‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 6 sur 64 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

qu'aujourd'hui, il faut que les monarques laissent vivre d'abord, et tâchent de vivre ensuite. Dans le grand tumulte de ce siècle, il est réclamé beaucoup de droits il l'existence : ce dont noire siècle est fier avec raison.

Mais, je m'égare hors d'un avant-propos de ce livre où j'achève l'hisloire de la jeunesse de Frédéric. Il me reste à exprimer l'espoir qu'on me pardonnera les longues analyses que j'ai faites de toutes les parties de l'éducation qu'il se donna pendant la veillée de son règne. Aucun détail ne m'en parait indifférent. Quoi qu'il fasse, qu'il apprenne à écrire notre langue, qu'il étudie un problème philosophique ou une question politique, c'est avec le même sérieux, la même vigueur, le mémo ordre dans l'effort soutenu. Si ce livre peut rendre quelque service, c'est justement parce que celte complète analyse donnera le pressentiment raisonné de la grandeur de sorte 1res particulière, de Frédéric-le-Grand, de Frédéric runique^ comme on dil en Prusse.

Le prince royal souffrait douloureusement de sa force inemployée. Les jours de son père lui paraissaient longs. 11 redoutait à Hheinsberg le retour possible des violences et de la contrainte. Puis, il voyait les occasions du « coup de reins » se présenter et se perdre, et il enrageait. 11 combinait dans sa tète des campagnes diplomatiques et des entreprises de guerre, et coupait ses impatien-

PRÉFACE xiii

ces par des lectures, des concerts et des propos de lable arrosés de vins de France. Je ne sais comment des historiens et des philosophes ont pu se méprendre sur son caractère, au point de Fen croire lorsqu'il célèbre en prose et en vers les douceurs de la vie privée, et qu'il fait le renchéri devant « Téclat du trône » et le dégoûté devant la morosité du métier de roi, car il régnait en esprit, pendant les années de Rheinsberg, et sa gloire et ses victoires s'impatientaient en lui.

Le jour enfin se leva, où la mort espérée, qui plusieurs fois n'avait paru que pour s'enfuir, s'accouda résolument au fauleuil roulant de l'iiydropique Frédéric-Guillaume. Ce fut une grande scène dramatique, la réconciliation du moribond et de son héritier. Le père, cédant à la force majeure qui le poussait hors du monde, n'avait plus de raison de jalouser son fils ; lendrement, il lui recommanda l'héritage. Le fils n'avait plus de raison de haïr ce père qui laissait la place : il reçut l'hérilage pieusement. Ils reconnurent qu'ils s élaient méconnus, que l'un avait été le prédécesseur, que l'autre serait le continuateur qu'il fallait. Le sentiment entrevu par eux qu'ils se ressemblaient se précisa en Thcure suprême. Frédéric n'a-t-il pas dit que son père fut un philosophe sur le trône? Un philosophe, oui, puisqu'il raisonna — tumultueusemeni, il est vrai — ses devoirs, mais empêtré d'un homme de nature, Nalùrmensch, de

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