‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 62 sur 64 · ET LA SUÈDE · texte numérisé non relu

ET LA SUÈDE

(Dépêche de Valori du 15 décembre 1739, t. 108).

Dans la longue conversation que j'ai eu avec M. de Thule-

ineier..., il me dit, après beaucoup d'autres discours, que

que son maître était tout français, et se fortifiait tous les jours dans cette façon de penser ; qu'il connaissait que son plus grand intérêt était d'être uni à la France. Je lui dis qu'il me paraissait que le roi de Prusse en avait encore un autre qui était celui d'abaisser la puissance russe, que son pays était ouvert de ce côté-là. Il en convint avec moi et ajouta qu'on ne faisait pas d'aussi sérieuses réflexions qu'il convenait sur cet article. « Ne croyez-vous pas, lui dis-je, qu'une alliance avec la France dans laquelle la Suède entrerait ne serait pas un moyen sûr de vous tranquilliser? — Oui, me dit-il, cela est non seulement probable, mais selon moi convenable et je

comptent beaucoup sur celle pièce et qu'ils croient qu'elle doit leur faire un mérite auprès du roi et de son Éminence.

M. de Thulemeier m'a donné l'avis de prendre garde <i mes lettres et m'a dit savoir bien cerlainement que la cour de Vienne les guettait aussi bien que les leurs, que lui personnt-Uement étail en butte à celle cour et qu'il s'en mettait peu en peine.

J'ai eu avec ce ministre une assez longue conversation. Il y a été question du retardement qu'on apportait a la réponse que nous attendons du roi de Prusse au projet qui lui a été présenté. Il me dit avec un ton de voix asseï ferme que rien ne pouvait forcer son maître k la donner et qu'il pouvait y mettre tout le temps qu'il jugerait à propos ; que, pour lui, il avait fait ce qu'il avait dû ; que la pièce était traduite en allemand, que ses réflexions y étaient jointes elle tout entre les mains du roi, son maître, dont il fallait attendre la volonté.

Je lui ai dit qu'il me paraissait qu'il devait prendre pour motif du retardement l'étal de Sa Majesté prussienne; que, si Elle éluit en bonne santé, je ne saurais que croire de son peu d'empressement à répondre A l'aclivité de son Éminence, après avoir montré une forte envie de s'unir plus étroitement avec le roi, et d'avoir sur ce qui devait faire l'objet d'une alliance, le sentiment de H. le cardinal; que cette matière a dû être digérée à fond depuis le temps qu'il en est question et que, sans l'état actuel du roi de Prusse, j'aurais cm pouvoir me flatter de consommer cette affaire en très peu de temps.

Il me répondit en baissant un peu le Ion qu'il fallait avoir patience, que je savais mieux que lui l'élat où en était ce prince, et qu'on pourrait gâter quelque chose en le pressant par trop, dans l'état oii il était. 11 m'insinua l'expédient d'écrire au roi, son maiire ; c'est ce que je lis hier et ce prince a dû ouvrir ma lettre ce matin, en cas qu'il ait passé une moins mauvaise nuit. Je me plains dans ma lellre de la lenteur de ses ministres, qui ne répondent à la franchise et à l'activité

aet APPENDICE

de ma cour que par des remises et de belles paroles. J'aîl déjà eu l'honneui' de vous mander que j'agissais de coQcerl I sur cela avec M. de Podewils. Il faut attendre ce qu'elle I opérera.

L'état du roi de Prusse est, selon les uns, des plus fâcheux, J et il n'en peut revenir; M. de Ptillnitz m'a confié que soa I médecin était de cet avis, qu'il lui croyait l'hydropisie danal les boyaux. Je sais que ce médecin a dit à d'autres avec cou- * fiance que la situation du roi, son mallre, n'était point dangereuse, et qu'il comptait que le printemps le remettrait sur pied, comme l'année passée. Quoi qu'il en soit de ces deux avis ditTérents, il passe pour constant que ce prince a la tïëvr tous les jours, qu'elle lui prend à trois heures et comme il a trouve plus mal et plus oppressé ù. neuf, onjuge qu'il y a doj redoublement; son médeciu le purge de Jour à autre et suilfl en cela une maxime tout opposée à celle de celui quiraguéii'l de sa grande maladie, et qui disait que pour éviter l'hydre pisie, il fallait qu'il fût resserré au point d'en avoir la g et la lièvre. En elTeL, ce n'a été que par ces deux maux que c médecin a appelés à son secours que le roi de Prusse a. é tire d'affaire. Or, eu suivant comme on fait une maxin absolument opposée el depuis longtemps, il est <i craindre^ ce me semble, qu'on affaiblisse le tempérament de ce princ< au point qu'il y succombe. Son état actuel est déplorable, ne dort point, et, quand il attrape quelque moment < sommeil, son menton est appuyé sur une barre de bois c fauteuil où il est assis; ses Jambes sont fort enflées..

D'autres pensent qu'il eu reviendra. Je me suis aperçu qtu la plus grande partie de ceux de cette opinion sont aus) ceux qui le craignent le plus. Il est assez singulier que sou un prince aussi craint, et aussi despotique, on s'explique s son compte avec autant de liberté, si publiquement et daj des termes aussi peu ménagés,

M. de Tbulemeier m'ajouta que ce qui me devait Lranquiid User était que l'aversion du roi, son mailre, pour la Russie, j

trouvait plutôt augmentée que diminuée et qu'il pensait avec un égal mécontentement de Tempereur et des Anglais. Il est vrai qu'il me dit le jour que j'eus Thonneur de le voir, que dans son tombeau, où il comptait aller bientôt, ses os tressailleraient d'apprendre l'humiliation des Anglais, et que le roi prenait avec son sage ministre des mesures merveilleuses pour y parvenir.

Je crois cependant qu'il fait servir son état de prétexte à son irrésolution naturelle. Elle ne paraît jamais tant que lorsqu'il est question de finir une affaire qu'il a paru désirer, et qu'il aurait même arrangée

embarras de valori au sujet de la négociation, a cause de l'État de la santé du roi. — conjectures sur la conduite

DU PRINCE royal*.

(Déprchc de Valori du 18 mars 1740, 1. 110).

Il est vraisemblable que c'est une question de savoir si, au moment que le roi de Prusse parait tirer à sa fin, il n'y aurait pas de l'inconvénient à lier son successeur par un traité conclu peu avant son avènement au trône, et même une question très embarrassante. Je la crois également difficile pour ceux qui sont sûr les lieux, et pour les plus éloignés. S'il n'y avait pas lieu de douter des bons sentiments du prince royal en égard à la France, la conduite à tenir ne souffrirait à mon sens aucune difficulté et il paraîtrait tout simple d'entretenir la négociation avec le père et de concerter s'il était possible avec le fils les démarches qu'on aurait à faire pour la traîner jusqu'au moment de sa mort; si ceux qui l'approchent le plus à présent doivent être nécessairement ceux qui aient le plus

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