INTRODUCTION O
s'avance même, par Tévêché d'Ermeland, jusqu'au cœur du duché prussien. A vrai dire, celui-ci n'est que le reste (la partie orientale et la moins riche) de Tancienne Prusse conquise et colonisée par rOrdre teutonique, et dont la Prusse polonaise (pays de la Vistule) forme la partie occidentale, abandonné^ par l'Ordre à la Pologne au milieu duxv" siècle. On sait que l'électeur de Brandebourg, Jean-Sigismond, avait hérité du duché de Prusse en 1618, mais que le duché était resté longtemps encore sous la suzeraineté du roi de Pologne, jusqu'au traité de Wehlau (1667), confirmé par celui d'Oliva (3 mai 1660).
Or, même après la paix d'Oliva, l'ancienne condition du duché de Prusse influe nécessairement sur les relations de l'électeur avec la Cour de Pologne. L'électeur est un vassal qui a profité des malheurs de la Pologne pour s'aftranchir et les Polonais n'ont pas perdu toute espérance de révoquer un jour les concessions qu'ils ont dû lui taire. D'ailleurs, au mois de mai 1660, les derniers liens ne sont pas rompus entre le duché et le royaume, puisque les états prussiens n'ont point encore prêté serment à leur duc souverain. 11 n'est même pas certain que ceux-ci y consentiront de bonne grâce ; car ils semblent regretter la suzeraineté polonaise, qui resti*eigQait l'autorité du prince et garantissait ainsi les libertés des sujets. Entre le duc et le duché un conflit s'annonce déjà et la Pologne sera peut-être tentée d'en tirer profit.
De plus, la situation créée en Prusse par le traité d'Oliva se complique de dissentiments multiples qui résultent tous de la situation du duché. Frédéric-Guillaume obtient de Jean-Casimir, roi de Pologne, le libre transit des bois prussiens ii travers le territoire polonais, par les voies fluviales de la Narew et de la Vistule ; bientôt le bois de la Prusse fait concurrence au bois de la Pologne sur le marché de Dantzig et les Polonais s'en plaignent. — Le duché de Prusse n'atteint la rive de la Vistule que sur une étendue de trois milles, près de Marienwerder, et le di'oit de bac appartient aux seuls riverains polonais ; mais là passe la route principale de Kœnigsberg à Berlin ; aussi l'électeur a-t-il fait installer, dès i658, deux bacs prussiens et se refiise-t-il à les supprimer. — Il est également parvenu à établir une poste par courriers entre Kœnigsberg, Dantzig, Stettin et Hambourg et à installer à Dantzig un maître de poste qui ne dépend que de lui ; mais la Cour de Pologne s'en montre jalouse et c'est là encore une querelle qui ne se terminera que beaucoup plus tard. — Enfin la question la plus grave est celle d'Ëlbing. Elbing est une ville polonaise au fond du Frisches
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leur en a laissé du moins la meilleure part. Elle leur a cédé la Poméranie antérieure ou occidentale, avec les villes de Stettin, Garz, Damm, Gollnow, près de TOder ; puis, sur la rive orientale du fleuve, une bande de territoire que les Suédois, abusant de leur puissance, ont élargi outre mesure par le recès de délimitation de Stettin (i4 mai i653).
Il va sans dire que Frédénc- Guillaume ne s'est résigné qu'à contre-cœur aux conventions de 1648, qui le frustraient plus qu'à moitié d'un héritage auquel il avait tous les droits : les compensations qui lui ont été accordées, si importantes qu'elles fussent, ne Tout pas consolé; l'accord forcé de i653 Fa irrité plus encore. Ënfln la situation même de la Poméranie suédoise est bien faite pour aviver ses regrets et pour éveiller ses craintes. Le cours moyen de rOder est pour lui une voie commerciale inutile, tant que les Suédois, installés à Stettin, en gardent l'issue ; et les plaines de la Marche s'ouvrent sans défense devant les troupes suédoises de Poméranie : Berlin n'est qu'à quelques journées de marche de Stettin. Entre les Cours de Brandebourg et de Suède, la question poméranienne perpétue les dissentiments et l'irritation.
3° Le groupe brandebourgeois forme la partie la plus ancienne des possessions de la maison Tde Brandebourg. Il comprend la Marche électorale (Altmark, Prignitz, Mittelmark, Uckermark) à l'ouest de l'Elbe et entre l'Elbe et l'Oder, et la Nouvelle Marche (Neumark) à l'est de l'Oder jusqu'à la frontière polonaise. Il faut y ajouter trois groupes de petits territoires acquis à des dates différentes et tous de mouvance bohème : ceux de Gottbus, Peiz et Bœrwalde, dans la basse Lusace, des deux côtés de la Spree (acquis en 1462) ; ceux de Teupitz, Zossen, Beeskow et Storkow, attenant à la moyenne Marche et enveloppés par une boucle de la Spree (acquis en 1462, 1490 et i^'jb) ; enfin le duché silésien de Crossen, dans la vallée de l'Oder, avec Bobersberg et Sommerfeld sur la rive gauche et Zullichau sur la rive droite (acquis en 1482). Dès le xvii« siècle, les Marches de Brandebourg et leurs dépendances doivent surtout leur importance aux voies navigables qui les traversent : l'Oder, l'Elbe, la Havel et la Spree. L'électeur, selon la coutume du temps, lève des droits de douane sur rOder et sur l'Elbe; la douane la plus productive est celle de Lenzen, sur l'Elbe, à l'extrémité nord-ouest de la Prignitz.
4*" Le groupe thuringien ne comprend, en 1660, que la principauté de Halberstadt, ancien évêché sécularisé donné à l'électeur par la paix de Westphalie, en compensation de la Poméranie anté-