ART G LA N D ME AULNES
du feu, je vois ses cheveux blonds givrés, son beau profil au dessin si doux penché vers la flamme...
» Hélas ! la vitre reste blanchie par le rideau qui est derrière. Et la jeune fille du domaine perdu l’ouvriraitelle, que je n’ai maintenant plus rien à lui dire.
» Notre aventure est finie. L’hiver de cette année est mort comme la tombe. Peut-être quand nous mourrons, peut-être la mort seule nous donnera la clef et la suite et la fin de cette aventure manquée.
» Seurel, je te demandais l’autre jour de penser à moi. Maintenant, au contraire, il vaut mieux m oublier. Il vaudrait mieux tout oublier.
Et ce fut un nouvel hiver, aussi mort que le précédent avait été vivant d’une mystérieuse vie : la place de l'Eglise sans bohémiens; la cour d’école que les gamins désertaient à quatre heures. la salle de classe où jétudiais seul et sans goût. En février, pour la première fois de l’hiver, la neige tomba, ensevelissant définitivement notre roman d’aventures de l’an passé, brouillant toute piste, effaçant les dernières traces. Et je m'efforçai, comme Meaulnes me l’avait demandé dans sa lettre, de tout oublier.
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Entre temps, il apprenait avec son oncle Dumas le métier de plâtrier. Et bientôt ce Jasmin Delouche, avec Boujardon et un autre garçon très doux, le fils de l’adjoint, qui S appelait Denis, furent les seuls grands élèves que j’aimasse à fréquenter parce qu’ils étaient | « du temps de Meaulnes ». |
Il y avait d’ailleurs, chez Delouche, un désir très sincère d’être mon ami. Pour tout dire, lui qui avait été l’ennemi du grand Meaulnes, il eût voulu devenir le grand Meaulnes de l’école; tout au moins regrettait-il peut-être de n’avoir pas été son lieutenant. Moins lourd que Boujardon, il avait senti, je pense, tout ce que Meaulnes avait apporté, dans notre vie, d’extraordinaire. Et souvent je l’entendais répéter:
«Il le disait bien, le grand Meaulnes... » ou encore: « Ah! disait le grand Meaulnes. »
Outre que Jasmin était plus homme que nous, le vieux petit gars disposait de trésors d’amusements qui consacraient sur nous sa supériorité: un chien de race mêlée, aux longs poils blancs, qui répondait au nom agaçant de Bécali et rapportait les pierres qu’on lançait au loin, sans avoir d’aptitude bien nette pour aucun autre sport; une vieille bicyclette achetée d’occasion et sur quoi Jasmin nous faisait quelquefois monter, le soit après le cours, mais avec laquelle il préférait exercer les filles du pays; enfin et surtout un âne blanc et aveugle qui pouvait s’atteler à tous les véhicules.
C'était l’âne de Dumas, mais il le prêtait à Jasmin quand nous allions nous baigner au Cher, en été. Sa