‹ Le Grand Électeur et Louis XIV [i.e. quatorze]Chapitre 51 sur 79 · II. Le traité du II janvier · texte numérisé non relu

II. Le traité du II janvier

Or, en 1680, Louis XIV songea bientôt, comme Frédéric- Guillaume, à resserrer l'alliance qui venait de les rapprocher l'un ' de l'autre.

On sait ce que fut la politique des réunions. Il est aujourd'hui certain que Louvois n'en a pas eu (ou tout au moins n'en a pas eu

1. Voir surtout la lettre de Rébenac k Louis XIV du 6 février 16H0 ; il y décrit l'état des partis à la Cour de Berlin. La correspondance de Rébenac forme dixsept volumes, A. E., Brandebourg, 14 à 30.

2. Voir les lettres de Rébenac des 12, 26 mars et 2:t avril 1680, Brand., 14, ainsi que les comptes des dépenses de Rébenac, Brand., 22, déjà publiés en majeure partie par Prutz, Àvs des Gronsen Kurfursten letzten Jahren^ 376.

3. Voir la lettre de Rébenac du 19 mars et la lettre de remerciements do rélectrice à Louis XIV, datée du 16. A. £., Brand., 14. — « Ce présent vaut plus de 100.000 écus. » Gazette de France, 28 mars 1680. 11 y a toutes chances pour que la Gazette exagère.

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Louis XIV, qui avait osé signer la paix en son nom, s'empressait d'envoyer à Paris ses ambassadeurs ; bientôt, il est vrai, sous l'influence d'Oxenstierna, il se rapprocha peu à peu des Provinces- Unies et de l'Autriche ; mais la Cour de France n'en sut rien, ou crut possible de le regagner à temps : au printemps de 1680, puis à l'automne, Louis XIV s'attachait encore à l'espoir d'unir dans une même alliance la Suède et le Danemark. En Hollande, Guillaume d'Orange avait tout tenté pour retarder la signature de la paix ; depuis qu'il avait dû l'accepter, il s'efforçait d'empêcher les Provinces-Unies de licencier leurs troupes ; il travaillait à reconstituer la coalition contre la France. Mais il n'était point le maître de l'État : le parti républicain reprenait courage, et l'ambassadeur de Louis XIV, le comte d'Avaux, s'étudiait à entretenir contre Guillaume l'hostilité des régents d'Amsterdam. Enfîn la nation et le Parlement d'Angleterre eussent volontiers conclu l'alliance que souhaitaient Guillaume d'Orange et Charles XI ; mais il n'en était pas de même du roi, Charles II, qui poursuivait patiemment sa politique personnelle, l'accroissement du pouvoir royal et la restauration du catholicisme. Louis XIV trouvait en lui un allié naturel, allié inavoué, car il fallait le plus souvent qu'il dissimulât ses intentions véritables, allié incertain, indocile, mais qui ne pouvait se passer longtemps de l'amitié, de la protection et de l'or du Grand Roi.

En tout cas, la diplomatie française ne manquait pas de moyens d'action, et les déceptions, les défiances, les inimitiés que les traités de Nimègue laissaient derrière eux, lui rendirent, au début, le succès un peu plus facile. Mais il lui fallut bientôt intervenir sans cesse, intervenir partout, attiser les dissentiments sans les envenimer jusqu'à la rupture, provoquer les conflits et les apaiser tour à tour, semer la discorde et ne point récolter la guerre. Ojr, dans cette tâche indéfiniment renouvelée, l'alliance du Brandebourg lui devint précieuse entre toutes. En Allemagne, l'abstention de Frédéric-Guillaume désarmait l'empereur. Dans le Nord, son hostilité désarmait la Suède.

Pourtant, Louis XIV n'eut pas aussitôt besoin du Grand Électeur. Au début d'avril, il espérait encore profiter de la réconciliation du Danemark avec la Suède pour s'allier avec les deux rois du Nord ; il promettait à Charles XI de ne jamais conclure en

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début de mars, il annonce le départ de Southwell, qui s'en va, croit-on, « faille de grandes offres à M. TElecteur de Brandebourg» ; il ajoute même qu'on « y doit mesler des propositions d'une ligue protestante dont le Roy d'Angleterre scroit le chef * » ; et presque en même temps d'Avaux avertit Croissy que les instructions de Southwell ont été communiquées au prince d'Orange et que le prince d'Orange les approuve *. Ce sont là des raisons plus que suflisantes pour que Rébenac attende et se réserve.

De janvier à juillet, à peu près, celui-ci se contente d'être très aimable et de surveiller les efforts que font les ennemis de la France pour ramener Frédéric-Guillaume à leur parti. Il semble se préoccuper assez peu d*Amerongen. Mais, vers la fin de mars, Southwell s'est embarqué pour Hambourg, et Ton n'attend pas moins, à Berlin, de trois ambassadeurs impériaux : le jeune comte Lamberg% l'abbé de Banz qui raccompagne*, et le margrave Hermann de Bade. Lamberg et Banz y arrivent au début d'avril ; ils cherchent à s'y concilier Tinfluence de Fuchs, qui accepte un présent de 600 florins % et travaillent d'accord avec Amerongen, un peu plus tard avec Southwell, pour préparer une alliance entre l'empii'e, les Provinces-Unies et l'Angleterre. Heureusement Lamberg était bien jeune, bien inexpérimenté encore, s'il en faut croire certains récits de Rébenac •, et l'empereur ne l'avait point muni des véritables moyens de regagner Frédéric-Guillaume : son instruction n'indiquait aucun avantage solide qu'il pût offrir et

1. Lettres des 22 janvier, 12 et 22 février, 4 mars 1680. À. £., Angleterre, 138.

2. Les instructions, affirme d'Avaux, étaient « de proposer à l'Électeur une ligue protestante, pour empêcher qu'on ne détruisit cette Religion, comme il paraissoit que la France en a voit dessein;.... » D'Avaux, Négociations en Hollande, I ; lettre du 28 mars 1080.

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