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Petit état de siège

est concentrée la force armée qu'on envoie contre le peuple à la moindre alerte. De sanglantes luttes fratricides ont eu déjà lieu en nombre d'endroits, et d'autres plus terribles encore se préparent et se déchaîneront inévitablement.

Le résultat de cette action cruelle du gouvernement est que le peuple agricole, ces cent millions d'hommes sur lesquels repose la puissance de la Russie, s'appauvrit chaque année au point que la famine devient un phénomène normal.

Le mécontentement général dans toutes les classes, et leur hostilité envers le gouvernement sont également devenus un fait habituel.

Or, la seule cause qui crée cette situation est celle-ci : vos conseillers vous persuadent qu'en étouffant tout mouvement vital dans le peuple, ils assurent le bonheur de celui-ci ainsi que voire tranquillité et votre sûreté.

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Mais il serait plus aisé d'arrêter le courant d'un fleuve que le mouvement progressif et incessant de l'humanité déterminé par la puissance divine.

On conçoit que des hommes qui ont intérêt à conserver l'ordre des choses actuel et qui pensent : après nous le déluge, cherchent à vous convaincre de sa nécessité. Mais vous, homme indépendant, dont tous les besoins sont assurés, homme de raison et de cœur, comment pouvez-vous leur ajouter foi, suivre leurs épouvantables conseils, faire et laisser faire tant de mal, et cela en vertu d'une volonté irréalisable : arrêter le mouvement irrésistible de l'humanité.

Vous ne pouvez cependant pas ignorer que, dès l'origine de la vie des hommes, leurs formes économiques, sociales, politiques et religieuses ont constamment évolué : de brutales, cruelles et irraisonnées elles sont devenues pro-

gressivement douces, bonnes et rationnelles.

Vos conseilleurs vous font croire le contraire : ils affirment que l'orthodoxie et l'autocratie ont toujours été les principes fondamentaux du peuple russe, et qu'ils doivent toujours régir sa destinée jusqu'à la fin des siècles; c'est pourquoi le bonheur de la Russie exige le maintien à tout prix de ces deux formes, liées entre elles, de la religion et de l'organisation politique.

C'est un double mensonge.

Tout d'abord, il n'est pas vrai que l'orthodoxie, jadis conductrice de la pensée russe, le soit encore. Les rapports du grand procureur du Saint-Synode peuvent vous renseigner sur ce fait que les hommes du peuple, spirituellement les mieux développés, adoptent les enseignements de sectes religieuses malgré les dangers qu'ils courent en abandonnant

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l'orthodoxie. Ensuite / s'il était exact que l'orthodoxie fût inhérente à l'esprit russe, on n'aurait pas besoin de faire tant d'efforts pour maintenir cette forme de religion et de persécuter aussi cruellement ceux qui la renient.

11 en est de même de l'institution autocratique. Si ce régime semblait indispensable au peuple russe quand celui-ci croyait encore que le tsar était le dieu infaillible sur terre, et qu'il dirigeait seul le pays, ii n'en est plus ainsi aujourd'hui quand tous savent, ou apprennent aussitôt qu'ils ont quelques lettres, qu'un bon tsar est simplement « un heureux accident », et que les tsars peuvent être, et étaient en effet, des monstres et des fous, tels Ivan le Terrible et Paul Ier.

Ils savent, ou apprennent, également que si bon et si sage qu'il soit, un tsar ne saurait, dans aucun cas, gouverner en personne cent trente millions d'hommes,

et que ce sont ses courtisans, ayant souci plus de leur position que du bien-être du peuple, qui gouvernent.

Mais le tsar peut choisir comme aides des hommes justes et désintéressés, me direz -vous. Non. Malheureusement, le tsar ne peut faire ce choix, car il ne connaît personnellement que quelques dizaines d'hommes, qui doivent au hasard ou à l'intrigue de l'approcher, et qui écartent soigneusement les concurrents.

Aussi le tsar ne choisit-il pas entre les milliers d'hommes énergiques, éclairés et honnêtes qui aspirent à servir le peuple, mais seulement parmi ceux que visait Beaumarchais en disant : « Médiocre et rampant et on parvient à tout. » Et si nombre de Russes sont prêts à obéir au tsar, il leur est impossible, sans se sentir atteints dans leur dignité, d'obéir aux hommes qu'ils méprisent, et qui, cependant, gouvernent en son nom.

Vous vous illusionnez évidemment sur l'attachement du peuple à l'autocratie et à son représentant, le tsar, parce que la foule vous accueille dans toutes les villes en criant : « Hourra », et en courant derrière votre voiture. Or, ces manifestations sont loin dètre l'expression de la fidélité populaire ; c'est simplement une foule de curieux qui suit avec le môme entrain tout spectacle inaccoutumé.

Le plus souvent, ceux que vous croyez être les porte-paroles des sentiments d'affection populaire ne sont autre chose que de pauvres hères soudoyés et rassemblés par la police. Je puis vous citer l'exemple de votre grand-père qui, se trouvant à Khârkov, se rendit à la cathédrale qu'il trouva remplie d'une foule de fidèles, entièrement composée en réalité de policiers déguisés.

Si vous pouviez vous promener le long de la voie ferrée le jour du passage du

train impérial, afin d'y voir les paysans échelonnés derrière les troupes et écouter ce que disent les strarosts et autres chefs de village, amenés là grelottants de froid et d'humidité, sans recevoir d'indemnité ni même de nourriture, et cela durant plusieurs jours de suite, vous auriez entendu de la bouche de ces simples paysans, les vrais représentants du peuple, des paroles qui expriment tout le contraire de l'amour pour l'autocratie et son représentant.

Si, il y a un demi-siècle, sous Nicolas Ier, le prestige de l'autorité tsarienne était encore intact, il décroît depuis trente ans et il est tombé en ces derniers temps au point que nul et dans aucune classe ne- craint plus de condamner les actes du gouvernement, voire du tsar, et même de l'invectiver ou de le tourner en ridicule.

L'autocratie est une forme gouverne-

mentale surannée pouvant répondre aux besoins de quelque peuplade du centre de l'Afrique, éloigné du monde civilisé, mais non à ceux du peuple russe qui se civilise de plus en plus au contact de l'universel progrès. C'est pourquoi il n'est possible d'appuyer ce régime sur l'orthodoxie qu'en recourant à l'oppression sous toutes ses formes : état de siège, bannissement par voie administrative, persécution religieuse, exécution, interdiction de livres, journaux, et autres actes mauvais et cruels.

Tels furent tous les actes de votre règne : votre réponse, dès le début de votre avènement, à la délégation du gouvernement de Tver, taxant ses vœux les plus légitimes de « rêves insensés », réponse qui a provoqué l'indignation de la société russe ; toutes vos ordonnances concernant la Finlande ; la mainmise sur les territoires chinois; votre convo-

cation de la conférence de La Haye, tout en la faisant accompagner de l'augmentation de vos effectifs militaires ; la limitation progressive des assemblées électives et l'accroissement de l'arbitraire administratif; les persécutions religieuses que vous encouragez; votre approbation de l'établissement d'un monopole d'alcool, c'est-à-dire du commerce gouvernemental d'un poison; enfin, le maintien du châtiment corporel, malgré les demandes instantes que l'on vous adresse pour l'abolition de cet usage stupide, inutile et humiliant. Tous ces actes, vous n'auriez pu les accomplir si, docile aux suggestions de vos conseilleurs, vous ne vous étiez imposé le but illusoire d'arrêter la vie du peuple, de le faire revenir même en arrière, aux anciens temps.

Les mesures violentes sont bonnes pour opprimer le peuple, mais non pour

le gouverner. De notre temps, le seul moyen de gouverner réellement est simplement de se placera la tête du mouvement populaire, qui monte du mal au bien, des ténèbres vers la lumière, et de le conduire aux étapes les plus proches. Et pour être en mesure de le faire, il faudrait avant tout donner au peuple la possibilité d'exprimer ses désirs, de faire connaître ses besoins, et, après l'avoir écouté, réaliser ceux des besoins qui répondent aux nécessités, non point d'une seule classe, mais de la majeure partie du peuple, de la masse ouvrière.

Quant aux vœux qu'exprimerait actuellement le peuple russe, au cas où on lui en laisserait la liberté, ils seraient, à mon avis, les suivants :

Il demanderait toul d'abord d'être débarrassé des lois d'exception qui lui créent la situation de paria. Il demanderait ensuite la liberté de circulation, d'in-

struction, de croyance. Enfin, ce peuple de cent millions d'hommes demanderait, par-dessus tout et d'une seule voix, la liberté de jouir de la terre, autrement dit, l'abolition de la propriété foncière.

C'est bien la suppression de ce droit exclusif à la terre qui doit être, à mon sens, le but immédiat vers lequel doit tendre de nos jours le gouvernement russe.

A chaque période de la vie de l'humanité correspond un degré accessible d'amélioration sociale sur la voie du progrès. Il y a un demi-siècle, ce degré accessible était l'abolition de l'esclavage. Aujourd'hui ce degré est l'affranchissement de la masse ouvrière du joug de la minorité : ce qu'on appelle la question ouvrière.

En Europe occidentale, on espère pouvoir résoudre cette question par la socialisation des usines et des fabriques.

Que cette solution soit juste ou non, qu'elle soit applicable ou non chez les autres peuples européens, elle ne saurait, en tous cas, être adoptée pour la Russie dans ses conditions actuelles.

En Russie, où l'immense majorité de la population tire ses moyens d'existence de la terre et dépend entièrement des grands propriétaires fonciers, l'affranchissement des travailleurs ne saurait évidemment s'effectuer par la socialisation des fabriques et des usines ; le peuple russe ne peut l'atteindre que par l'abolition de la propriété foncière et par la reconnaissance de la terre comme bien national; c'est précisément le vœu sacré que caresse depuis longtemps le peuple russe et dont il attend du Gouvernement la réalisation.

Je ne me fais pas d'illusion sur le sort que réservent vos conseillers à mes idées : ils les considéreront comme éma-

nant d'un esprit au plus haut degré futile, manquant de sens pratique et incapable de pénétrer les secrets du rouage gouvernemental ; ils dédaigneront particulièrement l'idée de la nationalisation du sol. Et pourtant, je suis convaincu qu'afin de se soustraire à la nécessité de multiplier de plus en plus les violences envers le peuple, il n'est qu'un moyen : s'imposer un but qui soit le point de mire depuis longtemps adopté par le peuple. Et sans attendre que le char lancé vous heurte par derrière, le conduire soi-même, c'est-à-dire marcher au premier rang de ceux qui ont assumé la mission d'introduire les meilleures formes de la vie. En Russie, cet objectif ne saurait être que la suppression de la propriété foncière. C'est alors seulement que le gouvernement pourrait se constituer le guide de son peuple et le gouverner effectivement, sans faire les

concessions indignes et forcées aux ouvriers de l'industrie ou à la jeunesse des écoles et sans être menacé dans son existence.

Vos conseillers vous affirmeront que l'affranchissement de la terre du droit de propriété est une œuvre irréalisable, chimérique. A leur avis, arrêter la vie d'un peuple de cent millions d'hommes, ou bien l'enfoncer de nouveau dans la coquille de laquelle il est depuis longtemps sorti, ce n'est nullement une chimère, mais, au contraire, une œuvre des plus sages et des plus pratiques. Il suffirait pourtant de réfléchir un instant sérieusement pour voir quelle est l'œuvre chimérique, bien quelle soit en train de s'accomplir, et,quelle est l'œuvre réalisable, opportune et nécessaire, bien qu'elle ne soit pas encore commencée.

Personnellement, je pense qu'à notre époque la propriété foncière est une ini-

quité aussi flagrante que l'était le servage il y a cinquante ans. Je pense que son abolition placera le peuple russe au plus haut degré du bien-être et de l'indépendance. Je pense encore que cette mesure fera certainement disparaître l'animosité socialiste et révolutionnaire qui se répand parmi les ouvriers et constitue la pins grande des menaces pour le gouvernement et pour le peuple.

Mais je puis me tromper; le peuple, non. Lui seul pourrait donner telle ou telle solution à la question s'il avait la possibilité de s'exprimer libre ment.

Le premier acte du gouvernement doit donc être aujourd'hui de mettre un terme à l'oppression qui empêche le peuple de faire connaître ses désirs. On ne peut faire de bien à un homme qu'on a bâillonné afin de ne pas l'entendre dire ce qui peut le rendre heureux. De même

vous ne pourrez faire de bien à votre peuple et le gouverner qu'après avoir connu ses désirs.

Cher frère, vous n'avez qu'une vie sur •cette terre, et vous pouvez douloureusement Ja gaspiller en de vains efforts pour arrêter la marche de l'humanité, déterminée par Dieu, du bien au mal, des ténèbres à la lumière, et vous pouvez, en vous inspirant des besoins et des vœux delà nation, lui consacrer votre vie et la vivre avec sérénité et joie, au service de Dieu et des hommes.

Si grande que puisse être votre responsabilité devant les hommes d'avoir pendant votre règne fait beaucoup de bien ou beaucoup de mal, plus grande encore elle est devant Dieu pour la vie que vous menez ici-bas et dont dépend votre vie éternelle. Car il ne vous l'a point donnée afin de prescrire divers actes mauvais ou seulement d'y participer et de les tolérer,

mais afin d'accomplir sa volonté. Or, sa volonté est de ne pas faire le mal, mais le bien.

Réfléchissez à cela, non devant les hommes, mais devant Dieu, et faites ce que vous dira Dieu, c'est-à-dire, votre conscience. Et ne vous troublez pas devant les obstacles que vous rencontrerez en vous engageant dans cette nouvelle voie de la vie. Les obstacles disparaîtront d'eux-mêmes ; vous ne le remarquerez même pas, si les actes que vous accomplirez, vous les faites non pour la gloire des hommes, mais pour votre âme, c'est-à-dire, pour Dieu.

Pardonnez-moi si je vous ai offensé ou chagriné sans le vouloir par ce que j'écris dans cette lettre. Seul le désir de votre bien et de celui du peuple russe m'a dicté cette lettre.

Ai-je atteint le but que je vise? Seul l'avenir, que je ne verrai probablement

pas, le décidera. J'ai fait ce que je considérais comme mon devoir.

Votre frère qui vous souhaite le véritable bonheur.

LEON TOLSTOÏ

La Russie traverse un moment décisif qui sera marqué par des changements considérables. La proximité et la nécessité de bouleversements imminents sont surtout senties, comme c'est toujours le cas, par les classes de la société qui, grâce à leur position sociale, ne sont pas astreintes à un travail physique absorbant leur temps et leurs forces, et ont, par suite, le loisir de s'occuper des questions politiques. Ces hommes : nobles, commerçants, fonctionnaires, médecins, ingénieurs, professeurs, instituteurs, ar-

tistes, étudiants, avocats, presque tous citadins, en un mot les intellectuels, sont actuellement en Russie à la tête du mouvement qui se forme, et emploient toutes leurs forces à faire changer l'ordre politique actuel, pour le remplacer par une autre organisation, considérée par tel ou tel parti, comme la plus propre à assurer sans délai la liberté et la prospérité du peuple russe.

Ces hommes, continuellement en butte aux mesures restrictives et coercitives de l'administration, exposés à l'exil arbitraire et à la prison, subissent l'arbitraire sous toutes ses formes : interdiction des réunions, prohibition de livres et journaux, défense de grèves, etc., et menant en même temps une existence totalement différente de celle de la majorité des ouvriers des champs, considèrent actuellement la situation qui leur est faite comme le mal essentiel , et son changement

comme la première condition de prospérité du peuple russe.

Ainsi pensent les libéraux. Ainsi pensent les socialistes démocrates. Ils espèrent que, grâce à la représentation nationale, sera réalisé un ordre social nouveau en accord avec leurs théories.

Ainsi pensent les révolutionnaires, qui croient pouvoir, en substituant un nouveau gouvernement à l'ancien, établir des lois assurant la plus grande somme de liberté et de bien-être au peuple tout entier.

Et cependant, il suffirait de s'affranchir un instant de cette idée en racinée chez nos intellectuels, convaincus que le plus urgent serait d'introduire en Russie les mêmes institutions politiques qui existent dans les autres pays d'Europe et d'Amérique, et étant censées assurer la liberté et le bien-être de tous les citoyens ; il suffirait de penser à ce qui

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est moralement injuste dans notre vie.

pour voir aussitôt que le mal principal qui fait continuellement souffrir le peuple russe, — mal dont il a pleine conscience et dont il se plaint à tout instant, — ne saurait disparaître à la suite d'aucune réforme politique, pas plus qu'il n'a été supprimé par des mesures analogues en Europe et en Amérique.

Ce mal fondamental, — dont souffrent aussi bien le peuple russe que les autres peuples d'Europe et d'Amérique, — réside dans le fait que la majorité du peuple est privée du droit naturel, indiscutable, de jouir d'une portion du territoire sur lequel il est né. 11 suffit de se rendre compte de tout ce que cet état de chose présente de criminel et d'injuste, pour comprendre que tant que l'institution cruelle, qui a toujours existé, du fait des détenteurs du sol, durera, il n'est pas de réforme politique qui puisse donner au peuple la li-

berté et le bien-être ; il est aisé de saisir, au contraire, que l'émancipation de la majorité du peuple de l'état d'esclavage rural dans lequel il est maintenu, pourra seule empêcher les réformes politiques de devenir un jeu ou un instrument d'intérêt personnel pour les politiciens, et reprendre leur caractère de véritable expression de la volonté populaire.

Telle est la pensée de cet article, pensée que je voudrais faire partager par ceux qui, en ces instants décisifs de notre vie sociale, désirent servir, non pas leurs propres intérêts, mais la vraie cause du peuple russe.

Je me promenais l'autre jour sur la grande route de Toula. C'était le samedi de la semaine sainte ; les gens se rendaient au marché en files de charrettes, avec des veaux, des poulets, des chevaux, des vaches, dont quelques-unes étaient traînées dans les charrettes, tant elles étaient minables. Une pauvre vieille, toute ridée, traînait au bout d'une corde une vache maladive et décharnée. Je con-

naissais la vieille, et je lui demandai où elle conduisait cette vache.

— Elle n'a plus de lait, répondit la femme. Je vais tâcher de la vendre pour en acheter une autre qui en ait. Il faudra probablement que j'ajoute dix roubles et je n'en ai que cinq. Où les prendrai-je? Pendant cet hiver, nous avons eu à acheter pour dix-huit roubles de farine et nous n'avons dans la famille qu'un travailleur qui gagne. Je vis seule avec ma bru et quatre petits-enfants; mon fils est portier à la ville.

— Et pourquoi votre fils ne vit-il pas avec vous? demandai-je.

— Que pourrait-il y faire? Que peut donner notre terre? Elle suffit à peine pour faire du kvass \

Un paysan passait, maigre et pâle, son pantalon taché de .terre glaise de carrières.

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