‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 58 sur 106 · LE GRAND ME A CO · texte numérisé non relu

LE GRAND ME A CO

Or, dans le plan rectifié par le bohémien et que nous avions maintes fois étudié avec Meaulnes, il semblait qu’un chemin à un trait, un chemin de terre, partit de cette lisière du bois pour aller dans la ditection du Domaine. Si j'allais le découvrir ce matin !..… Je commençai à me persuader que, avant midi, je me trouverais sur le chemin du manoir perdu...

La merveilleuse promenade !.. Dès que nous eûmes passé le Glacis et contourné le Moulin, je quittai mes deux compagnons, M. Seurel dont on eût dit qu'il pattait en guerre — je crois bien qu’il avait mis dans sa poche un vieux pistolet — et ce traître de Mouchebœuf.

Prenant un chemin de traverse, j’arrivai bientôt à la lisière du bois — seul à travers la campagne pour I première fois de ma vie, comme une patrouille que son caporal a perdue,

Me voici, j'imagine, près de ce bonheur mystérieux que Meaulnes a entrevu un jour. Toute la matinée est à moi pour explorer la lisière du bois, l’endroit le plus frais et le plus caché du pays, tandis que mon grand frère aussi est parti à la découverte. C’est comme un ancien lit de ruisseau. Je passe sous les basses branches d’arbres dont je ne sais pas le nom mais qui doivent être des aulnes. J’ai sauté tout à l’heure un échalier au bout de la sente, et je me suis trouvé dans cette grande voie d’herbe verte qui coule sous les feuilles, foulant par endroits les orties, écrasant les hautes valérianes.

Parfois mon pied se pose, durant quelques pas, sur un banc de sable fin. Et dans le silence, j'entends un

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