‹ Le Grand Duc proverbe en un acteChapitre 7 sur 23 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HERMANCARDE , MAITRE CORNÉLIUS.

CORNÉLIUS

Je suis pétrifié... je suis ossifié !

HERMANCARDE.

L’ai-je bien entendu ! Il a dit : « Je ne veux plus me marier ! »

CORNÉLIUS, avec embarras.

Vous croyez qu’il a dit ça ?

HERMANCARDE, sc levant sans lui répondre, et parcourant la scène à grands pas.

fttre reçue de la sorte... moi, Éléonorc Gudulc Hcrmangarde, baronne de Kirchenwaser...

et ambassadrice du margraviat de kankerkirkerkraft !

CORNÉLIUS

Simple caprice d'enfant , je vous jure.

HERMANCARDE, s’animant de plus en plus.

Un mariage arrangé avant la naissance des deux époax ! un mariage qui devait éteindre à jamais des haines héréditaires, et résoudre de hautes questions de territoire... (Avec mcuace.) Savez-vous que le Margrave, mon maître, pourrait fort mal prendre la chose... Monsieur l’écuyer Cavalcadour.

CORNÉLIUS

Cavalcadour !.. je ne monte jamais à cheval., mes jambes s'y opposent

HERMANCARDE.

Quand je pense que la Grande-Duchesse ellemême pouvait recevoir celte insulte!., par bonheur, son Altesse faisait ses dents de sept ans... sans compter un restant de coqueluche!..

CORNÉLIUS

Ce qui explique comment vous venez épouser le Grand-Duc mon maître, par procuration...

j’affectionne ce genre de cérémonial... et tel que vous me voyez , j’ai épousé plus de quinze princesses, par le même procédé...

flERMANGARDK.

Il ne s’agit pas de cela... voulez-vous que je vous le dise... je trouve cet auguste morveux très mal élevé.

CORNÉLIUS

C’est moi qui ai formé son esprit et son cœur.

HERMANCARDE.

C'est doue vous, alors, qui serez cause de la guerre qui va éclater entre nos deux puissances...

CORNÉLIUS, a part.

La guerre! oh ! uni place, ô ma pension !

HERMANGARDS.

Qu'on me délivre mes passeports... je repars à l’instant.

CORNÉLIUS

Noble dame... arrêtez, je vous en supplie...

si u e excuse... une excuse valable...

HERMANGARDS, avec dédain.

Une excuse ? Est-ce que ce petit monstre ne s'est pas enfui à mon aspect?.

CORNÉLIUS

II le devait.

IIERMANGARDE.

Qu’est-cc à dire?

CORNÉLIUS

Vous savez, M“* la Baronne, que les enfaus ne peuvent pas toujours tenir en place... et que souvent une indisposition... soudaine...

HERMANCARDE.

Je ne dis pas le contraire, mais... si, avant une heure, je n'obtiens pas une satisfaction éclatante, j’envoie un exprès au Régent, pour l’instruire de ce qui sc passe.

CORNÉLIUS

Vous n’en ferez rien.

HERMENGARDE.

Foi de Palatine, je le ferai... en attendant, je vais prendre un peu de repos... je prendrais, même, volontiers autre chose... le voyage *m’a débilitée, m’a creusée.

CORNÉLIt S, d’un ton carrcssanL

Un doigt de vin du Rhin... hein? arrosé d'un biscuit?

HERMANCARDE.

Deux doigts de vin du Rhin... oui... j’ai l'estomac si faible. (Minaudant.) Avec un soupçon de choucroute... ( Avec dignité.) Voilà mon ultimatum.

( Elle sort au fond, à pas comptés, Cornélius va pour

lui offrir la main ; elle lui donne un coup d’éventail sur les doigts.)

Oh! (Elle disparaît, la porte sc referme.)

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