TÉMOIGNAGES DES PÈRES
1 . Les canons dits des apôtres, canon 50 : « Si un évêque, un prêtre ou un diacre, ou tout autre ministre, s'abstient du mariage, de la chair des animaux ou de l'usage du vin non par mortification, mais par horreur pour la chose même, en oubliant que tout ce que Dieu a fait est bon, et que c'est lui qui a établi dans le genre humain la différence des sexes , en calomniant en conséquence par un affreux blasphème l'ouvrage du Créateur; quil rétracte sa conduite passée, ou qu'il soit déposé et expulsé de l'église. Qu'il en soit de même du laïque qu'on trouvera dans le même cas. »
2. Ibidem^ canon 52 : « Si un évêque, un prêtre ou un diacre, s'abstient un jour de fête de manger de la viande par horreur pour cet usage, et non simplement par mortification, qu'il soit déposé comme ayant une conscience souillée, et comme étant pour le grand nombre un sujet de scandale. »
3. Le concile de Gangres, canon 2 : « Si quelqu'un condamne comme un homme dont le salut serait désespéré celui qui mange de la viande avec foi et piété, tout en s'abstenant du sang et des viandes étouffées ou immolées, qu'il soit anathème. »
4. Le concile 1 de Tolède, in asserlione fidei : a Si quelqu'un ose dire où est dans cette croyance, qu'on doit avoir en exécration la chair des oiseaux ou des bestiaux, qui a été donnée en nourriture à l'homme, et s'en abstenir par ce motif, et non pas simplement par motif de pénitence, qu'il soit anathème. Si quelqu'un s'associe à l'erreur de Priscillien, ou prend à tâche d'agir dans l'administration du saint baptême autrement que ne le fait le siège de saint Pierre, qu'il soit anathème. »
5. Le concile I de Brague, canon 14 : w Si quelqu'un, partageant la doctrine de Manichée et de Priscillien, regarde comme impures les viandes que Dieu a créées pour notre nourriture, et qu'ainsi il n'ose goûter des légumes même cuits avec de la viande, qu'il soit anathème. »
6. Ibideniy canon 32 (al. 31) : « Les clercs qui ne mangent point de viande mangeront au moins des herbes cuites avec de la viande, pour éviter tout soupçon d'être priscillianistes. S'ils refusent de le faire, qu'on les tienne pour excommuniés, comme suspects de cette hérésie, et qu'on les dépose sur-le-champ, conformément à ce que les saints Pères ont ordonné anciennement sur ces sortes de personnes. »
7. S. Augustin, Lih. XXX contra Fauskim manichœum, c. 5 (1) : « Apprenez donc ce que vous avouez ne pas voir, quelle est notre pensée lorsque nous vous intentons ce reproche. Ce n'est pas que nous trouvions mauvais que vous vous absteniez de la chair des animaux, puisque cela a été pratiqué par l'ancien peuple, au moins par rapport à certaines viandes, comme vous ne vous faites pas faute de me le rappeler; mais si les justes de l'ancienne loi en usaient ainsi, ce n'est pas qu'ils condamnassent l'usage des viandes, mais c'était en vue de quelque signification mystérieuse, comme je l'ai déjà suffisamment expliqué dans les précédentes parties de cet ouvrage. Et si les chrétiens aussi, j'entends les catholiques et non les hérétiques, s'abstiennent de manger de la viaiide, c'est pour réprimer les révoltes de la chair et punir l'âme elle-même du consentement qu'elle a pu y donner, et non parce qu'ils regarderaient peut-être la chair des animaux comme quelque chose d'impur. Et ce n'est pas seulement de la viande qu'ils s'abstiennent ainsi; mais ils usent de la même réserve par rappori à certaines productions de la terre, presque tous au moins pendant le carême, et quelques-uns même dans tous les temps de l'année, plus ou moins, selon ce que chacun peut ou veut en cela. Vous, au contraire, vous niez de l'ouvrage même de Dieu qu'il soit bon, et vous le déclarez impur, sous prétexte que c'est le démon qui forme la chair avec les parties les plus grossières de la matière, ouvrage, selon vous, du principe mauvais; et partant de ce faux principe, vous avez la chair en horreur et vous la rejetez comme quelque chose d'immonde, comme un lien cruel qui retient votre Dieu enchaîné...
)) L'Apôtre, après avoir dit qu'il y aurait des hommes qui
interdiraient l'usage des viandes^ que Dieu a créées pour être reçues
avec action de grâces par les fidèles et par ceux qui ont reçu la
connaissance de la vérité, ajoute : Car tout ce qu& Dieu a créé est
hoUj et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de
^grdces, parce que cela est sanctifié par la parole de Dieu et par la
prière (/ Tim.j IV, 3-8). Voilà les vérités que vous niez; voilà
dans quelle pensée vous vous abstenez d'ahmenlsde cette espèce :
vous les regardez comme mauvais et impurs par leur nature
même, et non pas simplement par la signification qu'on peut
leur donner. En cela, vous blasphémez sans aucun doute celui
(i) Cf. s. Augustini opéra, t. VIII, col. W7, édil. des Bénédictins; col. 6SS-686, édit. de Gaume.
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qui les a créés, et c'est bien là suivre, comme le dit PÂpôtre, des doctrines diaboliqaes. Ne soyez dont point étonnés que TEspril- Saint ait prophétisé cela de vous « longtemps avant que vous parus»ez dans le monde. »
8. Le même, Lib. de morihus mankhœorum, c. 13 : « A moins peut-être que vous ne considériez comme sceau de la bouche, et en même temps comme chose digne d'admiration et de louange, la loi que vous vous êtes faite de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin. Mais je vous demanderai quelle est la fin que vous vous proposez dans cette pratique. Car si la fin à laquelle nous rapportons ce que nous faisons, ou en vue dé laquelle nous le faisons, est non-seuiement innocente, mais encore digne d'éloge, l'action même que nous ferons le sera également; si au contraire la chose que nous avons en vue drns ce que nous entreprenons mérite le bl&me, nous aurons sans aucun doute le même jugement à porter de l'entreprise elle-même. L'histoire^ rapporte de Gatilina qu'il endurait avec courage le froid, la soif et la faim. Ainsi donc cet homme impur et sacrilège avait cela de commun avec nos apôtres. Par où donc le distinguer de ces derniers, sinon par la fin si dififérente de la leur qu'il se proposait? Car s'il consentait à endurer ces tourments, c'était pour pouvoir assouvir ses passions immodérées et monstrueuses, tandis que les apôtres ne se proposaient au contraire que de les réprimer, et de les assujettir à l'empire de la raison. Vous aussi, lorsque quelqu'un vaiite devant vous le grand nombre de vierges que l'Eglise catholique renferme dans son sein, vous avez coutume de répliquer : Quoi d'étonnant? une mule n' est-elle pas vierge? îiangage téméraire sans doute, et qui prouve bien l'ignorance où vous êtes de la discipline de nôtre Eglise; mais qui prouve en même temps que, de votre aveu, la pratique de la continence que vous garderiez vous-mêmes est chose tout-à-fail vaine, si vous ne vous proposez pas en la gardant une fin louable. Les catholiques à leur tour pourraient à bon droit comparer l'abstinence que vous pratiquez par rapport à la viande et au vin, à celle qu'observent dans le même genre quantité de quadrupèdes et d'oiseaux, de vermisseaux enfin. Mais je ne veux pas m'attirer le reproche d'imiter la témérité de votre langage. Examinons plutôt, et avant tout, quelle fin vous vous proposez en cela. Car je pense que vous convenez maintenant, que c'est à ce point de vue qu'on doit envisager ces usages. Si donc vous pratiquez cette abstinence par motif d'économie, ou pour réprimer
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les mouvements de la concupiscence qu'ont coutume d'exciter ces sortes d'aliments et de boissons, je ne pourrai alors que vous décerner des éloges. Mais ia fin que vous vous proposez est bien différente. »
9. Ibidem, c. 14 : k On doit voir maintenant quelle fin peut justifier l'abstinence de la viande et du vin. Cette fin doit être, ou de réprimer le plaisir qu'on ressent particulièrement à manger de ces sortes d'aliments, et qui peut aller jusqu'à l'ivresse lorsqu'il s'agit de boissons telles que le vin ; ou en second lieu , de s'épargner des scrupules de conscience, à cause des viandes qui peuvent avoir été immolées à des idoles, ou du vin qui peut leur avoir été offert en libation; ou en troisième lieu, par motif de charité, motif le plus louable des trois, à savoir pour ménager les scrupules des faibles qui s'abstiennent de ces aliments ou de ces boissons. Vous, au contraire, vous réputez ces choses impures, malgré ce qu'a dit l'Apôtre, que toutes choses soni pures pour ceux qui sont purs {Rom.^ XIV, 20), mais qu'un homme fait mal de manger de quoi que ce soit, hrsqu'en le faisant il scandalise les autres. Aussi suis-je bien persuadé que vous vous rendez coupables en usant de ces mêmes aliments, par cela même que vous les croyez impurs. Car voici ce que le même apôtre dit encore : Je sais et je stiis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est commun de soi-même^ et n'est tel que pour celui qui le croit tel {ibib., v. 20). Car qui peut douter que ce mot commun, xoivov, est mis pour signifier quelque chose d'impur et de souillé ? »
10. Le même, in Libro contra Adimantum Manichœi discipuhm, c. 14 : « Si l'Apôtre a recommandé quelquefois de ne pas manger de viande ni de boire de vin, ce n'est pas qu'il ait tenu ces choses pour impures, comme ceux-ci voudraient se le persuader, et réussissent à le faire croire à quelques gens simples qu'ils entraînent avec eux dans la même erreur; mais comme il a pris la peine d'expliquer lui-même sa pensée, ce n'est pas à nous qu'il convient de l'interpréter ou de l'expliquer. Nous n'avons besoin que de rapporter ici tout ce passage de l'épître de l'Apôtre, pour rendre évidente la raison qui l'a porté à tenir ce langage, et tout à la fois la perfidie de ces hommes qui prennent à dessein quelques passages détachés des saintes Ecritures pour tromper les simples, en leur laissant ignorer et ce qui précède ces passages et ce qui vient à leur suite dans le texte sacré, et qui peut servir à déterminer la pensée de l'écrivain. Voici donc
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ce qu'écrivait l'Âpôtre : Recevez avec charité celui qui est encore faible dans la fois sans vous amuser à contester, etc. Qu'est-il besoin d'expliquer ces paroles pour faire comprendre quelle a été la pensée de l'Apôtre quand il écrivait ces lignes, et quelle est la malice de ceux qui prennent perfidement quelques paroles éparses dans les Ecritures, afin de s'en sei'vir pour circonvenir les simples? Car ce que dit l'Apôtre, c'est que tout est pur lorsqu'on le ccoit tel, et que tout peut devenir impur pour celui qui croit impure telle et telle chose, et qu'il faut s'abstenir d'en manger lorsqu'Dn ne pourrait le faire sans scandale, c'est-à-dire lorsqu'on se trouve en présence de gens assez simples pour se croire obligés de s'abstenir de toutes sortes de viandes, dans la crainte de tomber sur des viandes immolées aux idoles, et pour s'imaginer que celui qui en mange le fait en l'honneur des idoles, pour en être par conséquent tout scandalisés, bien que la viande même immolée aux idoles ne souille nullement celui qui en mange de bonne foi sans savoir qu'elle a été eflectivement immolée. Voilà pourquoi l'Apôtre défend ailleurs de faire aucune question lorsqu'on est pour acheter de la viande, ou lorsqu'étant invité par quelque infidèle on voit servies sur sa table de ces viandes que nos adversaires appellent impures, non parce qu'elles ont pu être immolées aux idoles, mais parce que c'est de la chair de quelque animal, malgré ce que dit l'Apôtre que toutes choses sont pures, que toute créature de Dieu est bonne, que tout est sanctifié par la parole et par la prière, et qu'on ne doit pas moins s'en s'abstenir, si cela doit scandaliser quelque esprit faible. L'Apôtre, dans un autre endroit de ses épîtres, a désigné très-clairement ces esprits téméraires, lorsqu'il a dit qu'il y aurait dans les derniers temps des hommes qui interdiraient le mariage j et rusage des viandes que Dieu a créées (/ Tim,, IV, 1-3). Car il désigne par-là, non ceux qui s'abstiennent de manger de la viande pour dompter leur concupiscence ou pour ménager la faiblesse de leurs frères, mais ceux qui regardent comme impure la viande elle-même, et qui nient que Dieu en soit le créateur. ^)
H. Théodoret, Epitome divinorum decretorum, c, de absUnentid : a L'Eghse n'entend pas de la même manière que les hérétiques l'abstinence du vin, de la viande et d'autres choses de cette nature. Car les hérétiques prétendent qu'on doit s'en abstenir comme de choses abominables. L'Eglise au contraire n'enseigne rien de semblable; car elle ne défend point en
général l'usage de ces choses, et c'est pour cela qu'elle n'inquiète pas ceux qui s'accordent la jouissance de ces biens. et de ces plaisirs permis, pas plus que ceux qui se la refusent; et ceux mêmes qui se refusent cette jouissance, si leur conscience est droite et éclairée , ne condamnent point ceux qui se la permeltent. Car chacun est le maître ou de s'abstenir, ou de jouir du plaisir qu'il peut trouver à user de ces aliments. D'ailleurs la vie monastique n'est imposée à personne, et ceux qui l'embrassent ne font en cela qu'user de leur liberté. C'est ce que nous enseignent les apôtres eux-mêmes dans leurs écrits. Qtie celui qui mange de tout, dit saint Paul {Rom., XIV, 3), ne méprise pas celui qui ne mange pas de tout; et que celui qui ne mange pas de tout, ne condamne pas celui qui mange de tout. Le même apôtre dit encore : Toutes les viandes sont pures; mais un homme fait mal d'en manger, brsqu*enle faisant il scandalise les autres (ibid., v. 20). C'est ce qui lui a fait écrire, en prenant à partie les impies euxmênoes, les paroles suivantes dans ses épîtres à Timothée : L'esprit dit expressément que, dans les temps à venir, quelques-uns^ abandonnermit la foiy etc. (/ Tim„ IVy 1). Et d^ns celles aux Corinthiens, il va jusqu'à prescrire aux fidèles de cette Eglise naissante de manger indistinctement de tout ce qui se vendrait à la boucherie, sans s'enquérir d'où cela venait par un scrupule de conscience (/ Cor,, X, 25 et suiv.) ; et à ceux que les infidèles inviteraient à manger chez eux, de manger sans scrupule de tout ce qu'on leur servirait, à moins que quelqu'un ne les avertît que ces viandes avaient été immolées aux idoles. Tant cet homme divin était éloigné d'interdire l'usage de la viande. Enfin Noire-Seigneur lui-même a dit à son propre sujet : Le Fils de thomme est venu mangeant et buvant, et ils disent : Voilà un homme qui aime à faire bonne chère et à boire du vin; il est ami des publicams et des gens de mauvaise vie (Matth., XI, 19). Et quand il célébra la Pâque, il mangea de l'agneau avec ses disciples; invité à des noces, non-seulement il ne défendit pas l'usage du vin, mais encore il fit un miracle pour en procurer aux conviés. L'erreur des encra ti tes ou des abstenants est donc clairement condamnée par les enseignements divins. L'Eglise de l^ieu au contraire ne fait que se conformer à ces enseignements en répudiant les fables des hérétiques. »
12. S. Bernard, Serm, LXVI in Cantica : a II me reste à réfuter ces hommes par la doctrine de l'Apôtre. Ils s'abstiennent, ^mme il l'avait annoncé prophétiquement, des viandes que Dieu
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a créées pour être reçues avec action de grâces ; et amsi ils se montrent hérétiques , non en ce qu'ils s'en abstiennent , mais en ce qu'ils le font dans des dispositions hérétiques. Car moi aussi je m'abstiens assez souvent; mais mon abstinence a pour but d'offrir une satisfaction pour mes péchés, et non de mettre eo pratique une doctrine impie autant que superstitieuse. Est-ce que nous faisons à «saint Paul un reproche de ce qu'il châtiait son corps et le réduisait en servitude? Je m'abstiens de boire du vin, parce que c'est une occasion de luxure ; ou, si je me trouve faible de santé, j'en prends modérément, suivant le conseil qu'en a donné saint Paul. Je m'abstiens de manger de la viande, de crainte qu'en nourrissant ma chair, elle ne nourrisse aussi mes vices. J'userai d'une certaine mesure dans le pain même que je prendrai, de peur qu'ayant l'estomac trop chargé, je ne devienne paresseux pour la prière , ou que je ne m'attire de la part du Prophète le reproche de manger mon pain jusqu'à me rassasier (EzEGH., XYI, 49). Je ne prendrai pas même l'habitude de boire rien que de l'eau avec excès, de peur que mon ventre distendu ne s'en trouve disposé aux appétits grossiers. L'hérétique agit autrement. Il a horreur du lait et de tout ce qui en provient, en un mot de tout ce qui tient à la génération ; ce serait bien et toutrà-fait conforme aux principes du christianisme, s'il le faisait , non parce que ce sont des choses qui en proviennent , mais parce que ce sont des choses qui y excitent. Mais que prétend-il, en témoignant cet éloignement pour tout ce qui provient de la génération? Une observance si marquée par rapport aux aliments me fait naître des soupçons. Toutefois, si vous avez pour la justifier l'ordonnance de quelque médecin , nous ne blâmons point ce soin que vous prenez de votre corps : car qui jamais a voulu le mal de son propre corps {Eph., V, 29)? Seulement, qu'un tel soin ne soit pas poussé à l'excès. Ou bien encore , si c'est pour suivre les instructions des médecins des âmes qui recommandent l'abstinence , nous n'avons q'ue des éloges à donner à cet effort de vertu qui vous porte à dompter votre chair et à réprimer vos passions. Mais si, partisan de l'erreur insensée de Manès, vous prétendez limiter les bienfoits de' Dieu, le payer d'ingratitude, et vous érigeant en censeur de ses ouvrages , déclarer impur, par une témérité inouïe , ce qu'il a créé et nous a donné pour être reçu de nous avec c^ption de grâces, en un mot, si vous vous abstenez de cette sorte d'aliments comme d'un mal, bien loin d'applaudir à votre abstinence, je n'aurai que des malédictioiu à
M mom. 383
donner i votre perversité et à vos blasphèmes, et je vous appellerai impur vous-même , vous qui pensez qu'il y a quelque chose d'impur dans le monde. »
13. S. Isidore de Séville, Lib, I de of/kiis ecdesiiutieis : u L'usage du vin et de la chair des animaux a été accordé à notre espèce à la suite du déluge. Car il n'avait pas été permis dès le commencement, et les premiers hommes, selon qu'il est écrit, n'avaient pour nourriture que les fruits des arbres et les herbes qui portent leur graine sur la terre {Gen., I, 29). Mais plus tard, Noé reçut pour lui et ses descendants la permission de manger de la chair de toute espèce d'animaux , comme aussi celle de boire du vin. Lorsqu'ensuite Jésus-Christ a paru dans le monde, comme il est le principe et la fin, il nous a retiré à la fin des temps ce qu'il avait de même interdit au commencement des choses , en disant par l'organe de son apôtre : /( est bon de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin {Rom., XIV j i). Et encore : Que celui qui est faible mange des Ugumcs {Ibid,, 21). Ce n'est donc pas parce qu'elle serait mauvaise en elle-même que la chair des animaux est défendue, mais parce qu'elle favorise l'impureté charnelle ; car elle est le foyer comme l'aliment de tous les vices. Les viandes sont pour le ventre, et le ventre est pour les viandes j et m jour Dieu détruira l'un et fatUre (/ Cor., VI, 13). Quant aux poiâsons, nous pouvons en manger, puisque Notre-Seigneur en a mangé après sa résurrection (Joan., XXI, 10). Et ni le Sauveur ni les apôtres n'en ont jamais interdit l'usage. »
14. Le concile YI de Constantinople (1), canon S6 : « Nous avons appris qu'en Arménie et ailleurs, quelques-uns se per-
* mettent l'usée des œufe et du fromage les samedis et les dimanches du carême. Nous avons statué en conséquence, que toute l'Eglise de Dieu répandue dans l'univers doit suivre la même règle dans l'observation de la loi du jeûne, en s'abstenant des œufs et du fromage aussi bien que de la viande, parce que ^ ces choses proviennent d'une autre dont il est ordonné de s'abstenir. Si l'on n'observe pas cette ordonnance, on devra être déposé si l'on est clerc, ou excommunié si l'on est laïque. »
15. S. Grégoire-le-Grand, Epist. ad Augustinum Anglorum ^piscopum, comme à la question précédente, témoignage 11, page 327.
• (i) C'est une erreur : il ne s'agit ici que du concile in TrUllo, dit Qaini-Seiti, dont les actes n'ont jamais été approuvés par l'Eglise romaine. Voir notre Dictionnaire universel des conciles» 1. 1*'^ col. 748-756.
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16. S. ÂTHANASE, Jn Vitd divi AfUonii : « Il sapportait avec une force de patience incroyable le tourment de la faim et Taustérité des veilles. Il passait le plus souvent la nuit en prières, ne mangeait qu'une fois le jour après le coucher du soleil ; quelquefois même il passait deux ou trois jours sans manger, et ne rompait le jeûne qu'au quatrième. Sa réfection consistait en du pain , du sel et quelque peu d'eau. Quant au vin et à la vaande, il vaut mieux ne pas en parler, puisque ce sont là des choses qu'il est commun chez les moines de s'interdire totalement...
» Comme Antoine vivait ainsi retiré dans des déserts et sur des montagnes inaccessibles, les moines l'ayant surpris tout occupé à prier, eurent bien de la peine à lui faire accepter, à force de supplications , et en considération de sa vieillesse , des olives, des légumes et de l'huile, qu'ijs lui apportaient après avoir laissé passer quelques mois. »
17. S. JÉRÔME, In Vitd Pauli eremiiœ : <( Un palmier pourvoyait à sa nourriture et à son habillement. Pour que personne ne soit tenté de regarder la chose comme impossible, je prends à témoin Jésus et ses saints anges, que dans cette partie du désert qui confine à la Syrie et touche au pays. des Sarrasins, j'ai vu des moines dont un, pendant trente années qu'il resta renfermé dans sa cellule, ne vivait que de pain d'orge et d'eau bourbeuse; un autre, casané dans une vieille citerne, appelée ctfha par les Syriens dans le langage du pays , ne prenait chaque jour que cinq figues sèches pour réparer ses forces. Tout cela paraîtra incroyable à ceux qui refusent de croire que tout devient possible pour ceux qui croient. »
18. Le même, In VUd S. Hilarionis : <c II (Hilarion) était à cette époque âgé de quinze ans... N'ayant pour se couvrir qu'un sac et un manteau de peau, que saint Antoine lui avait donné au moment de le congédier, ajoutez toutefois à ce véteme .t une saye telle qu'en portent les gens de la campagne , il passait sa vie dans un vaste et affreux désert situé entre la mer et un mar^s , en ne prenant chaque jour pour nourriture que quinze figues sèches après le coucher du soleil...
» De l'âge de vingt-un ans à celui de vingt-sept, il prenait pour sa nourriture les trois premières années un demi-setier de lentilles détrempées dans de l'eau froide, et les trois autres du pain sec avec du sel et de l'eau. De vingt-sept ans ensuite jusqu'à trente , il ne vivait que de l'herbe des champs et des racines crues de certains arbrisseaux. De l'âge de trente-un ans
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à celui de trente-cinq , il se nourrissait avec six ônçes de pain d'orge et des herbes à demi-cuites sans huile pour les assaisonner. Mais comme il sentit que sa vue s'affaiblissait, et que son corps tout entier éprouvait des contractions causées par des démangeaisons C/ontinuelles et une espèce de maladie de peau, il se permit alors d'ajouter aux aliments que nous venons de dire quelque peu d'huile , et continua ensuite la pratique de la même abstinence jusqu'à la soixante-troisième année de sa vie, sans goûter d'aucuns fruits ou d'aucune sorte de légumes, ou de quelque autre chose que ce soit. Sentant alors ses forces épuisées et croyant sa fin prochaine , il se refusa l'usage du pain depuis la soixante-quatrième année de son âge jusqu'à la quatrevingtième, par l'effet d'une ferveur d'esprit incroyable, qui le portait à se mettre comme de nouveau au service de son Dieu à un âge où les autres ont coutume de se relâcher. Quand il eut atteint l'âge de quatre-vingts ans, il permit qu'on lui fit de petits biscuits composés de farine et d'herbes hachées, pesant avec l'eau qu'il buvait cinq onces à peine, et il passa ainsi le reste de ses jours , ne mangeant jamais avant le coucher du soleil , et n'interrompant ses jeûnes, ni les jours de fêtes, ni dans ses maladies mêmes les plus graves. »
19. S. Epiphane, In œmpendiarid verd doctrind de fide catholicœ et apostolicœ Ecclesiœ : a Dans cette sainte Eglise catholique, on voit s'observer encore d'autres manières de vivre de la plus haute perfection, comme de s'abstenir de toute espèce de viandes, et de la chair des oiseaux et des poissons comme de celle des quadrupèdes, d'œufe et de fromage même, sans parler d'autres austérités. Car chacun recevra m récompense particidière selon son travail (I Cor., III, 8). Quelques-uns donc s'abstiennent de toutes ces choses à la fois; d'autres de la chair des quadrupèdes seulement, en se permettant celle des oiseaux aussi bien que le reste. D'autres s'abstiennent de manger des oiseaux , et se permettent l'usage du poisson et des œufs. D'autres s'interdisent même les œufs; d'autres ne vivent que de poisson. D'autres se refusent le poisson, et se contentent de fromage. D'autres ne se permettent pas même l'usage du fromage. D'autres encore se refusent jusqu'au pain ; d'autres renoncent à manger des fruits, des arbres et de tout ce qui est cuit. »
20. Le même , Hcer. LXXV contra Aërium : a Aérius disait avec un emportement qui tenait plus du démon que de l'homme : Quelle différence y a-t-il entre un évêque et un prêtre?... Le