‹ Le grand crimeChapitre 7 sur 23 · The Works, of Henry George, vol. IX, p · texte numérisé non relu

The Works, of Henry George, vol. IX, p

y ait des hommes qui travaillent pour un salaire aussi minime? Parce que; s'ils allaient demander une augmentation de salaire, il y a une foule d'autres hommes sans travail prêts à prendre leur place. C'est cette masse de sans-travail qui produit cette féroce concurrence et fait tomber les salaires au niveau qui permet juste de subsister. Pourquoi y a-t-il des hommes qui ne trouvent pas à s'employer? Avezvous jamais songé à ce qu'il y a d'étrange dans ce fait qu'un homme ne puisse trouver à s'employer? Adam n'a pas eu cette difficulté, pas plus que Robinson Crusoë; ils n'étaient pas en peine de trouver du travail.

« Quand des hommes ne trouvent personne qui puisse les employer, pourquoi ne peuvent-ils s'employer eux-mêmes?

Tout simplement parce qu'ils sont exclus du domaine où le labeur humain peut s'exercer tout seul. Les hommes sont

obligés de se concurrencer les uns les autres, de lutter entre eux pour gagner un salaire chez quelqu'un qui les emploie, parce qu'on leur a enlevé les moyens naturels de travailler de leur propre initiative, parce qu'ils ne trouveront pas sous la calotte des cieux un pouce de terrain qu'ils pourront cultiver sans payer pour cela une redevance à quelqu'autre être humain1. »

« Les hommes prient la Providence de faire cesser leur pauvreté. Mais la pauvreté n'a pas été instituée par Dieu; c'est un blasphème de la pire espèce que de le prétendre; elle est le fait de l'injustice de l'homme envers ses semblables. A supposer que le Tout-Puissant écoute ses prières, comment pourrait-il les exaucer tant que ses lois seront ce qu'elles sont. Considérez que Dieu ne nous donne au-

' 1. The Works, of Henry George, vol. IX, p. 204.

cune des choses qui constituent la richesse : Il ne nous donne que la matière brute à l'aide de laquelle l'homme doit produire ce qu'il lui faut pour vivre. Ne nous donne-t-il donc pas assez ainsi?

Comment pourrait-il supprimer la pauvreté en nous donnant davantage? Supposez que pour exaucer nos prières, il augmente la puissance du soleil ou la richesse du sol, qu'il se mette à faire des plantes plus prolifiques ou des animaux se reproduisant en plus grande abondance. A qui en irait le bénéfice? Prenez un pays où la terre soit complètement monopolisée, comme cela existe dans la plupart des pays civilisés; qui en bénéficierait? Les propriétaires de la terre seuls. Et même si Dieu, en réponse aux prières, faisait tomber du ciel tout ce que les hommes demandent, qui en profiterait?

« On nous dit dans l'Ancien Testament que, lorsque les Israélites traversèrent le

désert, ils furent en proie à la famine, et que Dieu leur fit tomber la manne du haut du ciel. Il y en avait assez pour tous; ils en prirent tous et furent sauvés. Mais supposez que le désert ait été considéré comme propriété, comme aujourd'hui le sol de la Grande Bretagne ou celui de nos nouveaux Etats ; supposez qu'un Israélite ait été propriétaire d'un mille carré, un autre de vingt milles carrés, un autre de cent, et que la grande majorité des Israélites n'ait pas possédé la place où poser la plante de leurs pieds; que serait-il advenu de cette manne? Quel bien en aurait retiré la grande majorité d'entre eux ? Rien du tout. Bien que Dieu ait envoyé assez de manne pour tous, elle serait devenue la propriété des possesseurs du sol; ils auraient peut-être employé un certain nombre d'hommes à la réunir pour, eux en tas, et l'auraient vendue à leurs frères affamés. Et dites-

vous bien que ce commerce de la manne aurait duré jusqu'à ce que la majorité des Iraëlites eussent donné tout ce qu'ils avaient, jusqu'à leurs derniers vêtements. Et ensuite? Ensuite ils n'auraient plus rien eu pour acheter de la manne, et le résultat aurait été le suivant : tandis qu'ils auraient été en train de mourir de faim, la manne se serait accumulée en grands tas, et les propriétaires se seraient plaints de la surproduction de la manne. Il y aurait eu une récolte énorme de manne à côté d'un peuple atfamé.

N'est-ce pas le phénomène qui se produit de nos jours1 ? »

« Je ne prétends pas qu'il n'y aurait plus rien à faire après que vous auriez redressé cette injustice fondamentale; mais j'ose dire que cette question de la terre est à la base de toutes les questions

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