PAPAS GER A ANA DE ME AQU LL N'ES
.… C'était ce hargneux Giraudat, qui prit un ton pleurard, essaya de donner des coups de pieds, et, en fin de compte, fut mis dehors par le grand Meaulnes, à qui il cria rageusement:
— Grand lâche ! ça ne m'étonne pas qu’ils sont tous contre toi, qu’ils veulent te faire la guerre !..
Et une foule d’injures, auxquelles nous répondîmes, sans avoir bien compris ce qu’il avait voulu dire. C’est moi qui criais le plus fort, car j'avais pris le parti du grand Meaulnes. Il y avait maintenant comme un pacte entre nous. La promesse qu’il m'avait faite de m'emmener avec lui, sans me dire, comme tout le monde, «que je ne pourrais pas marcher », m'avait lié à lui pour toujours. Et je ne cessais de penser à son mystérieux voyage. Je m'étais persuadé qu’il avait dû rencontrer une jeune fille. Elle était sans doute infiniment plus belle que toutes celles du pays, plus belle que Jeanne, qu’on apercevait dans le jardin des religieuses par le trou de la serrure; et que Madeleine, la fille du boulanger, toute rose et toute blonde; et que Jenny, la fille de la châtelaine, qui était admirable, mais folle et toujours enfermée. C'était à une jeune fille certainement qu’il pensait la nuit, comme un héros de roman. Et j'avais décidé de lui en parler, bravement, la première fois qu’il m’éveillerait.
Le soir de cette nouvelle bataille, après quatre heures, nous étions tous les deux occupés à rentrer des outils du jardin, des pics et des pelles qui avaient servi à creuser des trous, lorsque nous entendîmes des
cris sur la route. C'était une bande de jeunes gens ét de gamins, en colonne par quatre, au pas gymnastique, évoluant comme une compagnie parfaitement organisée, conduits par Delouche, Daniel, Giraudat, et un autre que nous ne connûmes point. Ils nous avaient aperçus et ils nous huaient de la belle façon. Ainsi tout le bourg était contre nous et l’on préparait je ne sais quel jeu guerrier dont nous étions exclus.
Meaulnes, sans mot dire, remisa sous le hangar la bêche et la pioche qu’il avait sur l’épaule. Mais, à minuit, je sentais sa main sur mon bras, et je m’éveillais en sursaut.
— Lève-toi, dit-il, nous partons.
— Connais-tu maintenant le chemin jusqu’au bout ?
— J'en connais une bonne partie. Et il faudra bien que nous trouvions le reste ! répondit-il, les dents serrées.
— Ecoute, Meaulnes, fis-je en me mettant sur mon séant. Ecoute-moi: nous n’avons qu’une chose à faire; c’est de chercher tous les deux en plein jour, en nous servant de ton plan, la partie du chemin qui nous manque.
— Mais cette portion-là est très loin d’ici.
— Eh bien, nous irons en voiture, cet été, dès que les journées seront longues.
Il y eut un silence prolongé qui voulait dire qu’il acceptait.
— Puisque nous tâcherons ensemble de retrouver la jeune fille que tu aimes, Meaulnes, ajoutai-je enfin, dis-moi qui elle est, parle-moi d’elle.
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Il s’assit sur le pied de mon lit. Je voyais dans l’ombre sa tête penchée, ses bras croisés et ses genoux. Puis il aspira l’air fortement, comme quelqu'un qui a eu gros cœur longtemps et qui va enfin confier son secret...