PRÉFACE XI
comme il disait de lui-même, eut été portée dans le caveau de Potsdam, la Prusse hiératisée dans les formes et les attitudes qu'il lui donna, s*écroula en un jour, au choc d'Iéna. Alors ce fut une question de savoir si elle continuerait d'être : « Les lèvres de Napoléon n'avaient qu'à siffler, dit Henri Heine, et la Prusse n'existait plus. » Tant cette œuvre de Frédéric paraissait factice, c'esl-à-dire faite par lui et pour lui. Elle i^urvécut pourtant, et sans doute un des motifs de sa survivance fut la gloire de Frédéric. L'Allemagne de 1813 employa cette force revivifiée par elle, mais la Prusse reprit le cours désormais fatal de sa destinée; l'état militaire de Frédéric-Guillaume et de Frédéric II, organisé pour la conquête, conquit F Allemagne. Aujourd'hui c'est une question de savoir si la Prusse fridéricienne, très simple en son essence — commandement suivi d'immédiate obéissance, entretien et accroissement de la force, perpétuel qui vive sur des lèvres de sentinelle dressée h l'inquiétude, promptitude à devancer l'ennemi et à le surprendre — est propre aux tâches qui s'imposent à elle, et qui sont difficiles : concilier des religions, des intérêts et des passions, réprimer des résistances du pas§é et des efl*orls vers l'avenir, diriger enfin ces mouvements 'contradictoires où s'agite sous la discipline prussienne, Tincohérenle Allemagne. Frédéric avait celte règle de conduite : « Leberij tind leben iassên. » vivre, puis laisser vivre. Peut-être bien