‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 28 sur 68 · DE L*EXPIATION DES PÉCHÉS · texte numérisé non relu

DE L*EXPIATION DES PÉCHÉS

de la sévérité avec laquelle la justice divine punit les péchés des hommes; C'est ce que Ton comprendra, si Ton médite seulement cette terrible sentence de Notre-Seigneur : Je vous déclare que les hommes rendront compte, au jour du jugemetht, de toute paroU inutile qu'ils auront dite; ou bien cette parole de l'apôtre saint Pierre : Cest à peine si le juste sera sauvé. C'est ce qui faisait dire à Job, malgré la justice de ses œuvres et l'innocence de sa vie : Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche. Et à l'apôtre Paul : Cest une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. Si nous nous jugions nous-mêmes, disait ailleurs le même apôtre, assurément nous ne serions pas jugés. Heureux, dit le Sage, r homme qui est toujours dans la crainte ; mais celui qui a le cœur dur tombera danslemali}\\).

TÉMOIGINAGES DE L*ÉGRITURE.

1. JoB , XXIV, iî : (( Us ( les hommes dont il est parlé dans les versets qui précèdent) font gémir les hommes dans les villes, et ceux qu'ils ont maltraités poussent leurs cris vers le ciel, et Dieu ne laissera point ces désordres impunis. )>

2. Matthieu, XII; I Pierre, IV; Job, IX; Hébreux, X; I Corinthiens XI, Proverbes, XXXVIII ( comme dans le corps de la réponse).

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

l. S. Augustin, Epist. CVIII (al. 265) ad Seleucianam: «U y a encore la pénitence journalière de ceux-là mêmes des fidèles qui vivent dans la piété et l'humilité. C'est celle qui nous fait

Quitus autem remediis peccata leviora purganturf

Ut ejusmodi animae sordes in hac vite diluantur, Kcclesia vêtus remédia isthaec agnovit et in usu habuit, humilem sui accusationem , Dominicam precationem, pecloris tunsionera, et alias id genus pias in Deum , ac etiam erga proxiraum exercitationes , corporisqne afliictiones spontè ac rcligiose ^usceptas. Quae quidem remédia tantô liibentiUs ac studiosiiis amplectuntur sapientes , quô rcctilis norunt , et diligen-

tiUs expcndunt diviuœ justitiae in yinài- [est durœ,corruet in malum.

candis peccatis severitatem. Qiiod vel ex illa metuenda Christi sententia planum fieri potest : Dico vobis, quoniam omne verbum otiosum , quod locuti fuerint homines, reddent rationem de eo in die judicii. Itemque ex illo dicto Pétri :

Justus vix salvabitur. Ut hinc Job , vir alioquin justus et innoc«ns , dixerit :

Verebar omnia opéra mea, sciens qiû^ non parceres delinquenti. Et apostoins Paul us : Horrendum est incidere «»

manus Dei viventis. Quod si nos ipsos dijudicaremus, ut idem admonet, no»

utique judicaremur, Beatus igitur homo, qui semper est pavidus : qui verà pietUis

DÉ L^EXPiATlôN DES PÊCHES. 26Ô

dire tous les jours en frappant notre poitrine : Pardonnez-nom nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (Matth., VI, 12). Car le pardon que nous demandons par-là n'est pas le pardon des péchés commis avant le baptême, puisque nous ne doutons point que Dieu ne nous les ait remis quand nous avons reçu ce sacrement; c'est le pardon de ces péchés légers, à la vérité , mais fréquents , où la fragilité humaine nous fait tomber, et que nous devons avoir soin d'expier sans cesse , de peur que leur multitude ne nous accable, comme pourrait le faire quelque grand péché. Car qu'un vaisseau soit enfoncé ou par ces montagnes d'eau que forment les tempêtes, ou par ce qui y pénètre peu à peu au travers des fentes, et qu'on aura négligé de vider, c'est également faire naufrage. Voilà ce qui fait que nous devons recourir sans cesse aux remèdes que nous présentent le jeûne, l'aumône et la prière ; et lorsque dans ces saints exercices nous disons, Pardonnez-nou^ nos offenses comme nous pardonnons , nous faisons voir qu'il y a toujours quelque chose en nous qui a besoin de pardon; nous humilions nos âmes par cet aveu de nos péchés, et nous faisons en quelque manière une pénitence perpétuelle (1). ))

2. Le même, Enchirid, ad Laurentium^ c. 71 (al. 24, 19) : « A l'égard des fautes légères et de surprise , dont la vie d'icibas n'est jamais entièrement exempte , la prière journalière des fidèles en est le remède et l'expiation. J'appelle prière des fidèles l'oraison dominicale, parce qu'il n'appartient qu'à ceux qui, régénérés par l'eau et par l'esprit, sont devenus les enfants de Dieu , de s'adresser à lui en cette qualité et de lui dire : Notre Père qui êtes aux deux. Je dis donc que cette prière, qui nous a été enseignée par Jésus-Christ , a la vertu d'effacer les fautes légères et journalières. Elle contribue même à effacer dans les fidèles les péchés le? plus considérables, pourvu qu'ils y aient renoncé par une véritable pénitence et un sincère changement de vie. Mais pour que l'oraison dominicale ait un si précieux effet , il faut que, comme c'est avec vérité que nous disons : Pardonnez* wottô nos offemes, parce qu'il y a toujours en nous des péchés à pardonner, ce soit aussi avec vérité que nous ajoutions : Comme nmtë pardannons à ceux qui nous ont offensés; c'est-à-dire, qu'il faut que nous fassions effectivement ce que nous disons , et que

nous accordions du fond du cœur à ceux qui nous ont offensés

(i) Cf. Lettres cte mint Àugmlin, t. VI, p. 590-591.

27Ô bE l'expiation des pèches.

le pardon qu'ils nous demandent, et qui est une sorte d'aumône (1). »

' 3. Ibidem, c. 72 : « 11 y a plusieurs sortes d'aumônes dont la pratique nous aide à obtenir la rémission de nos péchés (2). »

4. Le même, Tracl. XII in Joannem, comme plus haut, question précédente , témoignage 8, page 263.

5. Le même, Serm, XLI de Sanctis, comme plus haut, chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 16, tome III , page H 4 .

6. Le même, Lib. XXI de Civitate Dei, c. 27; voir à la question précédente, témoignage 3, page 260.

7. Le même, Lib, L homiliarum, hom. 50, c. 8, et Lib, de pœnitentiœ medicina, c. 2 : (c Je n'en finirais pas, 'si je voulais faire l'énuméralion de toutes les fautes que chacun aperçoit et reprend en soi-même, s'il se regarde avec quelque attention dans le miroir des divines Ecritures. Bien que chacune de ces fautes ne porte pas un coup mortel à l'àme, comme le feraient l'homicide, l'adultère et d'autres crimes énormes, toutes ensemble cependant, quand elles sont trop multipliées, donnent la mort à l'âme , ou ternissent tellement sa beauté , qu'elle n'est plus digne des chastes cmbrassements du divin époux , de cet époux que le Psalmiste contemplait en esprit comme le plus beau d'entre les enfants des hommes {Ps, XLIV, 3), si l'on ne prend soin de s'en purifier par une pénitence journalière. Si ce que je dis ici est faux, pourquoi nous frappons-nous tous les jours la poitrine? Nous-mêmes , tout pontifes que nous sommes , lorsque nous officions à l'autel, nous nous frappons la poitrine comme les autres; et de là vient aussi que nous y disons la prière qui nous est prescrite de même pour tous les jours de la vie : Remettez-^ious nos dettes, comme nous faisons à l'égard de ceux qui nous doivent. Car nous ne demandons pas à Dieu par ces paroles qu'il nous remette les péchés qui nous ont déjà été remis par le baptême, et que nous devons croire être effacés, si nous ne voulons pas remettre notre foi même en question; mais ces paroles s'appliquent à nos fautes journalières , pour lesquelles chaque fidèle ne cesse d'offrir en sacrifice, autant qu'il en a la faculté, ses aumônes, ses jeûnes , et ses prières mêmes. » ^

(!) €f. Le Manuel de saint Augustin^ dans rcavrage cité, tome Ht pag. hOi-kO'^.

^3) Cf, Ibidm, p. 40<t.

DÉ L^EXPÏATÎON DES PÉCHÉS. ^7l

8. Le qualrième concile de Tolède, c. 9 : « Voici ce qu'a dit saint Augustin : A Tégard des fautes légères, etc. » C'est le passage cité plus haut, témoignage 2, page 268.

9. S. Prosper, in Sententiis AugusUni, Sent, vel capite 210 : « Les péchés , soit petits , soit grands , ne peuvent rester impunis : car ils sont punis nécessairement, ou par la pénitence que l'homme peut accomplir, ou par le jugement que Dieu prononcera tôt ou tard. Mais la colère de Dieu s'arrête , si elle est prévenue par la conversion de l'homme. Car Dieu aime à pardonner à ceux qui mettent leur confiance en lui , et à ne pas juger ceux qui se jugent eux-mêmes. )>

10. S. Augustin, in Ps. LVIII; voir plus haut, article des péchés contre l'Esprit-Saint , question VII, témoignage 2, page 183.

QneAtlon IV.

Suffit-il de s' abstenir du péché?

La justice chrétienne , qui fait actuellement l'objet de notre élude, présente deux parties, qu'elle nous recommande toutes deux comme également nécessaires , par ces paroles : Evitez le mal, et faites te bien; ou comme dit saint Paul : Ayez le mal en hoirenr et attachez vous fortement au bien. Ce n'est donc pas assez, comme l'enseigne saint Augustin, de s'abstenir du mal, si l'on ne fait en outre ce qui est bien , et ce serait faire trop peu que de ne nuire à personne, si l'on ne s'appliquait de plus à se rendre utile. .

C'est pourquoi, maintenant qne nous avons terminé selon nos forces cette première partie de la justice, qui consiste à interdire le mal, il est à propos qu'avec l'aide de Dieu, nous traitions de même la seconde, qui a pour objet de nous guider dans la pratique du bien (IV).

Anne satis est à peccatis abstinere î

Jastitia qnidem christiana, de qna hocnsque diximus , duas partes proponit, et velut œquè ncccssarias nobis commendat hisce verbis : Déclina a malo , et fac bonum, Sicut et Paulus docet : Odientes VMlum et adhssrentes bono* Non sailicit

igitur, quod Augustinus perspicuè dixit, abstinere à malo, iiisi fiât quod bonuiti est : et parum est nemini nocere, nisl studeas multis prodesse.

Quaproptcr absoluta ulcunque Justitiae priore parte, quaî mala prohibet, consequens est, ut favente Christo de altéra porrô, quae in bonis consectandis est posita , dicere pergamus.

Page 1