Vrk. u. Àct.,Xl, 48 8qq
2. Recueil den instructions nu.r o w ha ssa devra de France. Prusse, 69.
74 i^ GRAND KLKCTKUR KT LOUIS XIV
est impossible si rélecteur ne s'engage pas à entrer, avant une date précise, dans la ligue du Rhin. Il faut aussi que rélccteur accepte l'inclusion du duc de Neubourg dans la paix d*01iva, afin i[ue le duc, de son côté, ne refuse pas à l'électeur l'entrée dans la ligue du Rhin.
Cette dernière exigence achève de blesser Frédéric-Guillaume, qui déteste le duc et lui attribue de bonne foi tous les torts *. « L'envoyé parait vouloir s'en servir, remarque Somnitz, comme d'un prétexte pour rompre, en rejetant sur l'électeur tout le blâme de la rupture. » Celle-ci tarde cependant deux joure encore. Le o5 avril, au matin, le conseil secret se réunit '. L'électeur doit-il, par un article formel ajouté au traité de Kœnigsberg, prendre l'engagement d'entrer à bref délai dans la ligue du Rhin ? Somnitz le conseille : si l'électeur, pense-t-il, est reçu dans la ligue, il pourra savoir ce qui s'y passe et y acquérir une utile influence. léna, au contraire, désapprouve toute promesse écrite ; puis, comme Somnitz insiste, il en propose une peu compi*omettante : l'électeur entrera dans la ligue si elle ne contient rien de préjudiciable à ses intérêts.
L'article est en eflet rédigé dans ce sens ^ L'après-midi, de Lesseins vient le demander à Somnitz; il se le fait lire, le lit lui-même, prie qu'on lui en envoie copie, puis se retire sans rien ajouter. Le lendemain seulement, il écrit aux conmiissaires que la rédaction de l'article est offensante pour le i*oi. Aussitôt le prince d'Anhalt et Somnitz accourent chez lui ; ils se montrent prêts à telle correction qui lui plaira : mais de Lesseins ne veut rien entendre et leur notifie son désir de quitter Berlin. Le jour même, au moment où l'électeur va partir pour la grande foire de Leipzig, de Lesseins est i^eçu une dernièiv fois, insiste encore sur les conditions qu'il pose, et prend congé. 11 y était résolu dès la veille, plus tôt peut-être, et Somnitz avait deviné juste *.
i. n faut reconnaître que pendant toute la guerre du Nord le duc de Neut>ourg avait attendu et espéré un moment favorable pour attaquer le duché de Clève, pendant que Frédéric-Guillaume avait toutes ses forces en Prusse.
2. Protocole, encore inédit, du conseil stM^rel du 25 avril 1662.
3. La restriction est nettement formulée : «« Si scMîurilatl lerrarum S. G. K. cautom, Inque aliis justissimis postulatis ipsi satisfactum fuorit. » Vrk\ u. Àct., IX. 614, note.
4. Dans une lettre à Hugues de Lionne, le 25 avril, il annonçait son départ, pour le lendemain. Vrk. u. Act., 11,276. Si« lettre au roi, daUV de Haml>ourg 13 mal, t6td., 277, montre bien qu'il avait cherché un prétexte de rupture.
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Bientôt même les événements rendirent le péril plus pressant. L'évêque de Munster avait envoyé en secret, au printemps, le lieutenant-colonel de Wreden auprès du roi d'Angleterre et Louis XIV. cela va sans dire, en avait été aussitôt informé. Le i3 juin, Tévêque signa l'alliance de Londres avec Charles II et le même jour la flotte hollandaise subit un véritable désastre. Dès le début de juillet, d'Estrades annonçait que 1 evéque allait entrer en campagne et Louis XIV se décidait à accorder aux Provinces- Unies le secours armé qu'il leur devait. Dès lors, la situation changeait d'aspect ; une entente avec l'évêque devenait presque un acte d'hostilité envers la France et celle-ci pouvait insister plus encore pour obtenir de Frédéric-Guillaume l'abandon du traité de Dorsten.
Le ii^ juillet, Lionne réfuta de nouveau, dans une lettre au comte d'Estrades, les arguments de l'électeur. « Tout ce qu'on en peut dire, écrivait-il, c'est qu'il veut nous persuader, comme disait feu Monsieur de Bouillon, que la fièvre quartainc nous est bonne. » Il constatait que Frédéric-Guillaume n'avait accordé « qu'une négative » et qu'il fallait donc s'adresser au duc de Neubourg pour empêcher le projet d'aboutir. Mais presque en même temps Frédéric-Guillaume cédait. 11 le faisait de mauvaise humeur. Le aj juillet, il écrivait à Blaspeil qu'il ne pouvait comprendre comment le roi de France voyait dans le traité de Dorsten une manœuvre contre la ligue du Rhin. « Les choses ont si peu de rapport entre elles, que nous ne nous serions jamais figuré que l'on en prendrait le moindre ombrage. » Mais il était résolu à écrire en France de façon « que sans aucun doute on nous y mettra hors de tout soupçon ^ ». D'ailleurs il repoussait vivement tout reproche. Il n'admettait point qu'on Taccusàt de ne pas avoir agi en Pologne d'accord avec l'ambassadeur du roi, puisqu'il n'avait jamais promis de le faire ; tandis que le roi s'était engagé à faire agir de Luinbres en sa faveur pour lui procurer Elbing et que de Lumbresne l'avait jamais fait. Pourtant, comme il l'annonçait à Blaspeil, il écrivit, sinon au roi, du moins à la princesse d'Orange, qui s'empressa
1 . « So wollcn wir desfals selbst nach Frankreich schreiben und dcm Kœoige die Sache dorgestalt vorstellen lassen, dass man uns des Orts ohne allen Zweifcl ausser Verdacht lassen werde. » Une note des U. u, À. Indique que la lettre de Frédéric-Guillaume n'a pas été conservée. Il est très probable qu'il se ravisa et n'écrivit^u'à la princesse d'Orange. La lettre de Louis XIV à d'Estrades du 29 août iOdo ne semble pas compatible avec une lettre antérieure de Frédéric- Guillaume à Louis XIV.
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les Pays-Bas, tandis que rélectcur de Bavière couvrirait l'Alsace *. En Westphalie, les mêmes amis de la France (rélecteur de Cologne et le duc de Neubourg, dont le comte se croyait assuré) interviendraient comme médiateurs entre les Etats-Généraux et l'évoque de Munster et trouveraient dans la négociation un moyen facile de gagner Tévêque à leur alliance ou de le désarmer tout à fait. Enfin, pour prévenir la jalousie des princes, Fûrstenberg conseillait au roi de les informer de ses droits et de les porter à agir sur le roi d'Espagne et sur l'empereur, en leur laissant quelque espérance que la guerre pourrait être évitée*.
Au milieu de tant de préoccupations diverses et de tous ces l)lans ébauchés, il va sans dire que l'électeur de Brandebourg n'eût pas été un allié négligeable. En Pologne, il ne fallait pas compter sur son aide. Lionne le répétait à Bonzy, comme il l'avait répété à de Lumbrcs : «C'est un prince, écrivait-il en mai i665, lequel depuis peu nous avons jette dans Talliance du Rhin, mais il y a longtemps que nous sommes esclaircis 'qu'il s'en faut tenir là ' ». Il était môme indispensable de lui bien cacher les projets de la France pour qu'il ne pût les contrarier. Dans l'empire môme, Lionne ne se fiait guère plus au Bi'andebourg ; pourtant l'intérêt de l'électeur pouvait momentanément s'y trouver d'accord avec celui de Louis XIV, et quand Louis XIV vit Frédéric-Guillaume négocier avec la Hollande, puis renoncer au traité de Dorsten, il n'en désespéra pas tout à fait ; il songea non seulement, nous l'avons dit, à presser l'alliance entre Frédéric-Guillaume et les Etats, mais encore à gagner Frédéric-Guillaume et peut-être à en obtenir des troupes après la paix. Ce fut pour le pressentir qu'il lui envoya Du Moulin et qu'il eut l'idée de faire passer à Clève le comte d'Estrades. Le i^ décembre, il écrivit à d'Estrades et lui annonça ses intentions : « Vous devez vous proposer pour but d'engager plus avant dans mes intérêts ledit électeur, c'est-à-dire de le porter, s'il est possible, à me donner, après la guerre de Munster finie de façon ou d'autre, toutes les troupes qu'il aura, ou au moins un corps effectif de six mille hommes où il y ait le plus d'infanterie qu'il se pourra, pour les employer et faire agir comme
1. Bien qu'il n'y eût pas de traité signé entre la Bavière et la France, Louis XIV comptait que l'électeur de Bavière s'opposerait au passade des troupes impériales. Voir Dœberl, Bayern und Frankreich.
2. A. E., Coio^nCj 3. Ku lète de la pièce, Lionne a écrit : (( Mémoire donné par le comte Guillaume au mois de janvier itJ66. >»