‹ Le grand catéchisme de la femmeChapitre 20 sur 30 · QUINZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIEME LEÇON

La Femme- Fonctionnaire.

D. La femme peut-elle devenir fonctionnaire public?

R. En règle générale, elle ne le peut pas. De l'esprit du droit constitutionnel, semble résulter le principe de l'exclusion des femmes de toutes les fonctions publiques.

D. Celte exclusion est-elle rationnelle?

R. Au contraire, elle est souverainement déraisonnable.

D. Pourrie\-vous le prouver ?

R, Rien n'est plus aisé. En effet, pour justifier l'ex-

clusion des femmes des fonctions publiques, il faudrait établir, d'abord, que nulle femme au monde n'est propre à ces fonctions ; puis, que les femmes les plus éininentes sont inférieures par les qualités de l'esprit à l'homme le plus médiocre à qui ces fonctions sont maintenant dévolues.

D. Est-il conforme à l'intérêt général de refuser aux femmes l'admissibilité aux fonctions publiques?

R. Nullement. C'est une tyrannie envers les femmes et un dommage pour la société que de ne pas leur permettre de concourir avec les hommes pour l'exercice de ces fonctions.

D. La société en subit-elle réellement un dommage?

R. Oui ; car elle n'a pas à sa disposition un si grand excès d'hommes propres à toutes les fonctions qu'elle soit en droit de rejeter les services d'une femme compétente. Elle n'est pas si riche en talents et en intelligence qu'elle puisse se passer de la moitié de l'espèce humaine.

D. Est-il juste d'écarter les femmes des fonctions publiques ?

R. Aucunement. La femme, comme tout être humain, doit avoir le droit de choisir librement ses occupations, suivant ses préférences et sa vocation. De plus, il est inique de refuser systématiquement à tout un sexe la part de fonctions, d'honneurs et de distinctions qui lui revient. '■

D. L'exclusion des femmes des fonctions publiques a-t-elle été maintenue dans tous les pays d'une manière absolue ?

R. Non. Le législateur de plusieurs Etats a suivi le courant du progrès et reconnu aux femmes le droit ^occuper certains offices publics.

f ^ — Si —

D. Cite:^-moi quelques-uns de ces offices publics accessibles aux femmes!

R. Dans l'Alabama, le Dakota du Nord, l'Ohio, le Rhode-Island, le Tennessee, le Wisconsin, les femmes peuvent occuper les fonctions de notaire. En Californie, dans l'Illinois et au Wyoming, aucune personne, pour raison de sexe, ne peut être exclue d'une occupation, profession ou emploi, sauf les emplois militaires. Daas le Maine, la loi autorise le gouverneur de l'État à nommer les femmes officiers de l'état civil. Au Kansas, en vertu de la loi du i5 février 1887, les femmes sont éligibles à toutes les fonctions municipales, et, dans cet État, une douzaine de femmes ont été élevées à la dignité de maire. Dans le Massachusetts, une série de lois spéciales ont rendu accessibles au sexe féminin de nombreuses fonctions publiques. Les femmes peuvent y devenir membres des conseils des prisons, administrateurs des écoles de réforme, des hospices, des maisons de refuge, des asiles d'aliénés, des établissements charitables, etc.

D, N'existe-1-il pas aux États-Unis des jurys mixtes?

R. Oui, dans l'État de Wyoming, en vertu des lois des 7 et 10 décembre i86g, fonctionnent les jurys mixtes, composés d'hommes et de femmes. D'après le témoignage de M . le juge John Kingman, conseiller à la Cour suprême des États-Unis, la participation des femmes à l'application des lois a donné des résultats excellents,

D. Qu' entendez-vous par «.police matrons " ?

R. Les « police matrons u sont des femmes, chargées

d'un service spécial de police ; elles jouissent du même

I traitement que les policemen et sont soumises à la

f même autorité. Le service des u police matrons fonc-

I ionne dans cinq États de l'Union : le Kansas, le

Massachusetts, le New-Hampshire, FÉtat de New- York et le Rhode-Island.

D. En France, y a-t-il certaines fonctions réservées aux femmes^

R. Oui, le nombre de ces fonctions devient chaque jour plus considérable. Des femmes occupent les fonctions d'institutrices des écoles primaires de filles^ d'autres sont nommées directrices des salles d'asile^ professeurs des lycées de jeunes filles, professeurs au Conservatoire de musique, inspectrices dç l'enseignement primaire, etc.

D. Et ailleurs?

R. En Suède, où la religion luthérienne est religion d'État, les femmes sont autorisées à remplir l'office der sacristain et d'organiste. Aux Parlements suédois, norvégien et danois, comme d'ailleurs dans les départements ministériels aux États-Unis, des femmes remplissent l'office de sténographe. En Finlande, elles sont admises dans les banques publiques et le caissier adjoint de la Banque de l'État finlandais est une femme.

D. Ny a-t-il pas une carrière qui semble convenir particulièrement aux femmes?

R. Oui, c'est la carrière de l'enseignement primaire- La douceur des femmes, leurs facultés affectives, leursmanières bienveillantes, exemptes de brutalité et de rudesse, leur caractère plus patient, toutes ces dispositions particulières assignent à nos compagnes le rôle i'élever l'enfance, d'inculquer aux enfants les premières leçons, de façonner leur jeune esprit, de former leur :œur et leur caractère.

D. Connaisses[-vous des pays qui aient accompli cette réforme?

R. Oui, en Angleterre et aux États-Unis, l'enseigne-

inent primaire de tous les enfants, garçons et filles, est presque entièrement confié aux femmes .

D. En est-il ainsi partout?

R. Non. Le tableau suivant permettra de juger la part faite aux hommes et aux femmes dans le domaine .de l'enseignement primaire, chez les principaux peuples.

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