COMME UN AUSSI BON RISQUE QUE CELUI QUI N'EN PREND PAS DU TOUT
Les réponses ne tardèrent pas à arriver. Une seule était dubitative. Toutes les autres étaient absolument contre l'alcool. Ces réponses sont si intéressantes que je les reproduis ici sans commentaires :
^Etna Life. — Non. L'usage de l'alcool affaiblit le système et abrège la vie.
Alpha Life. — Non. Les liqueurs ruinent la santé.
American Légion of Honor. — Non. Les statistiques démontrent que c'est un mauvais risque.
Banker's Life. — Non, parce que l'usage finit par l'abus.
Berkshire Life. — Non. Les boissons enivrantes détruisent la santé.
Broklyn Life. — Non.
Chanango Mutual Benefit. — Non. Rend le risque dangereux dans les maladies à l'état aigu.
Citizen's Mutual Life. — Non. Les abstinents sont des risques plus désirables.
Covenant Mutual Life. — Non. L'abus fait tort au système et abrège la vie.
Dominion Life. — Non. Affaiblit la constitution et la rend incapable de résister à la maladie.
Equal Rights Life Association. — Non.
Equitable Life and Endovrment Association. — Non. Boire diminue la vitalité et rend plus incapable de repousser les maladies.
Fidelity Mutual Life Association. — Non.
Moins de vitalité et pouvoir de se récupérer.
Hartford Life. — Non. L'usage même modéré est la fondation des maladies.
Home Friendly Society. — Non. La mortalité est beaucoup plus grande.
Knights of the Maccabees. — Non. Boire abrège la vie.
Knights Templar and Masons Life Indemnity. — Non. L'alcool diminue le pouvoir de repousser les maladies.
Knights Templar and Masonic Mutual Aid Association. — Non. L'abstinence est un meilleur risque.
Manhattan Life. — Cela dépend de la quantité prise.
Manufacturers Tempérance and General Life. — Non. L'expérience démontre que la longévité des abstinents est plus grande.
Masonic Life Association of Western New- York. — Non, 22 ans d'expérience nous enseignent que l'alcool abrège la vie.
Massachusetts Mutual Life. — Non. Boire produit des changements dans l'organisme. L'alcool diminue la longévité probable de près des deux-tiers.
Michigan Mutual. — Non. L'usage des liqueurs est dangereux pour la santé et diminue la longévité.
Mutual Life. — Non.
New- York Life. — Non.
Odd Fellows Mutual Benefit Society. — Non.
Order of Scottish Clans. — Non. Celui qui en fait usage est plus facilement atteint par le rhume, les bronchites, etc.
Pacific Mutual Life. — Non. Cela prédispose aux maladies.
Protective Life Association. — Non. Boire diminue la résistance aux maladies.
Pro\'ident Savings Life Assurance Society. — Non. Abrège la longévité probable.
Register Life and Annuity. — Non.
Royal Templars of Tempérance. — Non. La mortalité est beaucoup moins forte parmi les abstinents.
Royal Union Mutual Life. — Non. L'usage dégénère trop souvent en abus.
Security Mutual Life. — Non. L'alcool abrège la vie.
Sun Life. — Non. Les liqueurs attaquent la constitution. L'usage a une tendance à augmenter.
Union Central Life. — Non. L'usage abrège la vie.
Provincial Provident Institution. — Non. Diminue la résistance aux maladies et facilite les accidents.
Union Life. — Non.
Union Mutual Life. — Non. L'usage dégénère souvent en abus.
United States Life. — Non. L'usage affecte le cœur, l'estomac, le foie et le rein.
Washington Life. — Dépend de l'âge et de la quantité.
Les commentaires, comme on le voit, sont inutiles.
Pas autre chose qu'un poison
Tous les médecins et les savants s'accordent à déclarer que l'alcool est un poison.
« L'alcool, dit M. Coste, est un poison. Il peut tuer en quelques minutes un homme ou un animal pourvu que la dose soit suffisante ».
M. Guy Patin dit à son tour : (( Eau de vie. . . eau de mort ! Si elle fait vivre ceux qui en vendent, elle tue ceux qui en boivent ».
« L'alcool, déclare le docteur Petit, est bien un poison par lui-même et sous toutes ses formes.»
« Tous les alcools sont des poisons, affirment les docteurs Legrain et Pérès, même l'alcool bon goût, l'alcool de vin. Les alcools de grain sont également des poisons violents ».
Liberté à tous, non
Celui-là, je l'avais rencontré l'hiver dernier, lors des élections municipales. Je lui avait demandé de voter pour un candidat favorable à la réglementation du commerce des boissons. Il m'avait répondu assez rudement.
Il avait son idée à lui sur la question de tempérance. Il prenait un coup de temps en temps, et voulait laisser la même liberté à tous. Pour cela, il fallait des buvettes.
J'ai revu mon homme ces jours derniers. Il avait la tête bandée, le bras en écharpe, et marchait difficilement.
— Mais, qui vous a mis dans cet état, lui dis-je en l'abordant ?
— Ne m'en parlez pas, me répondit-il en rageant. J'ai failli me faire écraser par la voiture de cet imbécile de X, qui est toujours ivre. J'en ai pour un mois au moins avant de reprendre l'ouvrage.
L'occasion était belle pour donner une petite leçon à ce brave ouvrier et je ne la manquai pas, croyez-le.
Liberté à tous de boire. Non. Il est des êtres qu'il faut empêcher de boire presque de force. Si vous multipliez les hôtels et les buvettes, vous multipliez les occasions pour ces gens.
Donc, tous, nous sommes intéressés à faire disparaître les occasions puisque chacun de nous peut, comme mon ouvrier de tantôt, être blessé
par le cheval ou la voiture d'un cocher en goguette.
Ce qu'il avait vu en songe
Un ouvrier raconta, un matin, à sa femme, le rêve qu'il avait fait pendant la nuit.
Il avait vu quatre rats s'approcher de lui, l'un après l'autre. Le premier était gros et gras, les deux autres étaient fort maigres, le quatrième était aveugle.
Le pauvre diable était inquiet, car on lui avait dit que les rats portent malheur. La femme, pas plus que le mari, ne parvenait à comprendre la signification de ce songe mystérieux, qui rappelait. . . mais d'un peu loin peut-être, les songes de Pharaon, de biblique mémoire.
Le petit garçon de l'ouvrier, très intelligent, précoce, fut le Joseph de ce nouveau Pharaon. Il donna l'interprétation suivante du songe de l'auteur de ses jours.
— Le rat gros et gras, dit-il à son père, c'est le buvetier du coin que tu vas voir souvent et auquel tu portes tout notre argent ; les deux rats maigres, c'est maman et moi, et l'aveugle, c'est toi, papa. . .
L'ouvrier, qui était intelligent, fut obligé de reconnaître que son fils donnait une interprétation exacte de son songe.
J'ignore toutefois s'il profita de la leçon.
Alphabet des buveurs
A. boit parce qu'un médecin lui a recommandé de prendre un coup.
B. boit parce que son médecin lui a interdit la boisson et il abomine le charlatanisme.