‹ Le grand menteurChapitre 3 sur 4 · V. parce qu'il est seul et qu'un coup le rend joyeux · texte numérisé non relu

V. parce qu'il est seul et qu'un coup le rend joyeux

W. parce qu'il est ruiné.

X. parce que son oncle lui a laissé un héritage. Y. parce que sa tante le laisse à sec. Z. parce que. . . Se posant la question à luimême, il doit renoncer à répondre.

Un argument égoïste

Il est vrai, dit XXX, qu'il n'y a pas plus de vingt-cinq maisons dans la rue Saint-L., mais les buvetiers et les épiciers vendent surtout leur boisson aux habitants et aux étrangers qui viennent au marché et à la halle N. D.

XXX n'est pas le seul à donner cet argument. J'ai entendu une dizaine de citoyens qui d'ordinaire raisonnent juste apporter cette raison en faveur des nouvelles licences demandées, rue Saint-L.

Peut-il y avoir raisonnement plus faux et plus égoïste que celui-là .'

Ce qui est dangereux pour le citoyen de L. l'est également pour l'habitant, pour l'étranger. Un échevin n'a pas plus le droit de multiplier les occasions de danger pour les étrangers que pour ses concitoyens. Ce sont là des principes de justice tellement élémentaires qu'il suffit de savoir son petit catéchisme pour les mettre en pratique.

Leur valeur alimentaire

Dans ses Lettres sur la chimie, le Dr Liebig disait : « Nous pouvons prouver avec une certitude mathématique que la quantité de farine qu'on peut mettre sur la pointe d'un couteau possède plus de valeur nutritive que cinq mesures (environ 2\ litres) de la meilleure bière de Bavière ; qu'une personne consommant journellement cette quantité de bière a pris, au bout d'une année, et cela dans les cas les plus favorables, exactement la valeur des matières nutritives contenues dans un pain de cinq livres, ou en trois livres de viande ».

Le Dr Dewilde, de l'université de Bruxelles, disait avec non moins de vérité « qu'il est plus économique de se nourrir de grives que de bière et de vin ».

Consultons le Dr Bienfait. Voici sa réponse : « L'eau-de-vie, le cognac, le rhum, aucune liqueur spiritueuse ne nourrit, me direz-vous ; mais en est-il de même de la bière et du vin ? Ces boissons, provenant du grain et du raisin, doivent posséder une réelle valeur alimentaire. Nous n'hésitons aucunement à aflîrmer que c'est là encore une erreur. Le grain et le raisin sont nourrissants, oui ; mais la bière et le vin ne le sont pas. En effet, ces matières premières ont subi des changements, et précisément par ces opérations les substances utiles ont disparu ;

celles-ci ont été partiellement transformées en alcool. La bière renferme au maximum 3 à 5% et le vin 1% de matières utilisables. Le pain au contraire en contient plus de 50% ! La différence est colossale ; aussi la bière, loin d'être du « pain liquide », trompe la faim sans l'assouvir ; parce que son volume considérable remplit simplement l'estomac. Notons en passant que bon nombre de maladies de l'estomac n'ont d'autre origine que l'usage immodéré de la bière et du vin ».

Paroles autorisées

— Gladstone avait raison de dire que, pour juger de la vitalité d'un homme, il suffisait de noter la réponse à ces trois questions : « Quel est son âge ? — Quelle est sa profession ? — Est-il sobre ou ivrogne ? »

— Anarcharsis, interrogé par quel moyen une personne pourrait s'empêcher de tomber dams les excès de l'ivrognerie, répondit : Si elle regarde et considère les extravagances de ceux qui y tombent.

— Pittacus, un des sept sages de la Grèce, législateur des habitants de Mytilène, avait fait une loi, qui ordonnait que ceux qui avaient commis quelque crime étant ivre, fussent punia doublement.

L'opinion d'un manufacturier

Un manufacturier de Québec qui emploie quelques centaines d'ouvriers me disait ces jours derniers :

La fermeture des buvettes à dix heures du soir, les cinq premiers jours de la semaine, serait une bénédiction pour la classe ouvrière. ^. Que diraient mes ouvriers si je leur annonçais une réduction de $0.25 ou $0.30 par jour sur leur salaire ? Je les entends me crier : « Nous recevons un salaire qui nous permet à peine de faire vivre nos familles et vous voulez le réduire ! Plutôt la grève ! »

Et pourtant une bonne moitié de mes ouvriers dépensent chaque soir dans les buvettes des environs $0.30, $0.40 et même $0.50. %\. N'est-ce pas là une réduction de salaire à laquelle ils se soumettent en esclaves ? t.:'Ces ouvriers n'ont pas la force de se mettre en grève contre cet ennemi de leur travail et de leur bonheur qui s'appelle la buvette.

Que les autorités municipales aient cependant l'énergie de fermer les bars à dix heures du soir etj-les ouvriers leur en seroat reconnaissants. Ils sont, pour la plupart, attirés là par la faiblesse, l'habitude, un amour propre mal placé.

On crie bien fort contre l'égoïsme des patrons, des capitalistes, qui s'enrichissent aux dépens de la classe ouvrière.

N'est-il pas vrai que les propriétaires de buvettes, qu'on voit dans la plupart de nos quartiers ouvriers, dans les environs des usines et des manufactures, bâtissent leur fortune en arrachant aux ouvriers ce qu'ils ont de plus précieux : leurs forces, leur santé, le bonheur de leurs familles.

Encore une fois, disait en terminant ce manufacturier, fermez les buvettes à dix heures chaque soir et vous rendrez un grand service à tous ceux qui voudraient s'empêcher d'y aller gaspiller leur argent et leur santé, mais n'ont pas l'énergie de résister aux mille tentations qui les y attirent.

Dialogue entendu

Combien de ceux qui me lisent pourraient traduire en langage intelligible le dialogue suivant ?

— Komentsavati ?

— Pamalétoi ?

— O Kifécho !

— Ce pacroiabastépoii !

— Tapalegosiésec ?

— Siméjépalesou !

— Benmoijanné. . .jtofruncou !

— Cépadrefu ; jaccep.

Voix de l'échafaud

Le 20 août 19.., on exécutait, à Liverpool, un ancien soldat à qui on ne connaissait qu'un défaut : la boisson.

Le misérable, dans un accès alcoolique, avait coupé la gorge à un enfant.

Le bourreau avait déjà couvert la tète du condamné du bonnet funèbre. Encore quelques secondes et il allait être lancé dans l'éternité.

Tout à coup, l'ancien soldat, qui avait monté avec fermeté les marches de l'échafaud et qui jusque-là avait conservé tout son sang-froid, s'écria d'une voix désespérée :

— Attendez un instant, pour l'amour de Dieu, je veux parler.

— Il est trop tard, répliqua le bourreau d'une voix rude.

Mais le \àeux prêtre qui avait accompagné l'assassin sur l'échafaud s'avança et dit au bourreau :

— Accordez-lui cette faveur.

Le moment était vraiment solennel. Tout autour de l'échafaud, les centaines de spectateurs se regardaient anxieux. Quelques secondes s'écoulèrent dans un silence effrayant. On entendait haleter le malheureux. Enfin, il fît un effort surhumain, et d'une voix forte, qui ne tremblait pas et que tous entendirent distinctement, il s'écria :

— Oh ! mes amis, ne buvez jamais. . . jamais !

Deux minutes plus tard, la justice humaine était satisfaite.

Alors, l'aumônier de la prison qui, depuis des mois, préparait le condamné au grand passage et qui sur l'échafaud même lui avait donné sa dernière bénédiction, s'avança de nouveau :

— Laissez-moi, dit-il aux assistants, vous lire la déclaration que m'a remise celui qui est en ce moment devant son juge suprême. Elle est ainsi conçue :

« Je m'incline devant l'arrêt qui me frappe. Il est juste. J'offre ma vie en expiation du crime épouvantable que j'ai commis. C'est la buvette qui m'a perdu, c'est l'alcool qui m'a fait répandre le sang de cet enfant qui ne m'avait rien fait. Depuis longtemps, j'étais, dans mon ivresse, en proie à des accès de fureur homicide ; j'éprouvais le désir de donner la mort. Une fois mon affreuse passion satisfaite, tout mon être s'est soulevé ; j'ai eu horreur de moi-même. Que Dieu me pardonne ! »

Pas du tout nécessaire

En 1852, le grand explorateur de l'Afrique, Livingstone, écrivait :

« Voilà plus de vingt ans que je ne fais aucun usage de boissons enivrantes. Mon opinion personnelle est qu'on peut supporter les plus durs travaux et les plus grandes privations sans le moindre stimulant alcoolique. »

Il n'est que conséquent

M. Steward, le nouveau surintendant de police de Chicago, vient de lancer aux hommes de police de la grande ville une proclamation qui fait beaucoup gloser là-bas.

M. Steward défend à ses subalternes de faire usage de boissons enivrantes, qu'ils soient en uniforme ou non.

Les journaux jaunes protestent contre cet ordre qu'ils trouvent arbitraire.

Que le surintendant de police, disent-ils, défende à ses hommes de boire quand ils sont en uniforme, nous n'avons rien à y voir : c'est une simple mesure de discipline. Mais qu'il aille jusqu'à leur proscrire la boisson lorsqu'ils sont rendus chez eux, nous crions : holà. C'est de l'empiétement sur le domaine privé.

A cela, le surintendant Steward répond : TJn chef de police doit avoir une confiance absolue dans ses hommes. Or, il m'est impossible de me confier entièrement à des subordonnés qui font usage de boisson.

La manière de voir du chef de police de Chicago nous semble la bonne.

, Les patrons, en général, ne préfèrent-ils pas les employés abstinents à ceux qui boivent ? Quand il s'agit des hommes de police, qui sont chargés de protéger la société, ne devons-nous pas être encore plus exigeants ?

Le mal du voisin

Dans les premiers jours de l'automne dernier, plusieurs centaines de médecins se rendaient à Bruxelles, en Belgique, pour prendre part aux travaux du congrès des aliénistes et neuroîogistes. II y avait là des représentants de tous les pays de l'Europe. La discussion — que Mgr Fallon me le pardonne — se fit entièrement en français. Les trois quarts des Congressistes comprenaient et parlaient d'ailleurs notre langue avec élégance.

Une des séances du congrès fut consacrée à l'alcoolisme. MM. les docteurs Ley et Charpentier lurent des rapports sévères, adjurant leurs collègues de conseiller à leurs patients de s'abstenir de vin et de bière parce que tous deux conduisent, par des chemins longs et détournés mais certains, à l'alcoolisme.

Aussitôt, M. le docteur X se leva.

— Messieurs, commença-t-il, je suis de Bordeaux. Et avec une éloquence fougueuse, qu'il sut rendre émue et vibrante, il défendit les crus de la Gironde. Il jura que jamais le moindre cas d'alcoolisme ne leur fût imputable.

Cette thèse n'était pas nouvelle. L'expérience prouve qu'elle relève plus du sentiment que de la science.

La protestation patriotique de l'orateur de Bordeaux fut, comme de bonne, applaudie par une partie de ses compatriotes. Un congressiste aussitôt déclara :

— Messieurs, je suis de Dijon.

Il répéta en faveur du vin de Bourgogne les mêmes arguments, et demanda au Congrès de mettre son client hors de cause.

La salle devenait nerveuse. Un autre congressiste s'écria :

— Messieurs, je suis de Bruxelles. . . !

La bière, d'après lui. . . celle de Bruxelles du moins, était encore plus innocente que le vin. Elle réclamait .elle aussi, un triomphal acquittement.

Un quatrième congressiste se leva :

— Messieurs, je suis de Caen. . . !

Le cidre â son tour parlait à haute voix.

Bref, il fallut lever la séance pendant qu'une voix essayait encore de dominer le bruit et commençait :

— Messieurs, je suis de Pontalier !

La conclusion de tout ceci c'est que, pour nombre de médecins comme pour les autres citoyens qui eux au moins ont l'excuse de l'ignorance, le seul alcoolisme est celui du voisin. Ils ne voient pas brûler leur propre maison quand ils distinguent l'incendie de l'habitation du voisin.

N'en continuons pas moins à faire la guerre à l'alcool, à la bière, au vin, enfin à tout ce qui mène à l'alcoolisme, sans nous occuper des jérémiades de ces bons messieurs.

La théorie d'une mère de famille

Le petit billet que je publie ici c'est une femme, une mère de famille, qui a laissé un instant ses occupations pour me l'écrire afin d'apporter un argument nouveau en faveur de la tempérance, qu'elle appelle « la cause sainte ».

« Vous avez mille fois raison, dit-elle, de dire qu'il y a trop d'épiceries licenciées à L. Mais puisque nos maris ne sont pas assez braves — attrapez, messieurs — pour en faire disparaître au moins la moitié, combattez bien fort pour qu'on n'ouvre pas d'épiceries licenciées là où il n'y en a pas encore eu.

« Un débit de boisson, que ce soit une buvette ou une épicerie, contamine à tout jamais le quartier où il s'ouvre.

< Vous avez bien raison de dire aussi que l'épicerie est comme la buvette une occasion de dépenses. A venir jusqu'au printemps de 190.., nous résidions à cent pas à peine d'une épicerie licenciée. Mon mari et mes fils ne pouvaient recevoir des visiteurs sans envoyer chercher une bouteille de boisson quelconque à l'épicerie. C'était de ce chef $2 et $3 de dépenses par semaine. Et cependant mon mari ni mes fils n'abusaient. Ils faisaient venir cette boisson tout simplement pour recevoir les amis et faire comme les autres.

« Au printemps de 19. ., pour se rapprocher de son ouvrage, mon mari a décidé de louer sur la rue X. Là, il n'y a pas de débits de boisson. Pour en acheter, il faut se rendre à la rue B. Le changement a été radical. Depuis cette époque, il n'entre pas une bouteille de boisson par mois dans ma maison.

« Et moi qui tient l'état des dépenses du ménage, je puis vous affirmer qu'il y a amélioration appréciable dans nos finances.

« Continuez donc le bon combat et toutes les femmes vous béniront ».

Le buveur de petit» varres

Un petit verre le matin à jeun, dit M. Paul Pugnière, c'est la maladie à intérêts composés ; pris après les repas, c'est la maladie à intérêt simple.

Le buveur de petits verres, surtout s'il les prend régulièrement devient fatalement et en peu de temps alcoolique.

L'alcoolique est un mauvais malade et un mauvais blessé ; tous ses organes sont en mauvais état, son estomac digère mal, son sang s'appauvrit et ne circule plus régulièrement. Il a des tremblements, des convulsions et des attaques de folie qui le poussent au crime ou au suicide.

Ce qu'elles peuvent faire

On parlait hier de la ville de Zurich, en Suisse, où la commission scolaire a décidé qu'à l'avenir aucun achat de matériel scolaire ne serait fait chez les papetiers qui vendent des livres dangereux pour la jeunesse.

Bravo !

Dans un autre ordre d'idées, pourquoi ne se servirait-on pas de ce moyen pour combattre la buvette ? Et ici les dames pourraient faire beaucoup.

Je m'explique.

N'est-il pas vrai que dans la plupart de nos ménages c'est la mère ou les jeunes filles qui font les emplettes ? Le père, fatigué de la tâche quotidienne, reste à la maison et la mère achète où elle veut.

Voici un marchand, un fournisseur, etc., qui, â l'époque de l'octroi des licences, jette feu et flamme en faveur des buvettes et des épiceries mal tenues où les pères et les fils iront gaspiller leur argent, perdre leur santé et souvent leur âme.

Ces dames ont à leur disposition un excellent moyen de mettre une sourdine au zèle mal entendu de cet entêté. Qu'elles encouragent son voisin qui, lui, est un ennemi reconnu de la buvette. Quand le monsieur, ami et propagateur des buvettes, verra ses meilleurs clients le laisser pour acheter chez le marchand d'à

côté, il reviendra bien vite à de meilleurs sentiments.

Mesdames, ne l'oubliez pas, les buvettes sont les ennemis de votre bonheur. Ceux donc qui propagent les buvettes travaillent contre vous. A vous d'agir en conséquence.

Présent de l'enfer

«Vous êtes un maître bien cruel», vous qui donnez à votre ouvrier un verre de liqueur alcoolique. Cette liqueur ne nourrit point, elle ne fortifie point, elle ne profite jamais, elle nuit toujours: «C'est un présent de l'enfer».

« Vous êtes un ami bien cruel », vous qui régalez votre ami d'un verre de liqueur alcoolique. Cette liqueur ne nourrit point, elle ne fortifie point, elle ne profite jamais, elle nuit toujours : « C'est un présent de l'enfer. »

« Vous êtes un père bien cruel », vous qui permettez à votre fils de porter à ses lèvres un verre de liqueur alcoolique. Cette liqueur ne profite jamais à personne ; elle nuit à quiconque commet limprudence de la boire ; mais elle est surtout fatale à la jeunesse : « C'est un présent de l'enfer. »

Aveugle et imbécile

Dernièrement, un buvetier rapace attirait chez lui un pauvre garçon de dix-sept ans, apprenti dans une bonne boutique, et le faisait boire à tel point qu'on fut obligé de ramener l'enfant chez son père dans une voiture de place.

Afin de débarrasser la paroisse de ce débit de boisson, on pria le père de déposer une plainte contre le buvetier canaille.

Or, ce père refusa obstinément d'agir. Et savez-vous quelle raison il donna ? Il ne voulait pas faire tort au buvetier.

Aveugle et imbécile.

N'allez pas croire qu'il ne s'en trouve pas de ces aveugles au milieu de notre population.

Je sais ici un citoyen prétendu très respectable, assez intelligent, dont les vieux jours sont assombris par l'ivrognerie scandaleuse d'un fils marié et père de famille. Ce pauvre garçon a contracté son vice dans une buvette que j'ai là sous les yeux et que je voudrais maudire devant tous mes lecteurs afin de les en éloigner. Ce fils ivrogne et perdu est encore, chaque jour, l'hôte de cet antre infâme.

Tous les ans, au mois de décembre, le buvetier a besoin de vingt-cinq signatures pour renouveler son certificat de licence. Savez-vous qui signe le premier, ce document diabolique ?

Le père du jeune homme entretenu dans son vice par le buvetier peu scrupuleux.

Je puis vous affirmer sous serment ce que je vous dis là.

Triste, profondément triste, n'est-ce pas .''

Une enseigne oubliée

On cite des mots célèbres de Mgr Antoine Racine, premier évêque de Sherbrooke. Avant de devenir évêque de Sherbrooke, il avait été vingt-un ans desservant de l'église Saint-Jean- Baptiste de Québec.

Certaines rues de Québec étaient alors infestées de buvettes où on vendait de l'alcool jour et nuit. On peut croire si les désordres étaient nombreux.

Une uuit, M. Racine fut appelé auprès d'un malade dans la partie ouest du faubourg Saint- Jean. En revenant à son presbytère, il voit, couché sur le perron d'une buvette, un malheureux complètement ivre. Il sonne et le buvetier descend ouvrir la porte.

— Monsieur, lui dit M, Racine, en montrant l'ivrogne, j'ai cru bien faire en vous avertissant que vous aviez oublié de rentrer votre enseigne.

Et le futur évêque continua son chemin sans ajouter un mot.

Le sacrifice du dernier verre

Le docteur Legrain, directeur du célèbre asile de Ville-Evrard, de Neuilly-sur-Marne, est un des esprits les plus éclairés de la France qui compte pourtant un si grand nombre de savants et d'hommes de science.

Dernièrement, on demandait au docteur Legrain ce qu'il pense de l'alcoolisme.

« Mais c'est poignant ce que vous me demandez-Ià, dit le savant. Il est des maux dont l'ampleur est telle qu'on en est comme envoûté et qu'à peine on oserait y penser de peur d'en être malade. C'est plutôt les non-alcooliques qu'il conviendrait d'apprécier, en leur indifférence, en leur impardonnable lâcheté, en leur aveuglement.

« Car ils sont légion les hommes qui, par leur insouciance coupable, autorisent l'extension progressive du fléau. Car ils sont lâches ces gens, sains d'esprit et bien portants, qui n'ont aucune palpitation au spectacle de leurs frères, qui sont tombés si bas et auxquels ils n'offrent pas même le secours de leur exemple, continuant égoîstement à entretenir commerce avec la boisson qui tue.

« Car, enfin, ils sont aveugles volontairement, ces gens qui se voilent la face pour ne point voir les misères de l'intempérance et qui, telle l'autruche, la tête cachée sous son aile, ne croient plus au danger parce qu'ils ont réussi à se le masquer.

« En vérité, ces gens sont à plaindre plus que les insouciantes victimes de l'alcool.

« Et j'estime que le sacrifice du dernier verre fait plus de joie au cœur, que les stériles jouissances que notre époque un peu décadente nous réserve. Je n'ai pas encore réussi à comprendre que l'on pût, sérieusement, rêver au bonheur de l'humanité, le verre en main ».

Favorise -t-il la longévité ?

L'opinion populaire veut que l'usage modéré des liqueurs faiblement alcooliques, tels que le vin, la bière, etc , favorise la longévité.

On nous signale tels vieillards de 80 et 90 ans qni ont fait usage de boissons toute leur vie, même au point de s'enivrer parfois, et on nous demande avec un air de triomphe si de pareilles épreuves n'établissent pas au moins que les boissons ne nuisent pas à la longévité.

Non, répond M. S. -A. Abbott, ce ne sont là que des exceptions qui confirment la règle. On parait oublier que pour chacun de ces hommes — qui sont doués d'une constitution robuste — on peut en montrer cinquante qui ont indubitablement abrégé leur vie par l'usage des boissons.

Ce qu'elles coûtent

Les partisans des « licences » chantent toujours bien haut qu'elles rapportent de forts revenus aux municipalités.

C'est possible en certaines localités.

Mais ces messieurs oublient toujours de nous dire les dépenses qu'elles occasionnent.

Les journaux de Montréal nous apprennent que le nombre des aliénés dans cette ville augmente dans des proportions alarmantes. Tous les jours le maire est appelé à se prononcer sur le cas de deux ou trois sujets qu'il est nécessaire d'interner aux asiles de la Longue-Pointe ou de Verdun. Chaque patient coûte à la ville, par année, $56 ou $58, selon qu'il est interné à la Longue-Pointe ou à Verdun. Le gouvernement provincial paye une somme égale.

En 1907, Montréal payait pour l'internement de 874 aliénés. En 1908, le nombre d'aliénés saute à 896. Montréal paye donc, chaque année, plus de $50,000 pour l'internement de ses aliénés.

Or, savez-vous quelle est la principale cause de la croissance anormale des cas de folie à Montréal ? L'ALCOOL. Les enquêtes approfondies faites par les employés municipaux établissent ce fait amplement.

Comme on le voit, si les « licences » rapportent des revenus aux villes elles sont aussi une forte source de dépenses.

Mangeiir d'homme et de force

La lecture de l'attachant ouvrage de M. Fy. Z. Massicotte, AthUtes Canadiens-français, m'amène à faire une constatation qui a dû être faite déjà dans bien des pays. C'est que l'athlétisme et l'alcool ne vont pas du tout ensemble

M. Massicotte fait défiler devant nos yeux une galerie d'une cinquantaine d'athlètes canadiens-français, tous d'une force et d'une endurance prodigieuses. Tous ces hommes, éTidemment, étaient doués d'une force musculaire très grande. Mais ils ne parvinrent à accomplir leurs exploits ou leurs tours qu'après un entraînement méthodique, long et suivi.

M. Massicotte qui a connu personnellement la plupart des athlètes dont il raconte les exploits, prend la peine de déclarer, pour chaque homme qu'il portraiture : « M. X. ne faisait pas usage de boissons fortes ».

Il va même plus loin. Il signale un athlète qui fit accourir la foule bien des fois pour assister à ses tours vraiment étonnants. Cet homme, gonflé par ses succès, se mit à boire. En quelques années, il perdit sa force et s'en alla mourir alcoolique sur un lit d'hôpital à Vancouver.

Non. Que tous ceux qui ont un effort physique un peu considérable â accomplir occasionnellement ou tous les jours se mettent bien dans la tête qu'ils sont voués à l'impuissance s'ils font usage d'alcool.

L'alcool, au témoignage de tous les médecins d'expérience, n'est pas un producteur de force. L'un d'eux le définit même comme un « mangeur d'homme et de force y>.

Une femme énergique

Je lis dans un journal des Etats-Unis l'énergique apostrophe suivante :

« J'avertis charitablement M. X., hôtelier de la rue B., et M. XX, hôtelier de la rue BB., que s'ils donnent encore de la boisson à mon ivrogne de mari, je leur donnerai chacun une dégelée la prochaine fois que je les rencontrerai.

J'avertis, par la même occasion, tous les hôteliers de la ville qu'ils auront la même chose s'ils donnent ou vendent de la boisson à mon mari.

* Ainsi que pas un seul de ces messieurs que j'ai déjà averti de vive voix ne soit surpris si quelque bon jour ils dansent au bout de mon fouet.

Signé: MARY DONOVAN.

« P. S . — Je pèse 325 livres et j'ai été écuyère pendant douze ans dans le cirque Barnum.

J'ignore si Mme Donovan a eu l'occasion de faire claquer son fouet sur le dos des mastroquets qui saoulaient son mari, mais je ne puis m'empêcher d'applaudir à l'énergie de cette femme de poids.

Vouloir c'est pouvoir

Personne ne conteste l'excellence et la nécessité de la réforme de nos habitudes de boisson. Mais chacun fait valoir ses prétextes et ses excuses, car on trouve toujours dans sa position, si mauvaise qu'on la reconnaisse, des motifs pour y persister.

L'excellent « Progrès du Golfe », qi'i fait si vaillamment à Rimouski le bon combat, donne deux des raisons qu'on donne là-bas pour ne pas changer ses habitudes d'intempérance. A soixante lieues de distance, j'ai pourtant entendu bien des pauvres victimes de la boisson donner ces mauvaises raisons.

« — C'est trop tard, dira l'un ; je suis trop vieux pour me changer »,

« Trop tard .' Parce que votre vie est déjà avancée ? Vous tenez donc à mourir dans le vice et dans la honte ? Vous avez perdu la meilleure moitié de votre vie, et vous croyez qu'il est de toute nécessité de perdre aussi le reste .' Hâtez-vous donc ! Plus vous avez perdu d'années, plus il est nécessaire de bien employer celles qui vous restent.

« — C'est plus fort que moi, dit un autre, je n'y puis rien ».

« Voilà la grande excuse ! Vous avez donc une bien pauvre idée de vous-même et de la force de votre volonté ! Vous êtes à ce point

faible et esclave d'un penchant dont vous connaissez tous les côtés honteux ! En ce cas, vous avez raison, vous n'êtes bon à rien !. . . Vous vous récriez ? Alors dites simplement que vous ne voulez pas. Votre volonté est paralysée par un cortège de faux raisonnements.

Ne signez pas

La responsabilité de ceux qui signent des requêtes, ou qui par d'autre moyens favorisent les « licences », est loin d'être enviable. Leur coopération devient si directe et si immédiate, qu'ils sont sur le même pied que les conseillers éi les voteurs.

Ecrire son nom sur une feuille de papier paraît en effet peu de cho.ses à plusieurs. C'est peu de choses que d'écrire son nom sur le dos d'un billet de $1000, mais l'endosseur est vraiment responsable de toute la somme auprè.s du banquier si le prometteur fait défaut.

Ainsi vous signez une « licence » à un homme que vous connaissez indigne de l'avoir : vous endossez devant Dieu la responsabilité des péchés que vous savez être commis dans cette auberge. Cette coopération au mal est si directe et si grave que le Concile de Montréal enjoint aux confesseurs de refuser l'absolution aux fidèles qui, par écrit ou autrement, persistent à favoriser des aubergistes qu'ils savent être indignes d'avoir une licence.

Un mot à Baptiste

— On dirait, dit Baptiste, que pour vous il n'y a à l'hôtel de ville que la question de tempérance. Toutes les autres questions vous semblent secondaires.

— Mon cher Baptiste, la tempérance est une question morale en même temps qu'une questioa municipale. Sur les questions municipales, les contribuables ont le droit de se diviser. Ainsi personne ne peut vous empêcher d'être en fayeur de l'administration actuelle pas plus qu'on ne peut blâmer votre voisin de lui être opposé.

Mais sur les questions de morale les bons citoyens ne peuvent se diviser. Ils doivent être tous du même côté, et du bon côté.

Voilà pourquoi nous demandons à chaque candidat son programme sur la question des licences. Si le programme de chacun est acceptable, qu'il soit pour ou contre l'administration actuelle, la chose nous importe peu.

On ne devrait pas mêler la tempérance ans questions municipales, disent souvent les partisans des licences.

Fort bien. Que tous les candidats, qu'ils soient du parti au pouvoir ou du parti oppositionniste, aient un programme commun et acceptable sur la question de tempérance, et nous serons fier de la maintenir bien audessus des mesquins intérêts de partis ou de clans.

Les fruits de la buvette

Les gouvernements de tous les pays, pour encourager l'agriculture, l'industrie ou les arts, subventionnent largement les expositions. On voit dans ces espèces de foires les produits agricoles, industriels, etc., etc., de chaque nation.

M. l'abbé Mullais a eu une idée assez originale. Il suggère une exposition universelle des produits ... de la buvette.

M. l'abbé Mullais expose comme suit son idée :

« On y verrait de lamentables choses. Au premier rang devrait figurer une collection de pauvres femmes au visage triste et décharné, aux yeux creusés par la douleur. A côté, une multitude de petits enfants couverts de haillons, criant : « Du pain, mère ! j'ai faim !. . . Oh mère ! que j'ai froid !

« Et chaque malheureuse mère répondrait : « Mes pauvres petits chéris, je n'ai pas de pain à vous donner ! . . . Je n'ai pas de bois non plus pour vous faire du feu ».

« Ce serait affreux, et c'est, hélas la triste réalité.

« En face, ce serait une collection d'hommes ayant, jeunes et vieux, une figure hébétée, les yeux ternes et égarés, et enfin une haleine puant l'alcool. Dans leurs traits, il n'y a presque rien de l'homme ; dans leur esprit, il n'y a qu'une seule pensée, retourner à la buvette, à cette buvette qui ruine la famille et qui abrutit l'ivrogne.

« Aux deux extrémités de l'exposition, il y aurait : d'un côté, un hôpital et une prison ; de l'autre une maison d'idiots ou d'aliénés, et un cimetière avec des fosses ouvertes prêtes â recevoir leurs proie.

« Dans un coin se trouverait un groupe de buvetiers proférant ces séduisantes paroles: Il faut bien que tout le monde vive ! . . .

« Oui, il faut que tout le monde vive ! et c'est ce qui vous condamne malheureux ! Il faut que les femmes et les malheureuses mères de familles vivent. Il faut que les vieillards aient du pain, ainsi que les petits enfants. Vous prenez le pain de la mère, de l'enfant et du vieillard ; vous détruisez la santé et vous dégradez l'âme de l'ouvrier ; d'un homme laborieux vous faites un être avili, car ce n'est plus un homme que l'ivrogne. Un homme parle, raisonne, marche droit, la tête haute, les yeux tournés vers le ciel ; mais un ivrogne, ça boite, ça déraisonne, ça trébuche et tombe ; ce n'est plus un homme hélas ! ce n'est plus qu'une brute.

Enterrements de vie de garçon

Enterrements de vie de garçon ! On pourrait dire souvent enterrements de l'honneur, de la sobriété, du bonheur des familles. Les parents devraient mener une campagne active contre ces enterrements de vie de garçon qui tournent presque toujours en orgies.

S'il vous plaît, mesdames

L'élection municipale du 1er février se fera sur une question de tempérance puisque la moitié au moins des candidats s'engagent â diminuer encore les « licences » et à maintenir tous les règlements de tempérance adoptés depuis quatre ans.

Les dames doivent-elles aller déposer leur bulletin en faveur des candidats de leur choix ?

Pourquoi pas ?

Beaucoup de dames refusent d'aller voter parce qu'elles craignent d'être insultées ou « assermentées ».

Insultées ! Certainement, non. On a trop ici dans le peuple le respect de la femme pour l'insulter quand elle accomplit un devoir aussi sacré que celui du choix des mandataires publics. Assermentées ! Les représentants des candidats dont la cause n'est pas bonne et dont l'élection est incertaine abusent quelquefois du droit d'assermenter les voteurs précisément pour empêcher les femmes d'aller aux poils. Pourquoi une femme qui n'a rien à se reprocher ne prêteraitelle pas serment comme son mari, son fils, comme tout honnête homme .' La cause qu'elle soutient ne vaut-elle pas la peine qu'elle ignore l'injure du malappris qui lui demande à prêter serment .'

La Constitution de 1791 ne défendait pas aux femmes de prendre part aux élections politiques. Le vote était alors « ouvert », c'est-à-dire qu'on nommait le candidat pour lequel on votait. Le

poli était souvent le théâtre de prises de becs désagréables, de chicanes dangereuses. Nos grand' mères n'en exerçaient pas moins leur devoir d'électeur. Elles se rendaient au poli sans forfanterie mais avec conviction. M. David cite quelque part le cas de la mère du premier Papineau qui, à un âge relativement avancé, ne craignit pas de passer à travers une bagarre pour aller voter en faveur du fils qui faisait son orgueil.

Les bagarres électorales, grâce à Dieu, sont disparues de nos mœurs. Les salles de poils sont aujourd'hui comme des salles de prétoires : calmes, tranquilles, silencieuses. L'électeur, homme ou femme, peut y aller sans crainte.

Les élections municipales ont, cette année, un caractère qui devrait engager toutes les femmes à y prendre part. Dans quelques quartiers on fait la lutte à certains candidats à cause de la part importante qu'ils ont prise à la réglementation du commerce des boissons.

La femme et ses enfants sont les victimes accoutumées de ce commerce maudit. Les trois quarts des suppôts de buvettes sont des êtres qui font mourir leurs femmes et souffrir leurs enfants.

Mesdames, s'il vous plait, quand vous irez déposer votre bulletin, si votre mari n'est pas un pilier de buvette, si vos fils sont sobres, soyez généreuses : pensez à vos sœurs que les débits de boisson font pleurer et souffrir.

Pendant l'hiver

Travailleurs ! s'écrie l'excellente petite revue « La Tempérance », quand vous grelottez au froid, seriez-vous satisfaits qu'on logeât un charbon rouge dans votre main ? Assurément, vous auriez une sensation de brûlure ; mais la température de votre organisme n'en serait pas plus élevée. Il en va de même quand vous ingurgitez un petit verre, le matin.

L'alcool vous ronge à l'intérieur, comme de l'acide et brûle l'estomac, c'est vrai ; mais il n'augmente pas la chaleur générale du corps.

Vous répliquez : — Après boire, nous avons chaud à la figure.

— Qu'est-ce que cela prouve ? Si une chaudière lâchait toute sa vapeur à travers des tuyaux brusquement dilatés par accident, ces conduites seraient soumises à une température excessive, mais la chaudière elle-même, en se vidant, se refroidirait.

Le corps humain présente un phénomène analogue, après l'absorption des spiritueux. L'alcool paralyse certains nerfs qui devraient resserrer les vaisseaux sanguins de la peau. Alors le sang afflue dans ces canaux élargis. Aussitôt on éprouve une sensation de chaleur au visage, par exemple ; mais le corps lui-même, la chaudière vitale, se refroidit, car l'air abaisse la température du sang, qui monte en trop grande abondance à la surface de l'organisme ; ot le thermomètre en fait foi.

Intéressante comparaison

Il y a soixante-dix ans, un jeune Anglais» désirant prendre une police d'assurance sur la vie, s'adressa à une grande compagnie de Londres. Quand on apprit qu'il ne faisait aucun usage de boisson on lui dit qu'il devait payer une prime supplémentaire, car on croyait alors qu'un peu de whisky ou de vin était bon pour la santé, et qu'un abstinent ne vivait pas aussi longtemps que celui qui buvait raisonnablement.

Le jeune homme avait des capitaux, de l'intelligence et de l'activité. Ses études et ses observations l'avaient convaincu que l'alcool, loin de prolonger la vie, conduisai*^^ rapidement à la tombe ceux qui en usaient. Il se décida à fonder une compagnie d'assurance qui ne prendrait des risques que sur les personnes qui ne buvaient pas. Cette compagnie prit le nom de United Kingdom Tempérance and General Pro vident Institution.

Pendant les dix premières années de son existence, la nouvelle Cie d'assurance n'assura que les abstinents. Puis, comme elle voulait développer ses affaires, et qu'en Angleterre alors. . . comme aujourd'hui, les abstinents sont plutôt l'exception, elle ouvrit un nouveau département qui assura les buveurs modérés.

La United Kingdom Tempérance and General Provident Institution a pu, pendant soixante

ans, constater qui de ses détenteurs de polices mouraient le plus tôt — ceux qui ne buvaient pas du tout ou les buveurs modérés. Elle a trouvé que, en proportion, il y avait beaucoup plus de décès chez ceux qui buvaient que chez les abstèmes. Parmi les détenteurs de polices âgés de quarante à cinquante ans, le nombre proportionné des décès était même plus grand que parmi ceux de tous les autres âges.

Pour donner des chiffres exacts, voici correctement la proportion établie par la United Kingdom Tempérance and General Provident Institution. Elle a trouvé que sur cent décès calculés de buveurs, il y a quatre-vingt-treize décès, tandis que chez ceux qui s'abstiennent d'alcool, il n'y a que soixante-dix décès sur cent calculés.

La Sceptre Life Insurance Co., une autre compagnie anglaise, a fait une expérience tout aussi concluante pour démontrer que les abstinents vivent plus vieux que les buveurs même modérés. Pendant plusieurs années, cette Cie s'est fait une spécialité d'assurer les membres du clergé des différentes dénominations religieuses. On sait que les membres du clergé en général sont abstinents. Elle constata tout de suite une différence considérable dans la mortalité de ses assurés.

Que ceux donc qui veulent mourir vieux se hâtent de prendre la tempérance absolue. Ils auront là un certificat de vieillesse.

Mentalité peu relevée

S'il faut en croire un journal que j'ai sous les yeux, M. X. conseiller municipal à F., aurait donné les raisons suivantes pour accorder une nouvelle licence de buvette :

« S'il fallait ôter les licences à tous ceux qui vendent de la boisson à des mineurs ou le dimanche, il ne resterait plus de licence à F.*

Si M. X a réellement prononcé ces paroles, il a manqué une magnifique occasion de se taire.

Un conseiller de ville qui sait qu'un porteur de licence vend à des mineurs ou le dimanche a sa ligne de conduite toute tracée : il doit enlever la licence à cet hôtelier ou à cet épicier. S'il agit autrement, il manque gravement à son devoir.

Le fait que tous les hôteliers de la ville vendraient le dimanche ou aux mineurs ne l'excuserait pas de fermer les yeux ; au contraire, son devoir serait encore plus impérieux puisque le mal serait plus grand !

Mais, malheureusement, un grand nombre d'échevins et de conseillers municipaux n'envisagent les « licences » qu'au point de vue des revenus qu'elles donnent au trésor municipal. Ceux-là, ne nous gênons pas de le dire, ont une bien triste conception des devoirs de leur charge.

Aux dépens de tout le monde

Il existe, dit le « Bien Public », certains foyers qui n'exhalent que le relent du vice, la misère paresseuse et lâche, et ces foyers de larmes et de tristesse sont le plus souvent ceux de l'ivrogne, qui nourrit sa hideuse passion aux dépens du bien-être de sa famille, qui vit dans les dettes, et boit aux dépens de tout le monde.

« Aux dépens de tout le monde ! Et combien cela est terriblement vrai. Le malheureux qui fait la ronde des buvettes, les vendredis et samedis soirs, y distribue largement et sans compter, le prix de ses heures de travail de la semaine. Il paie comptant, car le buvetier ne tient pas de livre et ignore les désenchantements et les surprises du crédit. Le buveur qui fait la noce se donne des faux airs de libéralité qui font les délices des amis d'occasion. Dans l'exaltation d'un commencement d'ivresse, il entend le murmure assourdi da sa louange : quel bon garçon, vrai, le cœur sur la main.

« Oh ! oui, parlons-en de ce cœur. Sur la main de l'ivrogne, le cœur n'est pas à la bonne place. H est souillé trop librement de promiscuités infâmes et avilissantes, et lorsqu'il laisse cette pauvre loque de cœur sur un comptoir avec son dernier dix sous, il se traînera vers son logis, la main libre alors, libre pour toutes les brutalités qu'il réserve à la pauvre femme en pleurs et aux petits sans pain ».

Le secret du succès

Henri Saint- Yves, le fameux coureur français qu'on a vu à Québec dans le courant de l'été dernier, vient de parcourir la distance de vingtsix milles et quelques cents verges en deux heures, trente-deux minutes et trente-neuf secondes.

Sait-on à quoi l'entraîneur de Saint-Yves attribue tous ses succès ?

Tout simplement à la vie qu'il a mené pendans sa jeunesse.

(( Depuis que je le connais, dit cet entraîneur, c'est-à-dire depuis l'âge de quinze ans, il s'est abstenu de tabac et de boissons alcooliques, et cette vie simple et tempérante a jeté les bases d'une constitution de fer. D'autre part, en ce moment, il continue à vivre d'une manière aussi sage, ne buvant pas, ne fumant pas, se conformant en cela aux règles admises par l'entraînement athlétique moderne.

« De l'avis de toutes les autorités médicales sportives aussi bien que des entraîneurs dont les connaissances sont basées sur l'observation des faits, il est absolument impossible d'arriver sans habitudes tempérantes à un degré de santé suffisant pour supporter les fatigues d'une grande épreuve sportive où toutes les qualités physiques d'un homme sont employées jusqu'à la dernière limite ».

On fait ce qu'on peut

Uq dévoué partisan de la tempérance se désolait dernièrement devant son curé du peu de succès de son travail en faveur de la tempérance.

— Dans mon quartier, disait-il, j'ai distribué de nombreux tracts de tempérance, j'ai tenté de corriger plusieurs ivrognes de leur fatale passion, etc., etc., et je ne pourrais pas jurer que tous mes efforts ont ramené plus de quatre ou cinq individus dans le bon chemin.

— Et vous n'êtes pas content du résultat obtenu, dit le curé avec chaleur. Sur les cinq individus régénérés grâce à vous il y a peut-être deux ou trois pères de famille. Je trouve moi que vous avez fait beaucoup. Qu'on me donne dix hommes zélés comme vous qui se chargent, chacun, de corriger deux de leurs concitoyens de leurs habitudes de boisson et en moins de trois ans nous régénérons notre paroisse.

Que les amis de la tempérance ne soient pas si pessimistes. Ne parviendraient-ils, chacun, à préserver ou à retirer de ses habitudes de boisson qu'un seul père de famille, quils auraient déjà fait œuvre utile. Qu'ils se représentent, en effet, de quelle somme de maux ils ont préservé ce père de famille, sa descendance, son entourage.

Terribles ravages

Le célèbre docteur Formad ayant recherché les lésions anatomiques dues à l'alcool sur plusieurs milliers de cadavres, a dressé la statistique suivante. Remarquons qu'elle est la plus complète et la plus éloquente qui ait été établie jusqu'à ce jour.

En prenant pour chiflFre de comparaison le nombre de 375 personnes mortes d'alcoolisme, alors que la mort survenait pendant que le sujet était sous l'influence complète de l'alcool, on a constaté sur elles les maladies suivantes :

1;.^ Fois

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