Voir, au chapitre qualHémc, p. 2U et suiv
de pari & sa confiance lorsqu'il sera roi, on poutriiit ment prendre des mesures et tâcher de les gagner, pouvait moralement être certain que le roi de Prusse ne durât pas encore quelque temps, on pourrait prendre des mesures dont le manque de réussite n'aurait rien d'efTrayant si la défiance du roi de Prusse n'augmentait pas Journellt ment avec ses infirmités, on pourrait se faire un plan conduite avec le prince royal, main il donne lui-mémi l'exemple d'une attention continue à s'observer sur les démarches les plus simples. Je sais qu'il a chez lui et renfermé dans sa chambre son chambellan, ami ji qui il ne permet pas de mettre la lëte à la fenêtre. Toute sa maison ignore qu'il v est. L'avis de bien des gens est que le roi de Prusse pourra encore traîner tout l'été, qu'il sera fort infirme, mais qu'il vivra. Il n'est pas douteux que, dans cet état, ses soupçons n'augmentent et qu'ils ne soient poussés peut-être jusqu'à l'excès; que ceux qui auraient formé des projets comptant sur sa mort ne s'en ressentent violemment s'ils viennent à sa connaissance, ou qu'il puisse au moins s'en douter.
Mais, au. contraire, si on a tout lieu de penser que tes vnes du prince royal sont tournées du cdté de l'Angleterre, que le sentiment de ceux qui l'approchent soit le même; s'il est possible que le roi de Prusse vive, quoique infirme, ne parait-il pas de la prudence de prendre le parti de lier son successeur de manière à se donner le temps de lui faire comprendre tout l'avantage qu'il peut retirer d'une alliance, aussi utile qu'honorable, qu'il trouverait faite avec le roi î II pourrait en marquer son mécontentement d'abord, mais les elTets n'en tomberaient que sur moi, selon toute apparence; mais, peu m'importe, si j'ai réussi à servir le roi. Ce prince se trouverait toujours lié, et il faut des mesures et de ta cérémonie pour rompre un traité et contracter des alliances absolument Pendant ce temps, on pourrait prendre des mesures pour lui faire approuver un acte politique, qui n'a d'&ul défaut que celui d'avoir été imaginé et opéré par son
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APPENDICE 3fiS
dont il esL à croire qu'il se fera une affaire de rejeter lu conduite à tous égards; et cela pourrait être même sans humeur et en suivant simplement son caractère, qui, & la dissimulation près, peut en tout tenir de celui du roi, son père. Je parie de sa dissimulation d'après ceux qui le connaissent le mieux et se piquent de lui être le plus attachés. Lis sont persuadés qu'il faudra recommencer 4 faire connaissance avec lui sur nouveaux frais, et que le prince royal ne sera pas le même homme. Mais ils ignorent ce qu'il fera, à qui il donnera son alTection, si ce sera les mêmes èi qui il donnera sa confiance dans les affaires, sî ce sera la noblesse qui influera dans ses conseils, ou s'il prendra confiance en ses ministres dont le roi régnant n'aime pas les talents autant qu'il parait le devoir faire,
M. de Thulemeier, dont j'estime beaucoup les lumières et la sage-sse, sans asseoir un jugement sur l'avenir, est persuadé que le prince royal sur le Irdne sera tout autre qu'on ne l'imagine. Il croit que beaucoup de ceux qui comptent sur sa faveur se trompent; que les prodigieuses affaires que ce prince trouvera, le besoin qu'il aura d'ouvriers habiles, pour réparer les fautes du roi, son père, dans le gouvernement de l'intérieur, et pour profiter avantageusement des trésors qu'il trouvera, le forceront nécessairement à négliger les sciences, et à donner sa confiance il ceux dont les lumières peuvent lui êlre dp quelque secours; qu'il cherchera â, connaître par lui-même ceux qu'on aura t&ché de desservir auprès de lui. Ou attend do grandes choses de ce prince, et avant peu il pourrait devenir l'amour de ses sujets et l'admiration de ses voisins. Le mécontentement du gouvernement présent est général, et l'on est mal venu A rappeler l'attention de qui que ce soit sur les bonnes qualités du prince régnant. Les discours les pluu forts ne sont pas contenus par la crainte qu'on a de lui : ainsi, pour peu que le prince, son successeur, montre de douceur eldedésintéressemenl,on auri les yeux fermés sur ses autres défauts, s'il en avnil.
Voità les réflexions que j'ai pu faire jusqu'à présent, qui ne peuvenl que m'imposer une conduite circonspecte cl taf donner une siagullëre alteulion avant de faire choix à personnes 4 qui je pourrais in*adrcsser.
La santé du roi <Ie Prusse est un peu moins mauvaise depid deux ou trois jours. Le raisonnement d'un médecin françi qui est ici est que le roi de Prusse est sûrement malade, ( s'il ne l'était pas, il serait k Potsdam. Mais il ne l'est pas tant qu'il veut le faire croire, car il sérail déjà mort, si son é n'avait été joué en partie de sa pari et exagéré de ceux <]ai pn opt parlé
TBNTATIVE Dt VAUIHI POUR ENTHKK EN CONVERSATION AVEC l'HINCE KOÏAL. HËPONSE DU PRWCE. — LA SANTÉ DU ROI ',
[D^pi^cbe iJe Valorï ilu Ï1 ii
J'ai eu l'honneur de yous représenter par le récit exaclQ la situation des choses combien ta question est diriicilel décider et par conséquent la conduite à tenir de ma | élait délicate pour savoir si le roi de Prusse, paraiss tendre à sa fin, il convenait de signer un traité qui d lier son successeur. Je ne crois pas vous avoir fait part d'id autre embarras où je me trouve; c'est celui de négocier un alfaire de la conséquence de celte d'un traité d'alliance! finsu du prince royal, peut-être à la veille de monter s trdne. J'ai lieu de croire que M. de laChétardie lui comoiuid quai t les affaires autant que ce prince voulait y entrer ; au m avait-il par devers lui le mérite de s'être exposé aux r qu'il pouvait avoir fait d'en prendre connaissance ; d'aiUei
APPENDICE 3f>7
je ne puis me persuader que les ministres n'aient pas pris des mesures pour ne lui pas laisser ignorer des affaires de cette conséquence et j'ai cru qu'il pourrait me savoir mauvais gré de ne m'étre pas offert à lui marquer la confiance qui paraît être due à sa qualité d'héritier présomptif de la couronne : de plus j'ai tâché de proposer au comte Truchsess* mon embarras, en parlant généralement de celui où devaient se trouver des ministres étrangers, qui auraient quelque chose d'important à négocier dans la conjoncture présente. Je l'ai amené insensiblement à me dire qu'il était extraordinaire qu'un prince qui devait régner eût aussi peu de part aux affaires, mais qu'il faisait prudemment de n'entrer dans aucune et d'écarter tout ce qui pouvait donner le plus léger ombrage au roi, son père; il convint avec moi que, malgré sa sage résolution à cet égard, il pourrait savoir gré à ceux qui le mettraient dans le cas de refus par sagesse d'en prendre connaissance. Il m'ajouta que dans cette supposition, on pourrait lui écrire et lui marquer le désir que l'on avait de lui montrer son respect et sa confiance, en le mettant au fait des choses qu'il convenail qu'il sût.
J'ai jugé, qu'en prenant ce parti, supposé que ce prince refusât de m'entendre, j'étais disculpé envers lui à tout événement; et après avoir fait croire au comte Truchsess que c'était par manière de conversation que j'avais mis la chose sur le tapis, et que je n'avais nulle confidence à faire digne de l'altention singulière du prince royal, et aussi après y avoir beaucoup réfléchi, j'ai pris le parti d'écrire à ce prince et de lui mander que, vu l'impossibilité de trouver les moments de lui faire ma cour et de lui parler, j'avais recours à l'écriture pour lui dire qu'ayant été chargé, de la part du roi, d'affaires de conséquence, je croyais être obligé, tant pour suivre les intentions de Sa Majesté que pour lui
1. Truchsess était en grand crédit auprès du prince royal, qui remploiera, au lendemain de son avènement. — Voir p. 297.
murquer mon respGCl, de lui demander xes ordres pour me n-ndrc cliei lui, et le mettre au fait des choses doot il paraîs- !s»il naturel qu'il ertt conaaissaDce. Voici sa réponse :
« Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée. Je me ferais un );raud plaisir de vous voir, si des occupations indispensables ne m'empêchaient de me procurer cette satisfaction. Les commissions dont vous êtes chargé de votre cour ne peuvent être que relatives à la personne du roi, et je nt crois pas qu'il soit séant que je m'en informe; vous ne trouverci donc point «étrange, eu égard aux raisons que je >iens d'alléguer, que je mo dispense d'entrer avec vous en éclai^ cissements. Je suis, avec bien de l'estime, Monsieur, voire affectionna ami, elc «
Je m'étais bien attendu b. cette réponse, mats je me Oall« de n\'être fait une espèce de mérite auprès de ce prince; je vous avoue que j'ai un fardeau de moins sur les épaules
Si le roi de Prusse continue è. donner le change à tout le monde sur son état, comme il fait depuis quelque temps, je serai incessamment réduit & vous mander (]ue je l'ignore. Les avis qui viennent de ceux qui l'approchent le plus et qui paraissent également bous, varient. Deux jours de beau temps que nous avons eu lui ont donné des espérances de pouvoir aller à rdisihiui; il ji iiirinu ordnniié qu'on exerçât ses clwv;m\; niais uni> iLiiuvulle grlécel la neige qui tombée» aboiiil;uiii' Liit'll L'uni ili' nouveaux obstai-lesà ce projet; on ne pi^ul |i;is (InLLirr qiiil ne snil malade et fortement, mais il est lré< incertain qu'il ne puisse en revenir.
/>.-.S. —S'il eu faiil eroire les avis que je viens d'uMiir elle/, la danie d'iiouneui' do la reine de Prusse, le roi di? I'ru>sc est on ne peut plus ma! ilepuis hier, cl aujourd'hui loutu la journée, les aecès n'ont lieu qu'à six pas d'intervalle; :i cela s'est joint une loux fréquente; il a craché du san^' inèié de pus et il siin^çe sérieiiscincul à ia mort ; mais, malj^ré
le bon endroit d'où me vient la nouvelle, je ne puis en garantir la vérité.
DEUX LETTRES DE FRÉDÉRIC ' a. Lettre à Chauvelin, du 10 octobre 1733, t. 95, autographe.
Monssieur,
Monssieur de la Chétardie, m'ayant assuré d'optenir la permission de faire quelque grands homes en France, j'ai envoyé pour cet efét un oficier de mon régiment à Paris, que je vous prie, Monssieur, de vouloir seconder dans sa comilion. Je vous assure en revanje que je me ferai toujours un sensible plaissir de vous obliger et que je ne négligerai aucun occasion pour convaincre de Testime avec la quelle je suis, Monssieur
Vostre très affectionné ami.
Fbederic p. R.
b. Lettre au cardinal Fleury, du 8 septembre 1137, 1. 104, autographe.
Monsieur,
Le Marquis de la Chétardie m'a assuré que vous me faciliteryez Tenrôlement de quelques grands homes en France,
1. Frcdéiic chercliait partout des houimos grands soit pour les incorporer dans son régiment soit pour les offrir au roi. II a dit souvent à la Chétardie qu'il ne comprenait pas comment la France, sachant la manie de son père, ne la tiattait pas, comme faisait l'Autriche, qui lui laissait recruter chez elle des géants et môme lui en offrait, par l'enlremise de Seckendorf. Par ces deux lettres, il demande la permission de faire de hautes recrues en France. J'ai reproduit l'orthographe de Frédéric. Frédéric ne sut jamais parfaitement notre orthographe, ni l'orthographe allemande, mais, d'une lettre à l'autre, le progrés est visible. Quand Frédéric écrivit la seconde lettre, il avait commencé à s'appliquer à écrire notre langue.
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