mai 1665. A, E., Pologne
LA GUERRE DE MUNSTER (l664-l666) l4l
Tandis que les ambassadeurs s*éloignaient de Clève Tun après Tautre et que la petite ville reprenait sa tranquillité coutumière, Frédéric-Guillaume dut se rappeler avec plaisir les inquiétudes qui l'agitaient, six mois plus tôt, à son départ de Berlin. Il pouvait être fier de la tâche accomplie. Il avait rempli son double devoir : il avait contribué, plus peut-être que Louis XIV lui-même, à écarter des Provinces-Unies les périls qui les menaçaient ; il avait empêché la guerre de se propager dans l'empire ; et la paix de Clève était une paix alleniande, dont la France ne recueillait point le profit. Enfin, il disposait, au début de mai, de plus de dix mille hommes de bonnes troupes, dont l'entretien était assuré pour près de deux mois encore.
Jamais il ne s'était senti aussi indépendant et aussi fort ; et il en profite. Quand, vers le 20 mars, il disait à Colbert : « Que ferons-nous de nos troupes ? » il voulait sans doute tenter Colbert ; mais cette question qu'il lui posait, il se la posait à lui-même. Dès le début d'avril, elle était probablement résolue : il employa ses troupes contre Magdebourg, qui, depuis la paix de Westphalie, se prétendait ville libre et lui refusait le serment d'hommage. L'entreprise, préparée en grand secret, accomplie en grande hâte, fat terminée avant que les voisins de l'électeur eussent eu le temps de s'en mêler ; le 6 juin, Magdebourg se soumettait ; elle s'engageait à prêter l'hommage et recevait garnison *.
En même temps, l'électeur renouait avec le duc de Neubourg la négociation interrompue. Le duc songeait toujours à se faire élire roi de Pologne et Frédéric-Guillaume était prêt à soutenir sa candidature, s'il obtenait de lui en retour une situation meilleure sur le Rhin. Dès le 10 juin, il signaitavec Philippe-Guillaume un premier traité et lui promettait de défendre ses intérêts en Pologne contre abandon de la seigneurie de Ravenstein et de la place de Recklini^hausen. Il fallut plus longtemps pour régler le partage définitif des États de Clève et de Juliers, et surtout leur situation religieuse ; pourtant l'accord pei'pétuel (Erbvergleich) fut signe l'année même, le 9 septembre 1666'.
C'étaient là, pour Frédéric-Guillaume, de précieux avantages, et il ne les devait qu'à lui-même. La soumission de Magdebourg s'était faite dans des conditions presque identiques à celle d'Erfart. Mais l'électeur de Mayence avait soumis Erfurt avec les troupes de