas plus tôt été dressée à Rome dans un des lieux les plus fréquentés de la ville , qu'il a fait mettre au bas cette inscription écrite en latin : Hoc salutari signo, vero fortitudinis indicio, civitatem vestram tyrannidis jugo liber ans, pristinœ amplitudini et splendori restititi; c'est-à-dire : « C'est par ce signe salutaire , indice non trompeur du courage , que j'ai délivré votre ville du joug de la tyrannie , et l'ai rendue à son ancienne grandeur et à son ancienne gloire. »

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