‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 102 sur 106 · FRAC RT AND MIE ANDELIN ES · texte numérisé non relu

FRAC RT AND MIE ANDELIN ES

que je connais bien, présider le repas de mes noces. »

Près de lui, Valentine refusait timidement tout ce qu’on lui offrait. On eût dit une jeune paysanne. À chaque tentative nouvelle, elle regardait son ami et semblait vouloir se réfugier contre lui. Depuis longtemps, Patrice insistait vainement pour qu’elle vidât son verre, lorsque enfin Meaulnes se pencha vers elle et lui dit doucement:

— Il faut boire, ma petite Valentine.

Alors, docilement, elle but. Et Patrice félicita en souriant le jeune homme d’avoir une femme aussi obéissante.

Mais tous les deux, Valentine et Meaulnes, restaient silencieux et pensifs. Ils étaient fatigués, d’abord; leurs pieds trempés par la boue de la promenade étaient glacés sur les carreaux lavés de la cuisine. Et puis, de temps à autre, le jeune homme était obligé de dire:

— Ma femme, Valentine, ma femme...

Et chaque fois, en prononçant sourdement ce mot, devant ces paysans inconnus, dans cette salle obscure, il avait l’impression de commettre une faute.

17 juin. — L’après-midi de ce dernier jour commença mal.

Patrice et sa femme les accompagnèrent à la promenade. Peu à peu, sur la pente inégale couverte de bruyères, les deux couples se trouvèrent séparés. Meaulnes et Valentine s’assirent entre les genévriers, dans un petit taillis.

LE GRAN D Mob.

Le vent portait des gouttes de tie et le te était bas. La soirée avait un goût amer, semblait

distraire. à

Longtemps, ils restèrent là, dans leur AÉHÉTE abrités sous les branches, parlant peu. Puis le temps. se leva. Il fit beau. Ils crurent que, maintenant, tout ê irait bien. FE ;

Et ils commencèrent à parler non. Van | parlait, parlait. |

— Voici, disait-elle, ce que me promettait mon fiancé, comme un enfant qu'il était: tout de suite. nous aurions eu une maison, comme une chaumière perdue dans la campagne. Elle était toute prête, disait-il. Nous y serions arrivés comme au retour d’un grand voyage, le soir de notre mariage, vers cette heure-ci qui est proche de la nuit. Et par les chemins, dans la cour, cachés dans les bosquets, des enfants inconnus nous auraient fait fête, criant: «Vive la mariée ! ».. Quelles folies ! n’est-ce pas ? 1%

Meaulnes, interdit, soucieux, l’écoutait. Il retrouvait, dans tout cela, comme l’écho d’une voix déjà entendue. Et il ÿ avait aussi, dans le ton de la jeune fille, lorsqu? ie contait cette histoire, un vague regret.

Mais elle eut peur de l’avoir blessé, Elle se retourna vers lui, avec élan et douceur.

— À vous, dit-elle, je veux donner tout ce que j'ai; quelque chose qui ait été pour moi plus précieux que tout. et vous le brûlerez!

PER GERSA END ME AU LUN -E S Alors, en le regardant fixement, d’un air anxieux, elle sortit de sa poche un petit paquet de lettres qu’elle lui tendit, les lettres de son fiancé.

Ah! tout de suite, il reconnut la fine écriture. Comment n’y avait-il jamais pensé plus tôt! C'était l’écriture de Frantz le bohémien, qu’il avait vue jadis sur le billet désespéré laissé dans la chambre du Domaine.

Ils marchaient maintenant sur une petite route étroite entre les pâquerettes et les foins éclairés obliquement par le soleil de cinq heures. Si grande était sa stupeur que Meaulnes ne comprenait pas encore quelle déroute pour lui tout cela signifiait. Il lisait parce qu’elle lui avait demandé de lire. Des phrases enfantines,

sentimentales, pathétiques. Celle-ci, dans la dernière lettre :

«… Ah! vous avez perdu le petit cœur, impardonnable petite Valentine. Que va-t-il nous arriver ? Enfin, je ne suis Das superstitienx.…. »

Meaulnes lisait, à demi aveuglé de regret et de colère, le visage immobile, mais tout pâle, avec des frémissements sous les yeux. Valentine, inquiète de le voir ainsi, regarda où il en était, et ce qui le fâchait ainsi.

— C'est, expliqua-t-elle très vite, un bijou qu’il m'avait donné en me faisant jurer de le garder toujours. C’étaient là de ses idées folles.

Mais elle ne fit qu’exaspérer Meaulnes.

— Folles ! dit-il en mettant les lettres dans sa poche. Pourquoi répéter ce mot? Pourquoi n’avoir jamais

le plus merveilleux du monde! =.

— Vous l’avez connu, dit-elle au comble de Léon $ vous avez connu Frantz de Galais ? DE

— C'était mon ami le meilleur, c'était mon frère d'aventures, et voilà que je lui ai pris sa fiancée!

» Ah! poursuivit-il avec fureur, quel mal vous nous: avez fait, vous qui n’avez voulu croire à rien. Vous êtes cause de tout. C’est vous qui avez tout perdu! tout perdu !.. »

Elle voulut lui parler, lui prendre la main, mais il la repoussa brutalement.

— Âllez-vous-en. Laissez-moi.

— Eh bien, s’il en est ainsi, dit-elle, le visage en feu, bégayant et pleurant à demi, je partirai en effet. Je rentrerai à Bourges, chez nous, avec ma sœur. Et si vous ne revenez pas me chercher, vous savez, n'est-ce pas, que mon père est trop pauvre pour me garder; eh bien ! je repartirai pour Paris, je battrai les chemins comme je l’ai déjà fait une fois, je deviendrai certainement une fille perdue, moi qui n’ai plus de métier...

Et elle s’en alla chercher ses paquets pour prendre le train, tandis que Meaulnes, sans même la regarder partir, continuait à marcher au hasard.

Le journal s’interrompait de nouveau.

Suivaient encore des brouillons de lettres, lettres d’un homme indécis, égaré. Rentré à la Fertéd’Angillon, Meaulnes écrivait à Valentine en appa-

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DRE CMREA END MP EMAUMLANES

rence pour lui affirmer sa résolution de ne jamais la revoir et lui en donner des raisons précises, mais en réalité, peut-être, pour qu’elle lui répondit. Dans une de ces lettres, il lui demandait ce que, dans son désarroi, il n’avait pas même songé d’abord à lui demander: savait-elle où se trouvait le Domaine tant cherché ?.. Dans une autre, il la suppliait de se réconcilier avec Frantz de Galais. Lui-même se chargerait de le retrouver. Toutes les lettres dont je voyais les brouillons n'avaient pas dû être envoyées. Mais il avait dû écrire deux ou trois fois, sans jamais obtenir de réponse. C’avait été pour lui une période de combats affreux et misérables dans un isolement absolu. L’espoir de revoir jamais Yvonne de Galais s’étant complètement évanoui, il avait dû peu à peu sentir sa grande résolution faiblir. Et d’après les pages qui vont suivre — les dernières de son journal — j'imagine qu’il dut, un beau matin du début des vacances, louer une bicyclette pour aller à Bourges, visiter la cathédrale.

Il était parti à la première heure, par la belle route droite entre les bois, inventant en chemin mille prétextes à se présenter dignement, sans demander une réconciliation, devant celle qu’il avait chassée.

Les quatre dernières pages, que j'ai pu reconstituer, racontaient ce voyage et cette dernière faute.

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