‹ Le Grand Orient de FranceChapitre 14 sur 17 · COMMUNICATION CONFIDENTIELLE · texte numérisé non relu

COMMUNICATION CONFIDENTIELLE

Vall.'. de Paris, le P' Mars 1902. {E.-. V.-.),

(( Le Conseil de l'Ordre du G.*. 0.*. de (( France a adressé la pi.*, suivante au Grand « Collège des Rites :

0,'. de Paris, le 5 octobre iOOi (E.\ V.\) au T.\ III.'. F.', Docteur Blntin, Grand Commandeur du Grand Collège des Rites :

Nous avons la faveur de vous faire connaître que, dans sa séance plénière du 15 sep-

temhre dernier, le Conseil de F Ordre s* est entretenu de ï ensemble des résultats fournis pnr les inspections de Loges faites mi cours de la présente année.

Il en ressort que dans beaucoup de Loges les vieux Maçons se plaignent du relàcliement dans la fidélité aux traditions de F Ordre, dans la pratique de nos prescriptions rituéliques, dans F enseignement des principes, dans F éducation maçonnique des FF.'.. La discipline fraternelle et Funion intime, qui font la force d'un At.' ., s en ressentent considérablement. Nos FF.', réclament des instructions qui seraient, en quelque sorte, un véritable manuel d'enseignement de la Maçonnerie,

Le Conseil a décidé, pour donner une sanction à ce fraternel entretien, de s'adresser au Grand Collège des Rites et de le prier de vouloir bien rédiger ces instructions. C'est cette décision que nous sommes chargés de porter à votre connaissance, persuadés quelle recevra, au sein du Grand Collège des Rites, le plus chaleureux accueil , parce qu'elle répond aux besoins et aux nécessités de F heure présente.

Veuillez agréer, T.'. 111.:, F.\, la nouvelle .

assurance do nos sentiments bien frat.\ dévoués.

Par mandement du Conseil de l'Ordre,

Le Secrétaire général, N. Vadecard, ^3%

« Ce cri d'alarme que pousse, avec tant de « raison, le Conseil de l'Ordre, il y a longtemps « que les vieux Maçons qui possèdent les Hauts (( Grades l'ont poussé dans leurs Chap.*. et « leurs Conseils. Il y a longtemps que tous « ceux qui connaissent bien la Franc-Maçon- « nerie, qui ont approfondi ses traditions et « ses rites, qui savent qu'au milieu de ses « luttes quotidiennes, elle poursuit le triomphe « de la fraternité universelle, qui comprennent « que, pour atteindre ce but, il lui faut, plus « que jamais, maintenir noire discipline inté- « rieure, basée sur les hauts enseignements « que nous rappellent nos symboles et sur les « obligations fraternelles que nous imposent « nos rituels, il y a longtemps que tous ceux- « là se sont émus de l'état d'indiscipline, du « mépris de nos traditions, de la disparition « de Pesprit de tolérance et de fraternité « qu'on observe dans certaines Loges.

« Le Grand Collège des Piiles s'associe de (c tout cœur aux justes doléances du Conseil « de l'Ordre et de tous les vrais Maçons. Pé- « nétré de ses devoirs constitutionnels, désireux « de répondre aux désirs du Conseil de l'Ordre, « il a résolu de rédiger une série d'instructions « maçonniques destinées à être communiquées a aux Loges.

« Mais, avant de rien établir de définitif, il « a tenu à faire part de ses résolutions aux « Ateliers qui se trouvent plus immédiatement « placés sous sa direction rituélique et tradi- « tionnelie, c'est-à-dire aux Chap.*. et aux « Conseils, afin de les inviter à lui envover (.( tous les documents qui pourraient faciliter « sa tâche, et de leur indiquer, en même temps, « comment il comprend le rôle des Ateliers « Supérieurs dans le fonctionnement général « de notre Grande Fédération.

« Il veut leur rappeler tout d'abord que nos « Piites divers doivent être surtout considérés « comme des instruments de discipline maçon- « nique, discipline qui puise sa principale force « dans les sentiments d'affection et de solida- « rite fraternelle qu'une lente éducation ritué- « lique doit savoir faire pénétrer dans tous les « cœurs,

c( Ces Rites sont constitués par un ensemble « de dispositions écrites et de traditions orales « dont les origines et la raison d'être demandent « à être expliquées d'une manière assez claire « pour que nos adeptes en saisissent bien l'im- « portance et la nécessité.

« Quant à nos Symboles, ils représentent « avant tout des procédés d'éducation philoso- « phique en même temps que des signes de « ralliement. Sous des formes matérielles, ils « emblématisent un certain nombre de vérités « morales acceptées par tous nos adeptes et « qu'il est bon de leur rappeler incessamment « en s'adressant tout à la fois à leurs sens et « à leur raison.

« Il ne faut pas oublier que la Maçonnerie a « la prétention justifiée de cultiver une morale « supérieure à celle du Christianisme, supé- « rieure même au Stoïcisme qui fut certainece ment la plus haute conception morale de « l'antiquité. Cette morale c'est l'Altruisme, le « Solidarisme, comme aiment mieux l'appeler « les Maçons. Eh bien, à notre époque où on « aime, plus qu'autrefois, les définitions pré- « cises, il serait peut-être bon de trouver à tous « ces symboles des formules nouvelles et plus « complètes qui leur permettent de s^adapter,

« avec plus crëxaclilude encore, aux i^a^andes « idées de justice, d'amour et de dévouement « qui découlent de la morale solidarisle qui « s'enseigne dans nos temples.

« L'Humanité civilisée est aujourd'hui agitée, « plus qu'elle ne l'a jamais été, par la reclier- « elle de règles sociales nouvelles capables « d'apporter, au milieu des hommes, un peu « plus de justice et un peu plus de bonté. De « telles recherches ne peuvent fructueusement « s'accomplir sans un grand Idéal moral qui « les discipline et les dirige. Cet Idéal moral « c'est la Maçonnerie qui le possède et elle « détient ainsi l'instrument sans lequel toute « doctrine sociale sera fausse, vaine et stérile. « N'est-il donc pas intéressant pour elle de « s'attacher maintenant, en dehors de toute « considération politique etde parti, à formuler, « d'une façon de plus en plus précise, cet Idéal « moral afin d'en faire sortir toutes les con- « séquences philosophiques et sociales qu'il « comporte?

« Or, si nos Loges sont de précieux milieux « d'enseignement pour les adeptes qui nous « viennent de toutes parts et dont un trop grand « nombre, hélas ! recrutés à la légère ou insuf- « fisamment encouragés, nous quittent avant

« que nous ayons eu le temps de leur donner (■( l'empreinte maçonnique, elles sont, aujour- « d'hui plus que jamais, dans des conditions « difficiles pour nous fournir ces éducateurs « spéciaux^ indispensables pourtant à la pros- « périté de l'Ordre et qui doivent se préparer « à leur haute mission par une éLude appro- « fondie de tout ce qui constitue notre raison « d'être et notre puissance, c'est-à-dire de nos « traditions, de nos rites, de notre morale, de « nos symboles et de l'œuvre réformatrice que « nous poursuivons au milieu des sociétés con- « temporaines.

« Ce rôle d'éducateurs des Loges, de cham- « pions de l'esprit maçonnique, de défenseurs « de la discipline de l'Ordre, de propagateurs « de sa morale élevée, c'est aux membres des « Ateliers Supérieurs qu'il incombe. Ils sont « tous, ou du moins doivent être tous, des « Maçons soigneusement choisis parmi les plus « fidèles et les plus réguliers des Loges où ils « ont reçu la lumière. Ils sont attachés à notre « Ordre, ils comprennent les nécessités de sa (( discipline, ils en ont donné le témoignage en (c manifestant spontanément l'intention de gra- (v vir les divers degrés de notre échelle hiérarc( chique et de recevoir une éducation maçon-

« nique plus complète et plus spéciale. Eh bien, « cette éducation spéciale on la leur doit et, « lorsqu'ils la posséderont, ils en feront pro- « fiter les Loges qu'ils ne devront jamais cesser « de fréquenter.

« Les Ateliers Supérieurs doivent être, en « quelque sorte, comme les Ecoles normales « de rOrdre, écoles qui doivent se consacrer, « avant tout, à l'étude de la science maçon- « nique. Leurs membres iront ensuite porter « dans les Loges ce qu'ils auront appris là. Ils « le feront avec tact, prudence, délicatesse, « mais ils le feront sans jamais se lasser, car, « si leur zèle s'affaiblissait, les Loges risque- « raient de tomber, les unes après les autres, « au niveau de ces réunions profanes où, au « lieu de ]a solidarité fraternelle qui est la « première vertu des Maçons, on ne rencontre « qu'injures, provocations, suspicions bles- « santés, haines et discordes, qui découragent « les meilleures volontés et rendent éphémères « les œuvres les mieux conçues.

« Ainsi donc c'est de questions exclusivement « maçonniques que doivent surtout s'occuper « les Ateliers Supérieurs; et les sujets qui, « préoccupant le monde profane, préoccupent « bien légitimement aussi les Maçons, doivent

c( être laissés aux Loges. Les Ghap. * . et les Conc( seils ont de tout autres choses à faire, et il <■( faut le proclamer bien haut, car, sans cela, « leur existence deviendrait inutile, leurs co- « lonnes seraient bientôt désertes et il ne leur « resterait plus qu'à disparaître.

« Des milliers de sujets d'étude surgissent « de nos Rituels, de nos Symboles, de notre « histoire, de nos traditions, de notre philo- « Sophie, et ces sujets méritent de venir et de « revenir à tour de rôle à l'ordre du jour des « Ateliers Supérieurs. Des discussions qui (c naîtront à la suite de questions ainsi posées <■( sortiront des moissons abondantes de docu- « ments qui, tout en préparant à leur mission c( dans les Loges tous les FF.-, possesseurs « de Hauts Grades, perfectionneront la science ft maçonnique elle-même, fourniront à l'Ordre « de plus puissants moyens d'action, et contrite hueront, pour une large part, au triomphe, « dans le monde prof.*., des doctrines que nous « professons. .

« Le Grand Collège des Rites pense donc « que, dans l'œuvre de longue haleine à la- « quelle il compte consacrer une bonne partie « de ses efforts, les Ateliers Supérieurs pource raient devenir pour lui des collaborateurs

« précieux en lui fournissant précisément les « documents qui seraient le fruit des travaux « collectifs ou individuels de leurs membres.

« Il verrait avec plaisir, par exemple, les « Chap.*. et les Conseils mettre en ce moment « à leur ordre du jour toutes les questions qui c( se rapportent aux traditions rituéliques du « grade d'Apprenti. Ce sont ces traditions qui « règlent la discipline des Loges. Il y a peut- « être, dans les circonstances présentes, une « certaine urgence à les bien connaître, avec « leur raison d'être et les résultats qu'elles « procurent.

c< C'est par l'étude des prérogatives et des « obligations des divers officiers d'une Loge « qu'il faudrait entamer ces questions ritué- « liques. C'est de la connaissance et du res- Cl pect de ces prérogatives et de ces obligations « que dépend en grande partie la prospérité « d'un Atelier.

« Si tous les Ateliers Supérieurs du G.*. 0.*. « de France abordaient tous en même temps « une pareille étude, dont ils consigneraient « les résultats dans un rapport spécial qu'ils « voudraient bien adresser au Grand Collèsre « des Rites, celui-ci serait heureux de pouvoir « s'inspirer d'aussi précieux documents dans

« l'œuvre qu'il poursuit, au sein du G.'. 0.*. de « France, pour l'union puissante et indissoluble « de tous les Maçons autour de leurs Pûtes tra- « ditionnels.

Le Gr.\ Commandeur du Gr.'. Coll.' . des Rites

D"" A. Blatin

Ancien Président du Conseil de l'Ordre.

Le Gr.'. Chancelier du Gr.'. Coll.'. des Rites

BOULEY

Secrétaire du Conseil de l'Ordre.

Jusqu'à ce jour, les Maçons des Hauts Grades et le Grand Collège des Rites lui-même furent, comme le personnel des Loges, lamentablement recrutés. Je connais beaucoup de 33^' dont la mentalité n'est guère plus élevée que celle d'un Boschiman.

Depuis quelques années, on a résolu de réagir et l'on établit, à cet effet, sur chaque Maçon susceptible de solliciter un jour l'initiation aux grades supérieurs, des fiches beaucoup plus divertissantes que celles des officiers. J'en possède une, écrite par un membre éminent du Grand Collège des Rites, et concernant le Pré-

siclent d'une Loge de Paris, qui se termine ainsi: « A ne pas côtoyer (i) ».

Vous voilà renseignés à peu près sur les deux Assemblées qui sont censées présider aux destinées de la Maçonnerie française. Elles n'exercent, en réalité, qu'une influence restreinte. C'est très souvent dans les Assemblées Générales, dans les Congrès régionaux, au sein des Loges importantes, que se forment les courants d'opinion qui entraînent le troupeau maçonnique dans la voie anti-française que vous savez.

(1) Si lesFrancs-Maeons désirent être éclairés sur la délation au sein de la Maçonnerie, je pourrai publier la photographie de cette fiche fraternelle, mais cela pourrait, pour beaucoup de raisons, être fort dangereux.

Apparences et Réalités

C'est surtout dans la petite bourgeoisie, parmi les commerçants, les employés de toutes catégories et les fonctionnaires que se recrute la Franc-Maçonnerie. On y rencontre aussi des avocats sans cause ou des médecins sans clienlèle, des policiers et des aigrefins. Dans les Loges, les Bouvards et les Pécuchets marchent à l'assaut de l'Eglise sous la conduite des Homais et des solennels Prudhommes et cette troupe mal débarbouillée n'a guère de prestige, malgré ses cordons multicolores.

Tous ces gens, qui ont, très accentués, les défauts de leur condition se distinguent surtout par l'absence complète d'idées générales. Ils sont incapables d'étudier avec impartialilé les hommes et les événements. Ils sont cléricaux

avant tout et c'est à cause de cette tendance congénitale qu'ils se firent Franc-Maçons.

La Franc-Maçonnerie n'a jamais pu élaborer une philosophie, une doctrine susceptible de remplacer les dogmes qu'elle veut détruire. A cet égard, son impuissance est manifeste. En 1554, la Sorbonne, condamnant la Société de Jésus, déclarait que cet Institut célèbre était mieux fait pour la destruction que pour l'édification. Cette phrase s'applique d'une manière très exacte à la Franc-Maçonnerie. Sa mentalité ne fera que se développer dans le sens de la démagogie- Aucun élément nouveau ne la rénovera.

Les intellectuels véritables ne sont pas Francs- Maçons et j'ai remarqué notamment chez les écrivains célèbres du parti républicain, une tendance invincible à se méfier de la Secte.

D'autre part, la Franc-Maçonnerie refusera, toujours, de recevoir dans son sein les ouvriers, qui pourraient au moins lui apporter le concours précieux de leur bon sens naturel.

Voici comment s'exprimait le Conseil de l'Ordre, au sujet du recrutement des Loges, dans sa circulaire n° 3 du 2 juin 1903 :

I. — Conditions particulières que doivent toujours remplir les candidats à l'initiation.

« Le Conseil consLale, depuis quelques mois « déjà, une recrudescence considérable des « demandes d'initiation et cela prouve évi- « demment l'activité de notre Ordre et l'in- « fluence morale dont il jouit. Cependant, le « Conseil, soucieux, comme cest son devoir, (.< de conserver à notre Fédération son pres- « tige intellectuel et sa puissance matérielle, « croit nécessaire de vous rappeler les règles « qui doivent présider à l'examen de toute « demande d'initiation.

« Les FF.*, enquêteurs ne sauraient s*ac- (( quitter de leur mission avec un soin trop « scrupuleux dès qu'il s'agit d'accueillir de c( nouveaux membres dans notre Famille.

« Si dans des cas déterminés, nous avons « r obligation d'aider nos FF.- .en détresse ou « lésés dans leurs droits, il convient néan- « moins de ne pas perdre do vue notre but « essentiel.

« Nous constituons un corps de volontaires «c auquel chaque unité doit apporter sa part

o: d'aclivilé propre. En conséquence, nous devons exiger que chaque Franc-Maçon soit pourvu de qualités morales et inlellectuelles qui lui permettent de contribuer à la réalisation progressive de notre idéal national et humain. // faut aussi que le candidat au titre de Franc-Maçon dispose de ressources convenaJjJes pour supporter sa part contrihutive aux dépenses d'une société qui impose des sacrifices et ne procure d'autres bénéfices que ceux de Fhonneur.

« Sur ce dernier point, des exceptions peuvent être faites en faveur de citoyens de toute condition qui compenseraient l'insuffisance de leurs ressources matérielles par des qualités d'ordre supérieur. Ce sont des questions d'espèce dont V examen judicieux appartient aux membres des Loges intéressées.

« En résumé, tout citoyen qui aspire à prendre place dans nos phalanges doit être reconnu capable de supporter les charges inhérentes à sa mission et d'occuper sa place de combattant utile, comme l'exige du reste notre constitution. »

Les phrases en italiques n'ont rien d'ambigu. Non seulement on traite d'une façon fort cavalière, dans cette encyclique, cette fameuse soli-

darilé dont Désmons a plein la bouche, mais encore on y stipule sans ambages que les citoyens ne disposant pas de « ressources convenables », c'est-à-dire les ouvriers, ne doivent être initiés que très exceptionnellement afin de ne pas nuire à la puissance financière de l'Ordre. C'est ainsi que, rue Cadet, on honore le travail matériel et que l'on se préoccupe d'étendre « à tous les membres de l'humanilé les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons entre eux ».

Le document cité par moi est tout récent. Il serait bon que les ouvriers le connussent, car les politiciens qui les mènent, s'ils ne sont pas tous Francs-Maçons, pensent exactement comme les Enfants de la Veuve.

Malgré les précautions prises afin de ne pas laisser pénétrer dans les Loges des gens qui pourraient un jour faire appel aux sentiments de solidarité de leurs excellents Frères, le sérénissime Grand-Orient de France est harcelé d'incessantes sollicitations par ses adeptes bourgeois. Les membres du Conseil de l'Ordre ayant à caser leur famille, leurs clients ou les

— IGO —

membres des Loges qu'ils président, qualifient volontiers d'indécentes et d'injustifiées les requêtes des Francs-Maçons qu'ils n'ont pas un intérêt immédiat à servir et, dans leur circulaire du 28 janvier 1901, ils écrivaient aux Loges de la Fédération :

« Depuis longtemps déjà, le Conseil de FOr- « dre reçoit un nombre considérable de de- « mandes de toute nature qui lui sont adres- « sées par des FF.', réclamant son appui.

« Si, parmi ces requêtes, il en est qui « méritent d'être prises en sérieuse considéra- « tion, il en est d'autres aussi — et c'est le « plus grand nombre — qui ne sont pas suf- « fisamment justifiées et dont l'objet serait plu- « tôt de nature à déconsidérer notre Ordre et ce à diminuer son autorité qu'à l'accroître.

« Bien des fois on s'est plaint, et à Juste « raison, dans le monde politique^ du rôle « compromettant que certains électeurs impo- « saient à leurs élus en les astreignant, en « quelque sorte^ auprès des pouvoirs publics, « c) des démarches souvent incompatibles avec a leur indépendance et leur dignité.

« Devons^nous donc laisser s'implanter, « au sein de la Franc-Mac. une coutume « abusive que les meilleurs esprits condam-

« nent dans le monde politique parce qu'ils « en reconnaissent les funestes effets.

c( Sans doute, le Conseil de l'Ordre doit prê- (c ter son concours à tous les FF.*, qui sont vic- « times d'injustices notoires, en butte aux atla- « ques et aux persécutions de la réaction clé- « ricale, inquiétés ou menacés dans leur situa- « tion prof.-, en raison même de leur qualité « de Francs-Maçons et de leur attachement à c( l'Ordre.

« Il considérera toujours comme un impé- « rieux devoir de prêter main-forte à ces FF.*. « dévoués et courageux, prêts à tous les sacri- « fices plutôt que de mentir à leur conscience « et de capituler devant la menace ou l'intimi- « dation.

(( Mais, pour que l'influence dont le G.*. 0.*. (f dispose puisse réellement profiter à ceux qui « en sont dignes, il ne faut pas qu'il l'épuisé en « vaines et futiles sollicitations.

« Il doit employer tout son crédit à défendre « les causes qui en méritent vraiment la peine « et non à appuyer des demandes où l'amour- « propre, la vanité ou l'intérêt personnel occu- « peut souvent une plus grande place que le c( bon droit et la justice.

« A différentes reprises déjà, notamment

(( en 1890, 1893, 1894, 1895, et, plus récem- « ment encore, le Conseil de l'Ordre a cru de- « voir informer les LL.*. que ces interventions « fréquentes pour convenances personnelles « pouvaient avoir de fâcheuses conséquences « pour la Franc-Maç.*..

« Il les invite de nouveau aujourd'hui à porte ter toute leur attention sur ce point délicat et « les prie d'accueillir comme une indispensable « nécessité la mesure suivante qu'il vient de « prendre dans l'intérêt général de l'Ordre :

(.( 1*" Désormais, aucune suite ne sera donnée « aux soUicitations individuelles ;

« 2° Seules seront examinées, prises en con- « sidération et suivies jusqu'au bout, les re- « quêtes qui parviendront au G.*. 0.'. par l'in- « termédiaire des Vén.*. avec l'avis molivé (f des LL.*. ou, tout au moins, celui des cinq « Lumières de l'At.-. (1);

« 3° Toute demande de cette nature devra « être accompagnée d'une note aussi précise « que possible concernant l'intéressé, note pou-

(1) Les cinq « Lumières » sont le : le Vénérable ou Président; les 1^^ et 2^ Surveillants, ou Vice-Présidents; l'Orateur, dont le rôle est pareil à celui de Speaker^ de la Chambre des Communes, et le Secrétaire.

<c vant être, au besoin, remise à la personne c( auprès de laquelle il y aura lieu d'intervenir.

« Ces conditions remplies, le Conseil de « l'Ordre, persuadé qu'il n'aura plus désormais « à s'occuper que de requêtes sérieuses et jus- « liiiées, et qu'il ne sera plus exposé, comme « par le passé, à d'humiliantes déconvenues, « n'hésitera pas à faire toutes les démarches « nécessaires en vue de faire obtenir satisfac- « tion aux FF.*., véritablement dignes d'intérêt ft et de sollicitude.

« Veuillez agréer, etc.

Vous me direz, peut-être, que certains des sentiments exprimés dans cette circulaire sont louables et entre autres le désir exprimé de voir les représentants du peuple soustraits à l'obligation de faire, pour leurs mandants, des démarches incompatibles avec leur indépendance et leur disnité.

Vous apprécierez à leur juste valeur la sincérité des belles phrases prodiguées à ce sujet par le Conseil de l'Ordre lorsque vous vous souviendrez avec quel cynisme, quelle inconscience, les ministres et députés du Bloc, les Combes, les Vallé, les Réveillaud, encombrent les administrations de leurs parents ou de leurs créatures.

Les nominations scandaleuses, les croix accordées à des adolescents, les passe-droits les plus monstrueux, ont été, depuis quelques années, presque innombrables. Les gens du Bloc veulent conserver pour eux seuls l'assiette au beurre. Ils appellent cela respecter leur « indépendance et leur dignité ».

La circulaire que vous avez lue ne diminua pas le nombre des requêtes maçonniques. Elles continuent, depuis ce temps, à affluer rue Cadet, mais dûment revêtues des signatures requises.

Ces missives émanent presque toujours de Francs-Maçons frais émoulus qui se soumirent aux cérémonies de l'initiation afin d'obtenir une place, une décoration ou un avancement plus rapide. Il en est d'autres — beaucoup plus rares — provenant de fonctionnaires ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause maçonnique. Toutes ces demandes sont traitées sur le pied d'une parfaite égalité. Une note très résumée est extraite de la lettre parvenue au Grand Orient, puis envoyée, au hasard de la fourchette, à un parlementaire du Conseil de l'Ordre qui, à son tour, s'il est de bonne humeur, transmet par la poste cette note au ministre compétent en y

ajoulant un mot banal. Cela n'empêche pas les Maçons naïfs de s'imaginer que leurs demandes, soigneusement étudiées par le Conseil de l'Ordre — qui, entre parenthèses, n'en prend jamais connaissance dans ses réunions — provoquent un vif émoi en haut lieu. D'une manière générale un mililant n'obtient de démarches personnelles des dépulés et sénateurs du Grand Orient qu'en les obsédant cruellement ou en les menaçant. Cependant, le Président du Conseil de l'Ordre est obligé assez souvent, étant donné l'inertie de ses collègues, d'intervenir effectivement. Jadis M. Desmons, dont le plus grand souci est de ne pas se faire d'ennemis, était la terreur des ministères. Il n'y entrait jamais sans avoir dans sa poche une trentaine de requêtes.

Je ne puis mieux fan^e que de citer deux exemples de la solidarité maçonnique. M. D..., procureur de la Répubhque, membre du grand Collège des Putes, désire, depuis de longues années, avoir un poste meilleur. Malgré d'innombrables et très pressantes démarches, on n'ajamaispului faire obtenir satisfaction. Il y a quelques mois, on sollicita, en faveur de ce magistrat, pour un poste déterminé, l'appui de M. M..., député de la Nièvre, membre du Con-

seil de l'Ordre. Celui-ci refusa d'accorder à M. D... son fraternel concours, son propre beau-frère élant candidat à ce même poste et tous ses efforts devant être consacrés à le « pistonner. » Le beau-frère de M. M... fut nommé, tandis que M. D... restait, une fois de plus, sur le carreau.

Le second cas est le suivant :

Vers le milieu de l'année 1903, M. Vadecard, se sentant fatigué par un travail qui dépassait vraiment la mesure ordinaire, eut l'ambition d'obtenir un poste administratif. Il supposait que le secrétaire général d'une association qui rendait à MM. Combes et André de si distingués services se verrait facilement attribuer une de ces bonnes petites sinécures qui imposent à ceux qui les sollicitent et à ceux qui les occupent un amour véhément de la République actuelle. Il voyait autour de lui des théories d'éphèbes décrocher la timbale et il s'imaginait — car il a un fond de naïveté — que l'on se ferait un plaisir de le récompenser de 15 années d'un dévouement et d'une fidélité que je reconnais volontiers admirables. Des démarches furent faites par Lafferre, Berteaux et autres maçons notoires auprès des Combes père et fils, mais jamais on ne put obtenir que

de vagues promesses. M. Vadecard attend encore.

Je vous dis tout ceci pour réduire à de justes proportions l'idée que vous avez pu vous faire de l'influence du Grand Orient. Les Francs- Maçons se voient accorder certes, relativement à leur petit nombre, plus de faveurs qu'ils n'en devraient avoir, mais ces faveurs sont le plus souvent obtenues par la pression tyrannique qu'exerce chaque Loge sur le préfet de son département ou sur les parlementaires de sa région et non par le Conseil de l'Ordre. Cependant, celui-ci s'est mojDilisé pour défendre les délateurs et c'est bien la première fois qu'il donne un témoignage d'énergie.

Les solliciteurs, s'ils sont les plus ennuyeux ne sont pas, d'habitude, les plus compromettants. Il n'en est pas de même des lanceurs d'affaires louches et des rastaquouères qui pullulent dans les loges où ils tentent de mener à bonne fm leurs petites combinaisons. J'en connais un qui rafla, en quelques mois, dans la Loge Les Vrais amis, dont j'étais membre, près de cinquante mille francs. Depuis dix ans,

d'ailleurs, ce « Respectable Atelier » a vu quatre ou cinq de ses membres les plus distingués échouer sur les bancs de la police correctionnelle.

Le Conseil de l'ordre fut très fréquemment obligé d'intervenir afm de calmer la véhémence industrielle et commerciale des Francs-Maçons. En voici des preuves :

« C'est détourner la Franc-Maçonnerie de son but que de la faire servir à des entreprises d'intérêt commercial et privé. — {Séance du Conseil du S juin 1890.)

« Un Maçon négociant qui adopte une étiquette commerciale, portant des emblèmes maçonniques, pour la vente de ses produits, abuse de la Franc-Maçonnerie en la faisant servir à une entreprise commerciale et d'intérêt privé et doit être invité au respect de l'Ordre et des institutions maçonniques. — {Séance du Conseil du 28 octobre 1889).

« Le Conseil rappelle ses déclarations antérieures sur l'abus des réclames commerciales indignes d'une association philosophique qui a pour but unique l'amélioration sociale de l'humanité et invite les Loges à interdire aux FF. -.-MM.-, toute correspondance de ce genre. — {Séance du Conseil du 27 juillet 1891.)

(( Le Conseil rappelle, à l'occasion d'une réclame commerciale, les recommandations qu'il a faites et les votes de blâme par lesquels il a toujours condamné des agissements qui portent préjudice à la Franc -Maçonnerie. — {Séance du Conseil du 26 oclobrc 1891.)

« Le Conseil décide de faire inviter un F.'., par sa Loge, à ne pas écrire ses lettres-circulaires commerciales avec l'entête « sous les auspices du Grand-Orient de France ». — {Sénnce du Conseil du 5 juin 1899.)

(( Le Conseil rappelle, une fois de plus, les véritables traditions maç.*., à ceux de nos FF.*. qui s'en écartent en mettant notre Ordre au service des questions ayant un caractère commercial ou financier. C'est détourner la Franc- Maçonnerie de son but que de la faire servir à des entreprises d'intérêt commercial et privé. Le Conseil a pris maintes décisions à ce sujet. — (Séance du Conseil du 21 avril 1902.) »

Enfin, le 19 mars 1903, le Conseil disait :

« Le Conseil de l'Ordre a cru devoir, en plu- « sieurs circonstances déjà — notamment par « ses-, circulaires des 8 novembre 1895 et 15 dé- « cembre 1902 — mettre en garde les Loges de « la Fédération contre les FF.*, qui usent de

^( leur qualité maçonnique pour des questions « crintérêt commerciaux et privés.

« Le Grand-Orient a reçu, à ce sujet, de « très nombreuses protestations d'At.*. et de « Francs-Maçons fidèles à nos doctrines et qui « considèrent avec justesse de semblables abus « comme très dangereux pour noire Ordre.

« Il ne semble pas que les rappels réitérés « du Conseil de l'Ordre à l'observation des « traditions mac.*, aient eu jusqu'ici l'efficacité « qu'ils auraient dû avoir; aussi venons-nous « de nouveau appeler votre attention d'une « manière pressante et toute spéciale sur cette « importante question, si grosse de conséquences (( pour la cause qui nous est chère.

(( La transformation économique que subit la « société actuelle, le développement de la con- (.( currence, la formation de Sociétés tînancières « puissantes disposant d'immenses capitaux « tendent, non seulement à modifier nos habi- « tudes industrielles et commerciales, mais nos « mœurs elles-mêmes.

« Si on n'y prenait garde, les questions d'in- « térêts, les préoccupations d'argent exerce- (( raient une influence démoralisante, elles « tendraient à dénaturer les doctrines et les « institutions les plus respectables.

« Nous avons le devoir étroit de maintenir la « Franc-Maçonnerie au-dessus de toute comcc promission et de tout soupçon, pour lui « assurer l'autorité nécessaire à la propagande « de ses principes libérateurs. »

« Veuillez agréer, etc. »

Le scandale qui provoqua l'envoi de celte circulaire était relatif à l'éclairage de la Ville de Paris. Il détermina M. Bellan, conseiller municipal du IP arrondissement, à quitter la Franc-Maçonnerie. Ce fut moi qui rédigeai la circulaire ci-dessus. Certaines phrases que l'on trouva trop sévères furent supprimées du texte original de peur d'éveiller des colères dangereuses.

Le nombre seul des objurgations du Conseil de l'Ordre vous montre que la Franc-Maçonnerie compte dans son sein, non seulement des apôtres comme PasquieretCrescent, mais aussi pas mal d'hommes d'affaires vraiment trop actifs.

Je m'empresse de dire pour rendre hommage à la vérité, que le Grand-Orient ne blâme pas les tentatives commerciales ou industrielles des FF.', à cause de leur malhonnêteté, mais seulement parce qu'elles peuvent porter atteinte au

«prestige » si considérable dont jouit l'Ordre maçonnique dans notre pays.

Le Conseil de l'Ordre qui, avec abnégation, assuma la lourde charge de conserver au Grand-Orient son près lige, tient aussi à faire respecter la prescription suivante de r article 15 de la Constitution : « Les ateliers... « s'interdisent tous débats sur les actes de l'au- « torité civile et toute intervention maçonnique « dans les luttes des partis politiques. » Aussi, le 18 mai 1903, adressait-il, h ses ateliers, ce mandement :

VI. — Les Loges ne doivent pas adhérer à des groupements politiques.

« Dans sa séance du 18 novembre 1901, le

« Conseil de l'Ordre était appelé à examiner

« certaines protestations qu'avait soulevées une

« circulaire de l'Union amicale des francs-ma-

(( çons socialistes. Après une longue discussion

« dont vous avez pu lire le résumé dans le

« compte rendu des travaux du Grand-Orient

« de l'époque, il adoptait l'ordre du jour sui- « vaut :

• « Le Conseil, regrettant, une fois de plus, « que la F'ranc-Maçonnerie ne se soit pas tou- « jours renfermée dans ses règlements, qui « ouvrent toutes grandes les portes de ses « temples à toutes les opinions et à toutes les « conceptions philosophiques, morales ou soft ciales, et estimant que toute classification des « IVancs-maçons en catégories d'intérêts, d'opi- « nions ou de doctrines est contraire aux prince cipes, à la Constitution et aux traditions de « l'Ordre, passe à Tordre du jour. »

« Certains de nos FF.', ont persisté à croire « que le Conseil, par l'ordre du jour ci-dessus, « avait voulu viser spécialement ceux qui, parce mi nous, professent des opinions socialistes, ce C'est là une erreur manifeste. La forme même ce de cette résolution et les opinions émises au ce cours de la discussion qui en a précédé le ce vote auraient dû, cependant, ne point laisser ce de doute à ce sujet. Le Conseil, qui compte ce dans son sein des représentants de tous les ce partis politiques républicains, et dont le seul ce rôle est d'assurer l'exécution de notre loi ce commune et la prospérité de l'Ordre, n'a pas « à condamner ni à préconiser une doctrine

(.< quelconque et il n'a jamais cessé d'observer « cette ligne de conduite.

« En effet, consulté par une de nos Loges « pour savoir si elle devait adhérer au Congrès « radical, le Conseil répondait à cet At.*., le c< 21 janvier 1903, en lui rappelant son ordre « du jour du 18 novembre 1901 et en lui di- (( sant :

c( Chacun des membres de votre At.-. est « absolument libre d'adhérer à telle organisa- « tion politique qui lui semble plus conforme à « ses aspirations, mais une Loge, en tant que « collectivité, doit rester absolument étrangère (( aux luttes politiques et aux classifications des « partis. Un At.*. maçonnique est ordinaire- « ment composé de républicains d'opinions dic( verses; aussi, son adhésion à tel groupement « risque-t-elle, presque toujours, de semer parce mi nous la désunion. »

« On voit que l'attitude du Conseil n'a jamais « varié et il ne pouvait en être différemment, « car son premier devoir est de faire respecter « notre Constitution, dont l'article 15 indique « expressément que les Ateliers s'interdisent : « toute intervention maçonnique dans les luttes « des partis politiques. »

« Dans ces conditions, lorsque les membres

(( du Conseil de l'Ordre, dans leur séance plé- « nière du 8 avril 1903, ont de nouveau délift béré sur cette question, il ne leur a pas été « difficile de se mettre d'accord.

(( Désirant éviter à l'avenir toute équivoque « et tout malentendu, le Conseil a décidé, « d'abord, d'appeler d'une manière spéciale, « l'attention des Loges sur la nécessité d'ob- (.( server rigoureusement l'article 15 de la Gons- « titution, puis de confirmer son ordre du jour c( du 18 novembre 1901.

« Les groupes de Francs-Maçons constitués « en dehors des Loges pour étudier les ques- « tiens politiques, économiques, etc., doivent «veiller de la manière la plus vigilante à ce (( que leur action ne revête aucun caractère « d'hostilité contre les opinions républicaines « qu'ils ne partagent pas ou contre les groupes « maç.-. non adhérents.

« Enfin, pour éviter tous conflits, toutes di- « visions et toutes querelles nuisibles à l'unité « de l'Ordre, il est rappelé aux At.-. de la Fé- « dération qu'il ne leur est pas permis d'adhé- « rer à des groupements ou organisations poli- « tiques quelconques (fédérations radicales, « radicales-socialistes, socialistes, etc.). »

La fureur du Conseil de l'Ordre avait été

provoquée, le 18 novembre 1901, par une tentative de groupement collectiviste dont les promoteurs étaient MM. Pierre Morel, conseiller municipal de Paris, et Lucien Deslinières. La séance où, fut discutée, au Conseil, cette question, m'intéressa particulièrement puisque j'avais, peu de temps avant, contribué à fonder une Loge collectiviste dont j'étais encore le secrétaire (1). La conversation fut surtout alimentée par de nombreux récits des méfaits commis par les guesdistes, « ces sales guesdistes » qui ne votent pas toujours avec Jaurès et sont, pour cela, subventionnés par le parti prêtre.

L'ordre du jour voté dans celte séance avait pour but unique d'étouffer dans l'œuf le groupe collectiviste naissant, et Ton y réussit.

Le compte rendu de cette séance a paru dans le Bulletin du Grand-Orient y mais, bien entendu, complètement expurgé et dénaturé.

En 1903, presque toutes les Loges du Grand- Orient étaient affiliées au comité radical et radical-socialiste. Elles y sont encore nnîliécs malgré la circulaire du 18 mai 1903. D'ailleurs, au moment mémo où le Conseil de ÏOr-

(1) Loge présidée par M. Lucien Deslinières.

cire prenait la délibération que vous venez do lire, un de ses membres, M. Bonnet, sollicitait, en faveur de cette organisation politique, le concours moral et pécuniaire des ateliers qui ny avaient pas adhéré encore.

Dois-je vous répéter, enfin, que la Franc- Maçonnerie s'occupe exclusivement de politique et de police?

Lisez la lettre suivante. Elle caractérise à merveille l'état d'esprit de la plupart des Loges :

(( L.' . L'Émancipation Ajaccienne

« Or.-. d'Ajaccio, le 29 mars 1904.

« La tenue de samedi dernier avant été rem- « placée par une sorte de réunion électorale « dans le local, j'en ai profité pour faire une « absence de quelques jours.

(c A ma rentrée, ce matin mardi, je suis in- « formé qu'on a agité la question de savoir si (( on ne pourrait pas avoir recours à l'interven- « tion du G.\-0.". 7}ozzr exercer une pression X sur le président du Conseil pour ohlcnir des « subsides secrets à employer pour corrom^

c( pre les électeurs indécis qui attendent les (( élections comme le fermier sa récolte.

« Je vous serais reconnaissant de me don- « ner un conseil afin de ne pas laisser s'égarer « les esprits sur une question de politique qui (( doit rester étrangère, je crois, aux travaux de oc la Maçonnerie.

« Avec mes remerciements, veuillez agréer^ « etc.

Comme on le voit, l'excellent F.'. D...., n'était pas entièrement fixé sur l'orthodoxie de la proposition de sa Loge. Ce D... est un officier actuellement en garnison près de Paris.

Les Francs-Maçons poussent même la passion de la politique jusqu'à ses limites extrêmes. Il faut que je vous raconte, à ce sujet, une petite histoire. Il existe, dans l'Aveyron, une famille du nom de Mouly, qui compte parmi ses membres plusieurs modestes fonctionnaires. Il paraît que les Mouly — de nom cependant si pacifique — sont des suppôts de la réaction, des émissaires de Sarto. Aussi la Loge La Cordialité, de Villefranche-de-Rouergue, qui renferme des philosophes éminents et de distingués sociologues à qui on n'en impose pas, comprit-elle, l'an der-

nier, que les sourdes menées de la famille Mouly pourraient, à bref délai, compromettre l'avenir de la démocratie avey rennaise. Après avoir causé de cela dans une tenue à laquelle les passions républicaines déchaînées donnèrent, parait-il, l'allure d'une séance de la Convention, on envova rue Cadet un message enjoignant au Conseil de l'Ordre d'exiger le déplacement immédiat d'une bonne demi-douzaine de Moulv. J'avais fait écrire, sur la chemise renfermant celte lettre, la mention que voici : (( Cette Loge prie le Grand-Orient d'intervenir « pour que la famille Mouly soit à jamais ban- « nie du département de l'Aveyron et lieux cir- « convoisins.» Le sens ironique de celle phrase ne fut pas compris et, solennellement, on établit, sur cette affaire si intéressante, une note qu'avec non moins de gravité, Lafferre transmit à Combes.

11 est probable que les infortunés Mouly ne sont réactionnaires que relativement à la Loge La Cordialité. En tous cas, s'ils lisent ceci, je leur donne le conseil de se méfier. Le jour où les membres de la Loge de Villefranche-de- Rouergue détiendront le pouvoir, ils ne se contenteront pas de bannir les Mouly, ils les feront pendre haut et court afni de donner aux foules

un exemple probant de la manière dont on doit pratiquer la liberté de conscience dans une K vraie » République.

La morale de ce chapitre est celle-ci : lorsqu'il s'agit de la Franc-Maçonnerie, évitez avec soin de prendre les apparences pour des réalités. Quand vous avez à examiner un texte émanant d'elle ou à écouter les paroles d'un de ses adeptes, sachez que ce texte et ces paroles signifient très souvent le contraire de ce qu'ils expriment.

Francs-Maçons et Juifs

(A propos cl un « organe habilement conçu ».)

Il faudrait un nouveau Balzac pour décrire l'âme d'un Franc-Maçon. Si l'auteur des Paysans avait vécu en notre temps, il aurait certainement écrit cette nouvelle scène de la vie provinciale : « Les francs-maçons au village ». C'est dans les départements, au sein de nos petites villes, que se développe le mieux cette espèce; c'est là que nos bons FF.*, se livrent avec le plus de sincérité aux manifestations diverses du besoin d'oppression, de tyrannie, qui est en eux.

Dans sa Loge, le « bon Maçon » est Vénérable, le fut ou le sera. Il y occupe toujours un office. Il a, pour le Grand-Orient de Paris

une dévotion superstitieuse et restera longtemps encore persuadé que le Conseil de l'Ordre exerce je ne sais quelle influence occulte et illimitée, non seulement sur le pays, mais sur le monde tout entier. C'est grâce à l'existence de cet état d'esprit que je pus, il y a quelques mois, me réjouir à la lecture de lettres solennelles, adressées de divers lieux « très forts, très éclairés et très réguliers » (1), afin de prier Lafferre, Sincliolle, Ranson, et autres thaumaturges d'intervenir auprès du tsar et du mikado pour faire cesser la guerre russo-japonaise.

Le Couvent de 1904 émit, à l'unanimité, un vœu dans ce sens car, sachez-le, un vœu est, pour nos « bons Maçons », — comme le signe de croix pour le chrétien, — une espèce d'invocation qui conjure tous les fléaux, abolit le passé ou hâte l'avènement des choses futures. Il suffit que le Conseil de l'Ordre le transmette pour que le cours de l'histoire soit changé. C'est vous dire dans quelle perpétuelle illusion vivent les adeptes du Grand-Orient.

Les pauvres gens ne sont pas sans être persuadés, en leur for intérieur, qu'ils participent au pouvoir universel du Conseil de l'Ordre. Et

(1) Formule maçonnique encore en usage.

vous devinez de quoi peut être capable un homme inculte possédant une foi si puissante en sa force. Dans sa petite ville, à Garpentras ou à Pont-à-Mousson, il se croit très supérieur à ses concitoyens non initiés. Il vit avec une apothéose dans le ventre et c'est ce qui le rend d'aspect pontifical.

C'est au moment du Couvent, au mois de septembre, que nous pouvons contempler, sur nos boulevards, les «. bons Maçons ». Exerçant toute l'année dans des sous-préfectures moisies, à l'ombre de temples caducs, ils ont, à Paris, le clignotement d'yeux des hiboux exposés au jour et leur redingote tirebouchonne dans le dos. Ils sont à la fois solennels et onctueux. Ils ressemblent à des bedeaux pieux rancis dans des bénitiers. Pour comprendre exactement l'état d'âme d'un « bon Maçon », il est absolument nécessaire de l'entendre prononcer ces mots : ft Mon bon Frâre » . La voix est plaintivement affectueuse, elle émane, — en un grasseyement ou dans un gargouillement d'évier, — des profondeurs de sa poitrine, tandis que ses yeux, dont la cornée seule est visible, papillottent dans les cavités oculaires.

Tout ridicule qu'il paraisse, le « bon Maçon » est dangereux et très méchant ; il a tou-

jours une provision de venin qu'il vous inocule, — lorsque vous vous y attendez le moins, — au moyen de sa langue ou de sa plume. Et puis, il est, malgré tout, fort puissant puisque, grâce à ses dénonciations, à ses calomnies, à ses diffamations, il a brisé tant de carrières.

L'instinct populaire ne s'y trompe pas et si, en province, on n'aime guère le Maçon, au moins évile-t-on le plus possible de s'attirer sa haine. On sait qu'une lettre envoyée par lui rue Cadet peut provoquer, dans une famille paisible, une catasirophe irréparable, et l'on se méfie.

Une des plus grandes forces cfu « bon Maçon », c'est le mensonge. Il ment comme il respire, sans le moindreeffort et c'estlà, encore, un des fruits de l'éducation maçonnique.

Prenons, comme exemple, un Vénérable. En Loge, il doit représenter les plus hautes vertus de l'humanité. Les grands mots, vides de sens réel, dont les rituels symboliques sont farcis, Unissent par devenir, pour lui, des entités vivantes; il cohabite incessamment avec la Liberté, tape sur le ventre de l'Egalité, prend des apéritifs avec la Justice et tutoie le Droit, le Devoir, la Raison et la Fraternité. Or, dans la vie de chaque Jour, notre Vénérable est mar

chand de bestiaux, conducteur des ponts-etchaussées, instituteur ou épicier et, en exerçant son métier, il participe aux défaillances et aux erreurs de ceux qui n'ont pas « reçu la Lumière ». Le jour de la tenue de sa Loge, assis dans son fauteuil, sous le delta lumineux, il est tolérant, généreux, humain, tandis que, rentré près de sa femme, il redevient ce que la nature le fit : un vilain monsieur.

Cette dualité morale crée, chez le « bon Maçon », une aptitude prodigieuse à la dissimulation. Après quelques années de Maçonnerie, il est capable de faire prendre à ses contemporains des vessies hors d'usage pour des lampes électriques.

Quand nos hommes politiques nous entretiennent des « grands principes de 1789 «jils'se souviennent; du rituel symbolique et mentent sans vergogne. C'est seulement en touchant des pots de vins qu'ils manifestent leur véritable mentalité.

Enfin, le « bon Maçon » est, surtout, un croyant. Il est persuadé qu'il retrouvera un jour la « Parole perdue » et cela lui donne, sur les autres hommes, une réelle influence, celle qui résulte d'une foi ardente et de la profonde conviction de posséder la vérité.

En un mot, l'hypocrisie, le fanatisme politique, l'ignorance, l'absence de tout esprit critique, caractérisent le Franc-Maçon.

Je crois vous avoir donné l'impression que ressent un observateur impartial, de l'étude d'un initié. De qui cet homme est-il l'instrument? Qui agite les ficelles de ce pantin à la ois grotesque et nuisible?

Il ressort, de l'histoire et de l'étude des événements, que la Franc-Maçonnerie, qui est incontestablement d'origine juive, est, pour les Israélites, un instrument d'action et de combat, dont ils se servent secrètement. Les juifs, si remarquables par leur instinct de domination, par leur science innée du gouvernement, ont créé la Franc-Maçonnerie, alln d'y enrôler des hommes qui n'appartenant pas à leur race, s'engagent, néanmoins, à les aider dans leur œuvre, à collaborer avec eux à l'instauration du règne d'Israël parmi les hommes.

Afin d'attirer et de retenir leurs adeptes, les fds de Jacob, avec leur prudence et leur sagesse coutumières, ont inventé des symboles étranges, d'énigmatiques légendes et ont imposé

aux initiés une discipline étroite, une constante fraternité.

En 1830, en 1848, en 1871, beaucoup de Francs-Maçons étaient encore des Français d'inspiration et de tendances. Ils s'étaient laissé prendre au piège de cette fantasmagorie humanitaire que le juif déroulait devant eux. Gustave Geffroy, en son livre admirable, V Enfermé, s'est penché sur le visage de nos pères de 1848 et il a vu, au fond de leurs yeux usés par une longue vie d'honnête labeur, les visions merveilleuses de ces temps héroïques. La paix au sein de la Patrie, l'universelle fraternité, la délivrance des peuples captifs, des races opprimées, toutes ces aspirations vagues, — mais si puissantes en leur instinctif élan, — vers le règne de l'harmonie, d'une fraternelle communauté, tout cela constituait alors Tàme d'un franc -maçon. Celui-ci était, si vous le voulez, un illuminé, un aberré d'espèce particulière miais c'était un Français. A cette époque, d'ailleurs, l'homme d'en bas, l'ouvrier, vivait encore chez lui, à son foyer, individuellement, n'était pas devenu la bête de somme d'une machine ou un numéro dans un bagne industriel, commercial ou fmancier. Le juif, qui a si profondément transformé nos mœurs, n'était pas sorti de' l'ombre, n'avait pas

encore osé affronter la lumière de la vie publique. Sous le second Empire, puis surtout sous la troisième République, il a envahi, sans bruit, notre pays, s'est emparé de notre argent, et a embrigadé, sous le joug inexorable des monopoles, les Français libres d'autrefois.

Cette transformation n'a pas été seulement extérieure, toute matérielle, elle n'a pas modifié uniquement les habitudes de nos commerçants, de nos industriels et de nos financiers ; elle a aussi abaissé l'âme nationale, diminué le génie de notre race.

C'est surtout depuis trente ans que le juif a envahi la Franc-Maçonnerie et l'a plus visiblement dirigée.

Est-il utile de répéter à de bons Français que les juifs qui, disent-ils, n'ont point perdu leur foi en la reconstruction du Temple, cachent, sous cette parole symbolique, sous cette revendication de leur nationalité, la volonté de faire, du monde entier, un temple gigantesque ou les enfants d'Israël seront prêtres et rois et où les hommes de tous les climats et de toutes les races, réduits à la servitude par l'organisation capitaliste, travailleront à la gloire de Javeh. Tout cela peut se dire, mais ne se prouve pas, ne peut encore se prouver.

Ceux-là seuls qui ont vécu dans Tintimilé de l'Ordre maçonnique qui en ont deviné la pensée secrète, — non cette pensée que disent les hommes, mais celle qui se dégage des faits, des symboles, des coutumes, — ceux-là seuls peuvent avoir la profonde conviction de celte vérité.

C'est grâce à d'immenses et patients travaux que les Israélites, ont pu acquérir la situation prépondérante qu'ils occupent aujourd'hui. C'est par de savantes et subtiles intrigues qu'ils travaillent à leur triomphe définitif.

La domination financière et politique du juif ne pourra s'établir définitivement qu'après la destruction, dans tous les pays — par les Loges, par la Presse, par les moyens divers que procurent l'argent et la ruse — de toutes les institutions, de toutes les forces, de toutes les traditions, qui forment comme l'ossature de chaque Patrie.

En 1901, Israël avait résolu de s'attaquer, chez nous, avec le concours de la Maçonnerie, à ce bloc intact encore : l'Armée. On avait l'intention de substituer, peu à peu, à ce corps d'officiers qui, jamais, depuis trente-cinq années, ne s'est révolté contre la Piépublique bourgeoise, des hommes plus ardemment dévoués au régime

ploutocratique actuel . On voulait, en un mot, ainsi que je vous l'ai dit déjà, créer une année de coup d'Etat maçonnique, de coup d'Etat juif.

C'était, en France, la continuation logique de l'œuvre si patiemment poursuivie par les Israélites depuis tant de siècles.

Vous le savez, le franc-maçon se fit l'auxiliaire de cette tentative audacieuse, mais prématurée. Là où il y avait un foyer autour duquel on redisait encore des légendes françaises de foi ou de batailles, là où l'on évoquait avec piété ces souvenirs antiques sans lesquels nous n'aurions plus l'entière notion de la Patrie, le Franc-Maçon s'est introduit, a pris son crayon d'un sou, son calepin sale et a noté ce qu'il entendait, ce qui aurait pu déplaire au juif, ce qui aurait pu jeter dans des âmes neuves un germe de révolte contre les oppresseurs de la Pensée française. De son gros soulier crotté, le Franc-Maçon a jeté bas ce foyer paisible. Par ses dénonciations secrètes, ses calomnies anonymes^ il a désespéré des hommes, ruiné des familles, détruit de modestes espérances utiles au bien de la Patrie. Il a tout foulé aux pieds, tout pollué et il n'a pas vu, derrière lui, à l'abri de l'atteinte des lois et des hommes, le juif.

l'étranger, rire triomphalement de sa monstrueuse besogne.

Le très débile et très pauvre homme dont je tentais, en commençant ce chapitre, de vous faire le portrait, n'aurait certes pas été capable d'entreprendre, de sa propre initiative, une œuvre pareille. Malgré ses infirmités morales, malgré ses lâchetés et ses défaillances, ce n'est pas sciemment qu'il travaillerait à là destruction de sa patrie. Pensez-y, sa femme assiste tous les dimanches à la messe, ses fils sont au régiment et, dès leur naissance, il les fit porter à l'église prochaine pour recevoir ce baptême qui accueilHt, dès leur entrée en ce monde, toutes ces générations dont les douleurs, les travaux et les combats firent la France de jadis. Non, cet homme n'est pas aussi coupable qu'on le croit. Il subit cette puissante influence juive qui, depuis cent ans, a transformé notre caractère national. C'est à la suggestion juive qu'il obéit.

Ce ne sont pas seulement les symboles et les légendes qui dans la Franc-Maçonnerie, sont d'origine hébraïque. La méthode même employée, au point de vue politique, par cette société secrète, n'a rien de français. Des Fran-

çais n'auraient pas inventé l'espionnage des officiers et ne se livreraient pas a mille besognes honteuses de ce genre si la mentalité juive n'avait pas remplacé chez eux cette bravoure et cette loyauté qui furent toujours, en France, des vertus nationales.

C'est par la dénonciation anonyme, par la ruse, par le mensonge, que la Franc-Maçonnerie détruit peu à peu les institutions qui la gênent.

Je vais vous en donner un nouvel exemple :

Dans le rapport secret de la commission de propagande du Couvent de 1(S99, le F.\ Dutilloy, rapporteur, écrivait ceci :

« Une correspondance anti-cléricale discrète, « adressée à de nombreux journaux, fait péné- « irer dans certaines réo-ions les idées maçon- « niques contre lesquelles des préventions sé- « culaires étaient jusqu'ici profondément enra- « ci nées. »

Un autre rapporteur de la même commission disait, en 1901 :

ft D'autres dépenses, enfin, ont attiré notre (( attention, celles portées à divers postes que « nous pourrions placer sous la rubrique « Pu- « blicités ». Entre elles, il en est une que jus- « tifie l'existence, le fonctionnement d'un organe

« de propagande habilement conçu, qui rend « d'incontestables services à toute la presse ft républicaine et anti-cléricale de ce pays, d'au- « tant mieux que sa véritable origine demeure « insoupçonnée du monde profane... On comft prend avec quelle extrême circonspection, il « convient d'aborder de tels sujets et la con- « fiance toute paternelle dont le Couvent a in- « vesti sa commission de propagande nous parce donnera certainem^ent de n'en point dire da- « vantage, — sauf à nous permettre d'affirmer « qu'il paraît difficile d'accomplir une meilleure « tâche à un taux plus économique. »

La publication de la feuille en question a toujours été entourée, au Grand- Orient de France, d'un profond mystère. Celui qui en est Fauteur est remboursé de ses frais par le Secrétaire général lui-même qui signe le mandat de paiement comme s'il touchait personnellement ces sommes. Le nom de l'éditeur-rédacteur de « l'organe de propagande habilement conçu » ne figure donc pas sur les registres de comptabilité.

La feuille ultra-secrète, dont tant de Maçons ne soupçonnent pas l'existence, est un simple papier autographié à la manière de la « Lanterne de Boquillon ». Ça s'intitulait, il y a deux ou

trois ans : Lr Semaine de France, correspondance de la résistance laïque, et on y lisait, près du titre, cette note : La Semaine de France n est pas un Journal. C'est un service d'informations spéciales et de matériaux de polémique strictement privé, adressé aux seuls journalistes républicains adhérents. Depuis quelque temps le titre a été modifié ainsi : Correspondance de la Résistance laïque. {La Semaine de France.)

L'adresse de cette feuille est : 13, rue de La Tour-d'Auvergne.

Son auteur est M. Emile Lemaitre, membre du Conseil de l'Ordre, conseiller municipal de Boulogne-su r-Mer.

La Semaine de France, œuvre de prédilection du Grand-Orient, est un recueil des ignominies dont se rendent coupables, parait-il, les prêtres, moines, séminaristes, etc. Il ne s'agit làdedans que d'assassinats, de vols, d'attentats à la pudeur. Les informations de la Correspondance de la Résistance laïque débutent toujours ainsi : « Il y a quelques jours... » ou « mardi dernier » ou encore « dans son audience du 3 septembre la cour d'assises de... etc »; et l'on a soin dene pas autrement préciser. C'est assez dire que « l'organe habilement conçu » réédite de très

anciennes histoires dont la répétition clans la presse a pour conséquence d'entretenir ou de provoquer la haine du prêtre. Je suis bien persuadé que les très nombreux journaux qui ont recours, faute de copie, kla Seiiirune de France, seraient fort embarrassés de prouver l'authenticité des événements aussi variés qu'extraordinaires dont ils lui empruntent le récit.

Le procédé est tout à fait maçonnique, tout à fait juif, extrêmement lâche et peu dangereux pour celui qui en use.

Nos Israélites ont tout intérêt à distraire l'opinion pubhque de leurs méfaits, et ils y réussissent, car ils ont beaucoup de journaux à leur disposition. Vous vous souvenez que le F.'. Péchard, commissaire de police, trouva 1,800,000 francs dans un coffre-fort appartenant aux Assomptionnistes. Ce fut un scandale formidable. Les pontifes radicaux et socialistes démontrèrent, au moyen de cet exemple, à la multitude effrayée, que si les Congrégations continuaient à faire de semblables économies, elles ne tarderaient pas à être propriétaires du pays tout entier. Et le bon peuple fut de cet avis.

J'avoue, qu'à Tépoque, cela m'amusa fort;

car rien ne me réjouit autant que l'ironie puissante qui se dégage, de nos jours, de la plupart des événements. En effet, l'indignation soulevée parles fameux 1,800,000 francs de la rue François-P'' n'était-elle pas comique? N'était-il pas étrange de voir les journaux juifs ou maçonniques dénoncer le péril national créé par les richesses des Congrégations, alors qu'on se taisait avec le plus grand soin sur le cas des Israélites de la haute banque, possesseurs de milliards volés à l'épargne française.

Le petit papier du F . • . Emile Lemaitreproduit, dans un cercle plus restreint, les mêmes effets. Les prêtres séculiers ou réguliers y sont représentés comme des gens bons à pendre, d'abominables bandits indignes de pitié. Les braves gens des campagnes, à qui on le répète tous les jours, finissent par en être persuadés, et pendant qu'ils s'entretiennent des crimes cléricaux, ils ne pensent pas à mal, c'est-à-dire à nos Juifs. D'autre part, les publications de ce genre sont des instruments de guerre civile. Elles créent, à la longue, une opinion publique toute factice qui permet, un jour, à un Combes, de proscrire, « au nom du pays tout entier », une partie notable de ses concitoyens.

Si nous laissonsopérerle Juif et son compèr Franc- Maçon, non seulement nous verrons supprimer le peu de libertés qui nous restent, mais nous courrons le risque d'être expulsés de France le jour où cela plaira à Benjamin Cohen. Celui-ci nous ayant déjà vidé nos poches, il est assez naturel qu'il nous mette bientôt à la porte de chez nous.

Le Gouvernement occulte

de la Franc-Maçonnerie

Beaucoup de personnes insuffisamment renseignées, nient l'existence, au sein de la Franc- Maçonnerie, d'un pouvoir occulte, supérieur à celui des Convents eux-mêmes.

Ce pouvoir secret n'est pas constitué par des hommes formant un groupe déterminé se réunissant à des époques fixes. Il agit, selon les circonstances, par l'intermédiaire de ses créatures, soit au moment où se réunit l'assemblée générale, soit au sein du Conseil de l'Ordre, soit même lorsque, dans les Loges influentes se disculent d'importantes questions. Au Couvent de 1898, par exemple, M. Dazet détermina, par sa seule intervention, le Grand-

Orient de France tout en lier à prendre la défense d'Alfred Dreyfus.

La Franc-Maçonnerie, on nous le répète chaque jour, est une société animée de sentiments extrêmement démocratiques, et, très charitable, elle veut enseigner, aux profanes, ce qu'est la démocratie. Or, en réalité, elle est autoritaire par essence et rêve d'une espèce de gouvernement tyrannique dont le vieux Combes nous donna l'avant-goût. Ce groupement, qui a la prétention de nous conduire, au besoin par la force, dans le chemin où nous trouverons la véritable Liberté, est, certainement, la seule association du monde civilisé dans laquelle on foule aux pieds les principes les plus élémentaires de la démocratie.

Celte contradiction — si énorme qu'elle en est comique, — entre les doctrines de liberté dont se pare la Franc-Maçonnerie pour apparaître aux yeux du monde et le régime césarien qu'elle se plaît à subir s'explique seulement si l'on reconnaît l'existence, chez elle, d'un gouvernement occulte tout-puissant. Je vais vous donner une preuve très frappante et très authentique de ce pouvoir secret.

L'article 27 de la Constitution du Grand- Orient dit que l'assemblée générale des délé-

gués exerce le pouvoir constituant et législatif de la Fédération. L'article 30 de la même Constitution stipule que le Conseil de VOrdre pourvoit à rexécution des décisions de rassemblée générale.

Le Couvent de 1900 avait décidé, par un vote formel, de faire imprimer dans le compte rendu de ses travaux, un discours de M. Meslier, député de la Seine, relatif à la question de la dépopulation et préconisant les doctrines du fameux Paul Robin, de Gempuis, et d'en faire un tirage spécial, en une brochure destinée à la propagande.

Voici quel cas on fit de cette décision souveraine :

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