I. Voir au chapitre IV. pp. 201 et auivaales
S. Ich viûtticht ttur doMi uiir tinmal mSchlen guU Zeitungen von meinei AtUrgnSdigiten Valeri Krankhtit hSrcn; ei loerden ya lo virler Ltale inbrûnaligei Gcbel und Wilnsche bti unserm Herrgolt via* autrichien. — LeUre au roi, du 30 novembre 1734. La lettre i la margraTe Willielinine àlée eo cette tuème page est du 10 janvier 1*735.
I commence à marcher et qu'il se porte mieux que moi.
Ij'ai dîné avec lui hier, et je puis vous assurer qu'il
I inang;e et boit comme quatre... C'est un miracle aussi
[ extraordinaire qu'il y en a eu... et il faut croire que le
I bon Dieu a de bonnes raisons de lui rendre la vie. » Le
I changement est si complet que Frédéric ne croit plus
que son père ait jamais été malade. Il oublie l'eau dans
la poitrine, l'essoufflement, l'insomnie, les jambes enflées
et rouges, et les deux aunes et demie de circonférence.
» La maladie du roi n'est que politique ; il se porte bien
I dès qu'il en a envie ; il se rend plus malade quand il le
I trouve à propos... Vous pouvez compter, ma très chère
I sœur, que, grâce à Dieu, il a la nature d'un Turc et qu'il
[survivra à la postérité future, pourvu qu'il en ait envie. »
t cette lettre mélancolique se termine par ce propos de
[philosophe : » Dégoûté du monde de tous les côtés,
icomme je le suis, je donne extrêmement dans les ré-
I flexions qui me font connaître de plus en plus qu'il n'y a
1 aucun bonheur stable et permanent à trouver ici-bas... »
Fri^déric ajourna donc le plaisir d'ôLrc « l'unique roi i de Prusse », mais il aurait voulu prendre au moins sa I part d'événements qu'il ne dirigeait pas — qu'il aurait [ lout autrement dirigés, — et retourner au Rhin pour y I faire la campagne de 1735. Le roi n'était pas disposé h f lui donner cette consolation. Le prince le prie et le sup- I plie de ne pas le déshonorer devant l'Europe, qui ne vou- I dra pas croire qu'il soit retenu par son père, puisqu'elle tsait que celui-ci le destine à la vie des braves. Et ce sera ■pour lui, en même temps qu'une honte, un cruel chagrin.
crueller Chagrin, de n'être pas à l'arnuïe pour tout voir etprotiterdc ce qu'il verra, î(m zu profitiren. Le roi faisant la sourde oreille, il s'avise d'un moyen extrême ; il prie la princesse royale d'intercéder pour lui. Toute heureuse que son mari daigne espérer d'elle un service, la pauvre femme s'empresse: «Votre Majesté m'a fait la grâce de me choisir pour sa belle-nUe, grAce que je reconnaîtrai toute ma vie, et lui en serai redevable jusqu'au dernier soupir. Votre Majesté voudra aussi que je sois heureuse. Elle me pourra le rendre par là, puisque le prince royal m'en a tant priée de le faire, et m'ayant écrit qu'il en aurait une reconnaissance éternelle et sans égale. » Le roi répondit afTec tueuse ment à Madame sa fille que, si elle était au fait des affaires, elle trouverait elle-même que des raisons très importantes mettaient au voyage des obstacles invincibles,
n parait bien que les raisons du roi étaient bonnes en
effet. 11 ne se souciait pas de s'engager plus avant dans
le parti de l'Autriche en envoyant son fils à l'armée pour
la seconde fois, ni de dépenser de l'argent, sans profit et
sans gloire, car il n'était pas glorieux, disait-il, pour un
prince royal de Prusse, d'être le témoin de l'inaction
impériale, Frédéric se résigna: « Je suis persuadé que
mon très gracieux père a ses raisons; » mais il écrivait à
a sœur : « Il me dit qu'il a des raisons trts cachées. Je le
crois, car je suis persuadé qu'il ne les sait pas lui-môme...
kMoQ Dieu! je suis charmé de la conduite du duc de
■Bruoswicl^. Il a eu la politesse de mourir pour faire plai-
' sir à son fils. Je trouve qu'il n'a pas abusé des grandeurs
e ce monde ! »
LE SÉJOUR DE FllÉDÈFtIC A NEL'-HLPP1N 33
A la place de la campagne, le roi proposa au prince un voyage d'agrtSment, ou qu'il croyait te!. Il y mit les formes les plus séduisantes, et il importe de lire avec attention cette lettre, dont il avait pesé tous les termes :
" J'ai à vous demander s'il vous plairait de faire en Pi-usse lin voyage d'agrément de cinq ou six semaines pour examiner et pour apprendre l'économie et la façon de ce pays-là, et pour voir ce qui y manque encore et ce qui fait que cela ne veut pas encore bien aller là-bus. Cela peut vous être utile de bien regarder ce qui se passe là-bas aussi bien dans les villes que dans les campagnes et dans les offices, puisque vous devez pourtant gouverner ces pays, et vous ne vous trouveriez pas bien d'être obligé de vous en fier aux rapports spécieux des gens qui Bont très intéressés pour la plupart. Je n'ai que trop éprouvé cela, et, quoique ce pays soit un de mes plus beaux, je dois pourtant avouer qu'il est encore dans un méchant et misérable désordre. Si donc voua voulez aller là-bas, je vous donnerai une instruction complète où vous verrez sur quelles parties vous devez proprement
I porter votre altention, comment j'ai ordonné là-bas l'admiaislration et ce qui s'y trouve encore à désirer. Vous serez autorisé à vous informer exactement de toutes les circonstances auprès de la chambre des domaines et de guerre et partout où cela sera nécessaire. Les régiments qui sont on Prusse, vous verrez, par la mCme occasion, s'ils sont en ordre, comme je veux qu'ils soient, et vous pourrez redresser tout ce qui ne sera pas en ordre. J'attends votre opinion là-dessus et je suis toujours, avec la
I plus sincère affection, elc. »
La Prusse, c'est-à-dire la proviace loinlainc située hors d'Allemagne, au-delà de la Yistule, était im dos objets les plus ctiers et les plus douloureux de la sollicitude de Frédéric-Guillaume. Elle avait été martyiùsée par la guerre au temps de son grand-père, le grand-électeur. La Pologne y avait envoyé ses Tarlares, qui avaient brûlé 13 villes, 2i9 bourgs ou villages et enlevé 23,000 prisonniers. La famine et la peste, escorte habituelle de ces sauvages, avaient tué 80,000 hommes. Au cours du demisiècle qui suivit la paix d'Oliva, le pays s'était un peu refait, mais pendant trois années, de 1708 à 17li, une peste charbonneuse venue d'Orient le ravagea de nouveau; il perdit 235,000 âmes, plus du tiers de la population; dans les seuls cantons lithuaniens de la Prusse, 130,000 hommes, qui faisaient les trois quarts des habitants, moururent. La plus grande partie des villages étaient abandonnés; la campagne en friche se recouvrait de broussailles, et le bétail erranl nourrissait les loups.
Dans cette ruine demeuraient debout les monuments des chevaliers teutoniques, qui jadis conquirent le pays sur les Prussiens idolâtres. Leurs églises et leurs châteaux, bûtis en briques sur blocs erratiques, leurs palais d'architecture sarrasine, souvenirs et témoins d'un âge héroïque, semblaient reprocher aux modernes d'avoir laissé dépérir la terre conquise par eux pour l'honneur
de Mario mère de Dieu. Les paysans qui surviîcurenl aux désastres étaient-ils demeurés chrétiens ? Il n'y avait pas si longtemps que les dieux païens étaient encore adorés dans les bols de Prusse, oij se cachait un clergé de prêtres et de prêtresses. Un moine franciscain du xvi' siècle raconte qu'il tomba un jour dans un conciliabule d'impies et qu'il y aurait trouvé le martyre, s'il n'avait su le prussien et n'avait juré en cette langue, par Perkun, le dieu du tonnerre, qu'il ne raconterait pas à l'évoque ce qu'il avait vu. Aujourd'hui encore, dans la Liihuanie prussienne, les paysans se souviennent de Perkun, qui tonne au ciel; de BliguUis, qui sème la neige; de Lagcma, la déesse de la terre, qui fait pousser les moissons et dont l'arc-en-ciel est la ceinture... Ces pays-là sont bien jeunes en comparaison des nôtres : ils reçurent le christianisme douze cents ans après nous, un siècle avant que Christophe Colomb le portât en Amérique ' .
A peine roi, Frédéric-Guillaume entreprit de refaire la Prusse. Son premier soin fut de combler les vides, ces loiisic Stcllen, dont la vue lui faisait mal, parce qu'il pensait qu'à cette place déserte un horame pourrait travailler et payer l'impôt. Il répandit dans tonte l'Allemagne et en Europe des appels rédigés en allemand et en français, promettant à tous ceux qui viendraient s'établir en Prusse le transport gratuit, la subsistance le long de la route, tant de Gronchen. par jour par tète d'homme et tant par tète de femme; et, à l'arrivée, de
1. Je fais ici qu«lqueB Buipi'iints & mes Etude» tur VMitoire de Pruiit ■e lit. Ut Frinea colonUateuri de la Prune).
bonnes terres, des charrues, des faulx, des bœufs, des vaches, des chevaux, de la semence, des années de franchise d'impôt, même la franchise du service militaire. Un assez grand nombre de familles arrivèrent de la Suisse, du l'atatinat etde laFranconie dans les premières années du règne, mais c'iîtaienl des goultes d'eau pour remplir une mer desséchée. Fréd(?ric-Guillaume enviait à son aïeul, le grand -électeur, la bonne fortune qu'il avait eue de vivre au temps de la révocation de l'édit de Nantes, qui lui avait procuré tant de sujets et de si
Ucureusement, le baron de Firmian, princc-évôque de Salzbourg, seigneur de 200,000 sujets, se mit à jouer les Louis XIV. La réferme avait osé pénétrer dans l'cvêché; ses prédécesseurs, après avoir essayé de la combattre, s'étaient résignés à la tolérer, mais lui, dès son avènement, résolut de ramener sous la crosse le troupeau dissident. N"y pouvant réussir, il appliqua l'article de la paix de Westphalie qui autorisait les princes à ne tolérer chez eux d'autre religion que la leur, et il condamna ses sujets protestants à l'exil. Avant même que l'évèque eût pris sa décision, Frédéric-Guillaume, flairant la chair d'émigrant, avait fait savoir à ses coreligionnaires de Salzbourg qu'il les recevrait volontiers chez lui. Dès que le décret d'exil eut paru, il publia cette déclaration : " Par charité chrétienne et cordiale, j'ai résolu d'offrir une main secourable à mes coreligionnaires de Salzbourg, vivement contraints et poursuivis, et, à cette fm, de les recevoir et de les transporter dans certains districts de mon royaume de Prusse pour les y pourvoir. » L'appel fut
\ entendu ; les agents de Frédéric-Guilliiumc lui annont cèrent l'arrivée prochaine de 5,000 à 6,000 Salzbour- [ geois; il fit ses préparatifs pour les bien recevoir, mais i le nombre des voyageurs pour la Prusse s'accroissait de jour en jour. Un des commissaires envoyés au-devant d'eux annonce avec terreur au roi qu'il lui faut compter sur quelques milliers de plus : « Très Lion! écrit Fré- I déric-Guillaume en mai^e de la dépêche ! Dieu soit I loué ! Quelle grâce Dieu fait là à la maison de Brandebourg! Car certainement ceci vient de Dieu'. » A Potsdam, il voulut voir la première troupe de ces ! hommes que Dieu chassait de leur pays exprès pour ' qu'ils allassent coloniser la Prusse; il les fit ranger dans I le parc et parut sur le front. Il adressa la parole & quclh ques-uns, les interrogeant sur la foi, comme s'il passait I la revue des consciences. Content des réponses qu'il [ trouva modestes et conformes à l'Évangile, il cria de sa I voix de colonel : '< Ça ira, mes enfants ! ça ira très bien ! » I Un autre jour, il rencontra une seconde troupe; il se mit I sur le côté de la roule, fit défiler devant lui les Salszbour- I geois et leur commanda de chanter le cantique : « C'est sur mon Dieu que je me repose dans le danger ! » Comme Us s'excusaient do ne pas savoir l'air, il entonna le chant I à pleine voix, et toute colle foule se mit à chanter avec I lui. « Allez, leur dit-il, et voyagez avec Dieu! lieiset mit yàolll »
Quinze mille d'entre eux voyagèrent avec Dieu vers la
I. Gnnï gut, Golllob! mai lltul Gotl dem BrandenburgUeken Hauit fUr \ Gnade! Oenn dieiei geviin von Gotl tammC. SUdelmana, ouvr&ge cHé,
Prusse, 3,000 étant demeurés dans les pays allemands du roi, où il y avait aussi des places à remplir. Ces 15,000 Salzbourgcois valaient plus de 100,000 Prussiens. Ils n'étaient pas les premiers venus, les hommes qui abandonnaient, pour obéir à la voix intérieure, leur pays lie naissance, un des plus charmants du monde. Plus d'un laissait derrière lui des biens considérables, dont la vente, obtenue par le roi, fit entrer en Prusse quelques centaines de milliers de thalers. Môme les plus pauvres apportaient un trésor; ils savaient des métiers; artisans ou laboureurs, répartis entre les villes et les campagnes, ils allaient donner des leçons aux sauvages ruinés de la pauvre Prusse.
Pour reconstruire méthodiquement sa province, il fallait à Frédéric-Guillaume des artisans de tous métiers, ■riers de bâtiment, — charpentiers, maçons, couvreurs, menuisiers, vitriers, — ici des meuniers, ailleurs de bons fermiers ou bien des valets de charrue, des bergers, des vachers. Le roi les prenait dans ses pays d'Allemagne. Il a remarqué, dans un voyage en Liihuanie, que les paysans ne savent pas soigner les vaches et il s'est souvenu qu'il a vu dans le pays de Magdebourg d'excellents vachers : il ordonne au président de la chambre de cette province d'expédier trois pâtres de vaches, connaissant bien le bétail et capables de le soigner. 11 donne quantité d'ordres dont la conclusion était toujours la même, qu'il s'agit de trois vachers, ou de Irois fermiers, ou de cinquante valets de charrue, ou de cinquante servantes, ou de quatre cents jardiniers : les présidents des chambres devaient procéder par voies
LE SÉJOUR DE FRÉDl'CIlir. A NEU-IiUl'PiN 39
de persuasion envers u les gens exig(?s pour la Prusse», mais, au besoin, les lever, atifheben, el les envoyer sous escorte au lieu désigné'. Le plus souvent, il fallait user de la force; les volontaires de la transportalion étaient rares, à l'étonnement du roi qui disait : « Puisque ces gens-là sont nécessaires ofi on les demande, je no parviens pas ît découvrir les raisons qui les empfichenl
I d'y aller. »
Sur toute l'étendue de la province, on Iiâtil ou plutôt
f le roi bâtit; c'est lui qui donne avec le dernier détail les plans des villes, des villages, des maisons, des jardins, et
I qui choisit les sortes de culture. Il interdit les grossiers instruments agricoles, comme la houe ou la meule h la
I main, et fait fabriquer des charrues et construire des moulins. Les naturels de Prusse ne savent môme pas lier leurs gerbes; ils se servent de paille trop fraîchement coupée; il leur adresse une instruction sur la matière. Il choisit pour leurs troupeaux de bons reproducteurs, les boucs de Kotlbus, qui sont vigoureux et portent la meilleure laine. Les cantons de Lithuanie sont riches en prairies naturelles : il y établit en grand l'élève du cheval aiin que ses sujets ne soient plus obligés d'acheter h l'étranger des chevaux de labour. Il fait défricher les broussailles et il ordonne, en grand toujours, des plantations d'arbres : en deux années, 335,219 arbres, dont 120,873 fruitiers, sont plantés; il n'est pas satisfait : " Le pays est si grandi Faut encore planter autant
, Sam bruil s'il e«t possible, Ilabet Ihr die Sache dergeslall lu fat- 1, dau M ohne Bruit zugelte, pour ne pue effrayer les autres, Stadcl- Jin, p. 2!n,
40 LE GRAND KltÊDÈRIC AVANT L'AVÈSEMENT
d'arbres! » Pour introduire l'industrie dans ce pays agricole, il commande que toute la laine du pays soit ouvrée daus le pays. Gomaie il a vu les femmes de Kœnigsberg flilner dans les rues, il fonde une école de filerie à leur usage. De bonnes lileuses seront envoyées dans les campagnes pour y donner des leçons : toute femme qui ne lîlera pas sera condamnée à une amende.
Les roules étaient défoncées, recouvertes d'eau ot de broussailles : il les dcssèclic, les défriche et il comble les trous. Les rivières sortaient de leurs lits encombrés de vase : il cure les lits et les y fait rentrer. Il ouvre des routes nouvelles et creuse et rectifie des fleuves pour les rendre navigables. Ici, comme à la bâtisse, l'armée travaille avec les paysans et les ouvriers. C'est qu'il faut tout de suite faire circuler les marchandises et ouvrir les débouchés.' Le roi a déjà traité avec une compagnie russe, qui acliètera du drap de Kœnigsberg pour l'armée de la tsarine. II espère que les paysans vont exporter leur bétail et leur beurre, et que le commerce de Prusse sera enlevé aux Hollandais et aux Anglais qui « sucent la graisse de son pays ». — " Toutes les nouveautés que j'ai faites pour le commerce, Dieu le sait, dit-il, et que j'ai fait cela pour que le plat pays florisse. »
11 défend sa plantation de Prusse contre les ennemis du travail de l'homme. « Ici, disait-il, il y a autant de loups que de moutons. >> Les paysans, impuissants l défendre leurs bétes, laissaient troupeaux et maisons, e s'en allaient : le roi organise de grandes chasses et offre des primes aux tueurs de loups; le mal était si grand que la prime monte de i à 10 IhaJers par lête de vieux loup.
LE SÉJOUR UE KHÉDÈRIC A NEU-BLPPIN il
Même guerre aux ours et aux sangliers; mais les petites botes sont aussi méchantes que les grosses; les moineaux prélèvent plus que la dime sur les fruits de la terre et des arbres : chaque paysan devra présenter chaque année un certain nombre de têtes de moineaux, le propriétaire 12 tètes, et le berger 6. Par centaines de mille furent massacrés ces malfaiteurs.
Le roi se mesure avec un ennemi plus ciuel encore, la pesie des animaux. Toutes les précautions imaginables, il les prend, les amende et les perfectionne. Il impose au bétail étranger des cerlilicats d'origine et des quarantaines. 11 ordonne que les cadavres des animaux soient enterrés avec cornes et peaux et saupoudrés de chaux, & cinq aunes de profondeur, afm que l'herbe qui poussera sur les sépultures no donne pas la contagion aux chiens et aux corbeaux qui ensuite la propageraient. Il prescrit la surveillance des bêtes malades et la purilication des vêtements des pâtres qui les soignent, et l'isolement des lieux infectés, d'où ne sortiront ni bêtes ni gens. Pour les contrevenants, il édicté des peines terribles, même la mort, qui no lui coûtait guère, comme on sait : l'équarrisseur qui sera convaincu d'avoir dépouillé une bêle malade sera pendu. Chaque année, le roi prenait de nouvelles mesures, et, ne sachant plus que faire, il priait tout le monde par affiches de lui donner des conseils.
Frédéric-Guillaume savait que, tant vaut l'ouvrier, tant vaut l'œuvre. Ce despote s'élevait par le sentiment de l'intérêt bien entendu jusqu'à comprendre la dignité de l'homme. Il protège les paysans contre leurs seigneurs,
qui les traitent comme des bittes. Il supprime les corvées et les redevances abusives, et défend contre l'usurpation des ft^odaux l'béritîige des pauvres. Chez lui, dans ses domaines, il abolit le servage ; « Sa Majesté a considérd que c'est une noble chose que les sujets se glorifient d'ôtre, au lieu de serfs, des hommes libres. Ils font leur travail et métier avec d'autant plus de zèle qu'ils travaillent pour eux cl qu'ils sont plus sûrs de posséder leur champ et leur propriété, pour eux et pour les leurs, dans le présent et dans l'avenir, h
Comme le servage, la barbarie est improductive; et, comme la liberté, l'église et l'école sont fécondes. Frédéric-Guillaume, l'année mf^me de son avènement, avait pris dos dispositions pour rendre l'enseignement obligatoire dans ses États. Quatre ans après, il édictait l'obligation, attendu que les parents négligent d'envoyer leurs enfants à l'école, et qu'à cause de cela " la pauvre jeunesse demeure ignorante de la lecture, de l'écriture et du calcul aussi bien que des choses hautement nécessaires à son salut ». Mais comment appliquer la loi en I*ruBse? II n'y restait que très peu d'écoles, et dans un état pitoyable; aussi rares étaient les églises et les pasleurs : la plupart des sujets du roi étaient obligés de faire de longs voyages pour trouver un prêche. Frédéric- Guillaume demande aux universités de Halle et de Kœnigsberg de lui fournir des maîtres el des ministres de l'Évangile, qui sachent la langue lithuanienne, pour èlre compris par leurs élèves et leurs ouailles. Il donne pour les constructions le terrain, les matériaux, le charroi, et de l'argent. Il presse de ses ordres répétés les
LE SÉJOUR DE FRÉDÉRIC A NEU-BUPPIS i3
adnimislra lions, et s'irrîle de leurs lenteurs : « Vous voulez donc maintenir ce pauvre pays dans la barbarie? Mais si je cultive et améliore le pays et que je n'y fasse pas de chrétiens, toute mon œuvre est inutile ! ' »
Œuvre chrétienne, œuvre allemande en même temps. C'est d'Allemagne qu'il fait venir les hommes, d'Allemagne les instruments et les méthodes de travail. Les champs devront i^lre labourés, « sans exception par des " charrues allemandes, absolute mit teutschen Pflùgen ». Ils devront Olre ensemencés avec de la » semence allemande ». Dans chaque ferme, il veut un maître allemand, et deux principaux valets allemands. Les jardins doivent être établis « sur le pied d'Allemagne ». Le mot allemand revient à toute minute. On sent qu'il est prononcé avec orgueil, un orgueil de conquérant; mais à des conquêtes de celte sorte, qui trouverait à redire?
Frédéric-Guillaume allait très souvent en Prusse. Il y présidait d'interminables séances de commissions, et dictait des ordres sur chacun des points qui lui étaient rapportés. Absent, il envoyait des commissaires munis d'instructions et de questionnaires ; il exigeait d'eux une correspondance abondante, exacte et minutieuse. Il faisait dresser des tableaux avec colonnes pour mettre des chiffres, et pratiquait la statistique dans la perfection*. Je ne saurais dire combien de milliers d'ordres il donna. Suivant son habitude, il eut des impatiences, des inquiétudes et des moments de désespoir. Parmi les co-
1. n'en!) IcK baue und verbfitfe do» land und doch mâche ttint Ckritten, lo hilft mir AlUt nichl... Stadelmann, p. 60.