‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 2 sur 64 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce volume est la suile de la Jeunesse du grand Frédéric^ que j'ai publiée il y a deux ans. N'est-ce pas beaucoup que deux volumes sur la jeunesse d'un prince, et combien en faudra-t-il pour achever l'histoire de Frédéric II?

Je n'ai pas l'inlention d'achever cette histoire. Très curieux d'origines, — qu'il s'agisse d'un État ou d'une personne, — parce que c'est un plaisir rare de remonter au principe des choses, et parce que l'intelligence des conduites s'acquiert au prix de la peine que ce plaisir a coûté, j'ai voulu me donner du temps et de l'espace pour étudier la formation d'un esprit clair et d'une volonté forle par lesquels l'histoire fut modifiée.

Le précédent volume nous a donné le milieu de la jeunesse de Frédéric. C'est la pauvre Prusse, élevée de la veille à la dignité de monarchie, et à qui la couronne est lourde comme une tête grosse à des membres grêles. C'est la maison paternelle, un alelier où

peine en geignant, un Icmple oîi chante et prie, un cabarel où ribole Frédéric-Guillaume I", cet étrange artisan très grossier et 1res noble.

Dans re milieu, grandit un enfant joli, délicat, né avec une moue dédaigneuse et le goût du fruit défendu. II aime les livres, la musique, la philosophie et les beaux habits, et il a tout l'air d'un (ils de paysan qui s'en ira quelque jour à la ville croquer de ses belles dents la fortune paternelle. Le père se fâche et ses colères sont féroces; il roue de coups ce joli cœur; il le met au régime de la crainte de la mort; il l'oblige ainsi à faire des objets de son dégoût sa besogne quotidienne, cl le jeune philosoplie se li-ansforme en fermier, le joueur de ilùte en employé h la comptabilité. Mais pendant qu'il s'humilïe en propos menteurs de piété filiale, sa nature, qu'il ne connaltpas bien encore, proteste en lui, oii croit l'ambition de faire autrement et autre chose que son père, l'our se bien connaître, se résoudre et prendre ses partis, il aspire à la liberté dans la solitude.

Le présent volume raconte l'usage de cette liberté. C'est une histoire extraordinaire, et, je crois bien, sans exemple. Frédéric entreprend de se donner une éducation d'homme et une éducation de prince; il les conduit l'une et l'autre avec la sûreté et la tranquillité d'une méthode philosophique. Il propose nos grands problèmes humains à son esprit libéré de toute croyance, de toute illusion d'amour-propre, de

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