‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 51 sur 106 · CR ARE NEEDS EM" E AU TL ENESS · texte numérisé non relu

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classe. Or nous n’y manquions jamais, car c’était une façon d’annoncer et de hîter la sortie du cours.

Le hasard voulut que ce fût ce jour-là le tour du grand Meaulnes; et dès le matin j'avais, en causant avec lui, averti le bohémien que les nouveaux étaient toujours désignés d’office, pour faire le second balayeur, le jour de leur arrivée.

Meaulnes revint en classe dès qu’il eut été chercher le pain de son goûter. Quand au bohémien, il se fit longtemps attendre et arriva le dernier, en courant, comme la nuit commençait de tomber...

— Tu resteras dans la classe, m'avait dit mon compagnon, et pendant que je le tiendrai, tu lui reprendras le plan qu’il m’a volé.

Je m'étais donc assis sur une petite table, auprès de la fenêtre, lisant à la dernière lueur du jour, et je les vis tous les deux déplacer en silence les bancs de l’école — le grand Meaulnes, taciturne et l’air dur, sa blouse noire boutonnée à trois boutons en arrière et sanglée à la ceinture; l’autre, délicat, nerveux, la tête bandée comme un blessé. Il était vêtu d’un mauvais paletot, avec des déchirures que je n’avais pas remarquées pendant le jour. Plein d’une ardeur presque sauvage, il soulevait et poussait les tables avec une précipitation folle, en souriant un peu. On eût dit qu’il jouait là quelque jeu extraordinaire dont nous ne connaissions pas le fin mot.

Ils arrivèrent ainsi dans le coin le plus obscur de la salle, pour déplacer la dernière table.

En cet endroit, d’un tour de main Meaulnes pouvait renverser son adversaire, sans que personne du dehors eût la chance de les apercevoir ou de les entendre par les fenêtres. Je ne comprenais pas qu'il laissât échapper une pareille occasion.

L'autre, revenu près de la porte, allait s tentait d’un instant à V'autre, prétextant que la besogne était terminée, et nous ne le reverrions plus. Le plan et tous les renseignements que Meaulnes avait mis si longtemps à retrouver, à concilier, à réunir seraient perdus pouf nous. À chaque seconde, j'attendais de mon camarade un signe, un mouvement, qui m’annonçit le début de la bataille, mais le grand garçon ne bronchait pas. Par instants, seulement, il regardait avec une fixité étrange et d’un air interrogatif le bandeau du bohémien, qui, dans la pénombre de la tombée de la nuit, paraissait largement taché de noir.

La dernière table fut déplacée sans que rien n’arrivât.

Mais au moment où, remontant tous les deux vers. le haut de la classe, ils allaient donner sur le seuil un dernier coup de balai, Meaulnes, baissant la tête, et sans regarder son ennemi, dit à mi-voix:

— Votre bandeau est rouge de sang et vos habits sont déchirés.

L'autre le regarda un instant, non pas surpris de ce qu’il disait, mais profondément ému de le lui entendre dire.

— Ils ont voulu, répondit-il, n’arracher votre plan tout à l’heure, sur la place. Quand ils ont su que je

LARG MREAPNEDE M, EVAUUSLEN ESS

voulais revenir ici balayer la classe, ils ont compris que j'allais faire la paix avec vous, ils se sont révoltés contre moi. Mais je l’ai tout de même sauvé, ajouta-t-il fièrement, en tendant à Meaulnes le précieux papier plié.

Meaulnes se tournant lentement vers moi:

— Tu entends ? dit-il. Il vient de se battre et de se faire blesser pour nous, tandis que nous lui tendions un piège |

Puis cessant d’employer ce « vous » insolite chez des écoliers de Sainte-Agathe :

— Tu es un vrai camarade, dit-il, et il lui tendit la main.

Le comédien la saisit et demeura sans parole une seconde, très troublé, la voix coupée... Mais bientôt avec une curiosité ardente il poursuivit:

— Ainsi, vous me tendiez un piège! Que c’est amusant! Je l’avais deviné et je me disais: ils vont être bien étonnés quand, m’ayant repris ce plan, ils s’apercevront que je l’ai complété...

— Complété ?

— Oh! attendez! pas entièrement.

Quittant ce ton enjoué, il ajouta gravement et lentement, se rapprochant de nous:

— Meaulnes, il est temps que je vous le dise: moi aussi je suis allé là où vous avez été. J’assistais à cette fête extraordinaire. J’ai bien pensé, quand les garçons du Cours m'ont parlé de votre aventure mystérieuse, qu’il s’agissait du vieux domaine perdu. Pour m’en assurer je vous ai volé votre carte. Mais je suis comme

— Soyez mes amis pour le jour où je serais encore à deux doigts de l’enfer comme une fois déjà... Jurezmoi que vous répondrez quand je vous appellerai — quand je vous appellerai ainsi... (et il poussa une sorte de cri étrange: Hou-ou!...). Vous, Meaulnes, jurez d’abord!

Et nous jurâmes, car, enfants que nous étions, tout cé qui était plus solennel et plus sérieux que nature nous séduisait.

— En retour, dit-il, voici maintenant tout ce que je puis vous dire: je vous indiquerai la maison de Paris où la jeune fille du château avait l'habitude de passer les fêtes : Pâques et la Pentecôte, le mois de juin et quelquefois une partie de l’hiver.

À ce moment une voix inconnue appela du grand portail, à plusieurs reprises, dans la nuit. Nous devinâmes que c’était Ganache, le bohémien, qui n’osait pas ou ne savait comment traverser la cour. D’une voix pressante, anxieuse, il appelait tantôt très haut, tantôt presque bas:

— Hou-ou ! Hou-ou !

— Dites ! Dites vite cria Meaulnes au jeune bohémien qui avait tressailli et qui rajustait ses habits pour partir.

Le jeune garçon nous donna rapidement une adresse à Paris, que nous répétâmes à mi-voix.

Puis il courut, dans l’ombre, rejoindre son compagnon à la grille, nous laissant dans un état de trouble inexplicable.

LE GRAND ME À U L N, la bonne femme et s’enfuit à toutes jambes, nds v les poules et les coqs affolés menaient un tapageinf >

L’homme emportait dans un sac — comme la veuve Delouche, retrouvant son aplomb, s’en aperçut-un. instant plus tard — une douzaine de ses poulets les plus beaux.

Aux cris de sa belle-sœur, Dumas était accouru. Il constata que le chenapan, pour entrer, avait dû ouvrir avec une fausse clef la porte de la petite cour et qu'il s'était enfui, sans la refermer, par le même chemin. Aussitôt, en homme habitué aux braconniers et aux chapardeurs, il alluma le falot de sa voiture, et le prenant d’une main, son fusil chargé de l’autre, il s’efforça de | suivre la trace du voleur, trace très imprécise —lindividu devait être chaussé d’espadrilles — qui le-mena sut la route de La Gare puis se perdit devant la barrière | d’un pré. Forcé d’arrêter là ses recherches, il releva… | la tête, s'arrêta... et entendit au loin, sur la même route, le bruit d’une voiture lancée au grand galop, qui s’enfuyait….

De son côté, Jasmin Delouche, le fils de la veuve, s'était levé, et, jetant en hâte un capuchon sursses épaules, il était sorti en chaussons pour inspecter le bourg. Tout dormait, tout était plongé dans l’obscutité et le silence profond qui précèdent les premières lueurs du jour. Arrivé aux Quatre-Routes, il entendit seulement — comme son oncle — très loin, sur la colline des Riaudes, le bruit d’une voiture dont le cheval devait galoper les quatre pieds levés. Garçon.

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