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Pour changer le cuivre en or
Xavier P. n'avait qu’un enfant et gagnait un bon salaire. La bourse de l’ouvrier était néanmoins toujours vide parce que, dans les seules journées du samedi et du dimanche, il dépensait en boissons la plus grande partie de son salaire.
Louis B., son voisin, père de six enfants, était employé dans le même atelier que lui. Honnête, consciencieux, travailleur acharné, Louis B. ne possédait pas la moitié de l’habileté de Xavier P. Aussi son salaire était-il beaucoup moins élevé.
Les six enfants de Louis B. étaient toujours propres, bien soignés. Sa femme était modestement mais très convenablement vêtue. Un air d’aisance régnait dans son petit logement.
Jamais on n’y entendait de murmures, encore moins de querelles. Le père, la mère, les enfants, tous paraissaient contents de leur sort.
Xavier P., qui n’était pas fou, ne pouvait voir un tel tableau, qui contrastait si fort avec sa situation, sans éprouver étonnement et envie. Un jour enfin, il voulut en avoir le cœur net.
—Voisin, dit-il, je voudrais bier connaître votre secret. On dirait que vous’ . le talent de changer les pièces de vingt-cin. centins en pièces d’or de 85.00.
—Mon cher, répondit l’autre, je vais vous donner ma recette. Elle est toute courte.
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Mettez tous les samedis dans une petite bourse les quatre ou cinq vingt-cinq centins que vous dépensez inutilement en boissons le samedi et le dimanche et, tous les mois, vous pourres changer vos pièces de vingt-cinq centins en pièces d'or de 85.00.
Xavier P. avait du cœur, de l'énergie; il suivit le conseil de son compagnon de travail, et, en moins d’un an, il payait toutes ses dettes et commençait à faire des économies.
Un trait de courage
« Un homme allait chaque matin entendre la messe à l’église Saint-Patrice, à Montréal. Un jour de fortes tempêtes d’hiver, un de ses amis le rencontre sur le chemin.
«—Comment ! Monsieur un tel, à votre âge, sortir de si grand matin par un temps pareil ». —«Eh! Oui mon ami, répond celui-ci, et je vais vous dire la raison. Je fus autrefois un grand buveur. Après m'être corrigé, je promis à Dieu d’entendre la messe chaque jour pour persévérer. Or, voilà vingt-cinq ans que je tiens ma promesse, mais si je manquais la messe un seul jour, je craindrais que la vieille passion ne reprit le dessus. Je la sens, elle n’est pas morte en moi. Je la refoule seulement par la prière et par le secours des sacrements.
«—Je vais à la messe tous les jours et je communie toutes les semaines ».
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Dana.
Est-il responsable ?
On discutait tantôt dans un cercle d'amis le crime de cet alcoolique de Montréal qui, sans raison aucune, vient de tuer son semblable d’un coup de revolver et de blesser peut-être mortellement deux pauvres petits enfants.
Quelques-uns prétendaient que l’alcoolique était irresponsable, qu'il était aveuglé par la passion qui lui avait enlevé l'intelligence, par conséquent ia liberté, et avec la liberté la culpabilité. L’alcoolique, d’après eux, n’est pas un criminel, ce n’est qu'un malheureux.
Cela demande explication.
« On ne répond que du mel que l’on fait librement, disait à ce sujet, il y a quelques années l’éloquent Mgr Gibier. C'est vrai. Mais quand l’homme s’est volontairement abandonné à une passion mauvaise, il répond de tous les effets, de tous les résultats de cette passion. Ayant posé la cause, toutes les conséquences lui sont imputables. Vous attachez un de vos semblables à la queue d’une cavale indomptée, et vous la chassez dans le désert. Sans doute vous ne dirigez pas chacun des bonds de ce coursier fougueux, mais vous n’en êtes pas moins responsable de tout le sang qu'il a versé. Ainsi en est-il de tout homme qui, loin de réprimer ses Passions, se livre complètement à la boisson. Ainsi en est-il de l’alcoolique. Une fois qu'il a déchaîné en lui la bête humaine, peut-être
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n'est-il plus capable d’en arrêter les déportements insensés. Qu'importe? Il est responsable de sa folie, de son suicide, de ses crimes qui ont pris naissance dans l’alcool accepté librement et ingurgité sans mesure ».
La tête plus légère
—4 Et cela ne t’a rien fait, de ne plus boire comme d'habitude ? » demandait quelqu'un à son compagnon, ouvrier comme lui, qui s'était fait abstinent de boissons fortes et qui ne se montrait plus dans les buvettes.
—4 Oh si! répondit l’abstinent, je m'en ressens certainement ».
—« Ah, je pensais bien que tu n’aurais pas supporté cela longtemps! Et quel changement éprouves-tu ? »
—4 C’est tout un bouleversement... ma tête est plus légère et ma bourse plus lourde ; mon cœur plus calme et mon appétit plus vif; ma femme et mon patron sont plus contents de ma conduite et de mon travail, tandis que mon ancien buvetier ne me regarde plus qu’en roulant des yeux furieux.
—4 Ah, ah!» fit l’autre, désappointé, ayant cru que son compagnon allait se plaindre de son régime d’abstinent.