DU MERCREDI 18 SEPTEMBRE
La séance est ouverte à 5 heures et demie du soir.
« Sont présents: les FF.-. Desmons, Prési- « dent, Sincholle, Vice-Président; Bourceret, « Secrétaire; Morin, garde des Sceaux; Bédar- <c ride, Bernardin, Blatin, Bonnet, Bouley, « Colin-Roudier, Corneau, Delpech, Dubief, « Dupré, Dutilloy, Gariel, Jarlon, Lafferre, c( Lemaître, Pasquier, Ranson, Schwérer et « Tavé.
« Sont excusés: les FF.*. Crescent, Dazet, c( Dupuy (en mission), Foissac, Jeanvrot, de « Lanessan, Maréchaux, Massé et Obein.
« Le F.-. Vadecard, chef du secrétariat gêné-
« rai, assisté du F.*. Bidegain, esquisse les (c travaux.
c< Le F.'. Desmons, Président, dit que le « Conseil est réuni pour iixer les termes dans « lesquels il doit répondre aux interrogations « qui lui seront faites par la commission nom- « mée par l'Assemblée générale pour examiner « les faits qui ont motivé l'interpellation du « F.*. Aubertin.
« Le F.-. Blntin est d'avis qu'il faut dire « d'abord que ce F/, a menacé de faire un « scandale.
« Le F.'. Desmons pense qu'il faut demander ft à la Commission qu'elle entende d'abord le « F.". Aubertin. Puis le F.*. Aubertin répondra.
« Le F.'. Bédarride partage l'opinion du « F.*. Blatin. Il faut dire, en premier lieu, que <f le F.'. Aubertin a menacé de faire un scan- « date au Couvent. Le F.'. Aubertin s'expli- « quera ensuite. »
J'omets ici un certain nombre de considérations oiseuses échangées entre les FF.*, présents.
« Le F.'. Blatin fait remarquer que si cette « regrettable discussion est connue, le F.\ de « Lanessan sera obli^-é de donner sa démission « de membre du Conseil.
ce Le F.-. Bcinson (1) dit que le F.*. Auber- « lin a abordé hier sur les boulevards, le « F.-. Pierre Morel, qui ne le connaissait « pas le moins du monde. Il l'a prié d'inviter « le F.'. B..., délégué au Couvent et com- « missaire de la Marine, à ne point rapporter, « au nom de la Commission des. études police tiques et sociales, des vœux qui pourraient « le compromettre. Il ajoute que deux partis « existaient dans la marine française : celui de « la vieille marine, partisan des cuirassés et « celui de la jeune marine, partisan des croi- « seurs. Le F.", de Lanessan avait exprimé m au Conseil son désir de voir triompher l'an- « cienne marine et le Conseil avait accordé
(1) Conseiller municipal de Paris. A été ouvrier cordonnier. Fils de ses œuvres. Il fait beaucoup de fautes d'orthographe et de pataquès et en faisait davantage encore lorsqu'il entra au Conseil municipal. Cependant, dès cet instant, et avec une singulière rapidité, il devint capable d'établir, sur le budget de l'Assistance publique, des rapports écrits d'un style correct et même élégant. Les dignités que la démocratie confère aux illettrés ont parfois, pour effet, de transformer ceux-ci en écrivains. Singulier phénomène. M.Ransonaun secrétaire dévoué. M. Ranson place des vins et n'est pas le moins du monde surpris de représenter la Ville-Lumière. C'est un bon garçon, légèrement bouffi de vanité. Il est persuadé que c'est arrivé. Peut-être aura-t-il un jour sa statue.
« son appui au F.*. cleLanessan. Le F.-. Pierre « Morel, justement surpris de confidences aussi « bizarres en fit part au F.*. Ranson. Celui-ci « estime que derrière toutes ces insinuations, ft toutes ces accusations, on prépare un im- « mense chantage. »
Vous avez remarqué, sans doute, que c'est leur tactique habituelle. La divulgation des fiches fut aussi, d'après les journaux radicaux et socialistes, un chantage nationaliste.
« Le F.*. Emile Lemaître, — (l'auteur du « vilain petit papier intitulé « La Semaine de « France »), — fait part au Conseil de sa « crainte de voir M. Aubertin aller jusqu'au « bout et ne reculer devant aucun scandale. »
M. Emile Lemaitre a le cheveu gras. Je ne veux pas médire de lui, car il est Parisien comme moi. Je crois qu'au fond il se moque, avec sérénité, des grolesques dont il est entouré. Il joue au Conseil de l'Ordre le rôle de l'homme spirituel. Les gros rires de la province accueillent ses saillies. J'ai vu, au son de sa voix claironnante, se plisser les vastes joues du F.'. Laurent, de Rouen, et pétiller l'œil morne du F.-. Baigue, de Besançon, tandis qu'en un bruit de gonds mal graissés, éclatait, formidable, l'hilarité du F.*. Albert Maréchaux. En une
commune admiration pour le génie comique du F.-. Emile Lemaître s'unissaient les provinces voisines ou lointaines de la Mère Patrie.
Je ne reverrai plus, hélas ! les séances du Conseil de l'Ordre.
« — Le Conseil désigne, pour répondre à « la Commission, les FF.*. Desmons, Morin, « Bouley et Ranson.
« Le F.*. Deqiiaire{i), Président de la Com- « mission nommée par le Couvent, est introc duit. Il annonce que la Commission désire « entendre contradictoirement le Conseil et le « F.-. Aubertin. Il prie le Conseil de fixer le « moment et le lieu de ce débat.
« Le F.'. Desmons, Président du Conseil de « l'Ordre, répond qu'il peut avoir lieu de suite, « dans la salle même où s'est réuni le Conseil.
« La Commission est introduite.
« Elle est ainsi composée :
« Le P'" bureau a désigné les FF.-. Bedos et « Fiée.
(1) M. Dequaire est un bavard pliénoménal. Jadis, dans la Maçonnerie, on le comparait, à ce point de vue, à Jaurès. Je faillis me faire écharper lorsqu'au Convent de 181)7, j'émis un doute sur son talent oratoire.
« Le ^'^ bureau a désigné les FF.-. Hubbard « et Lambret.
« Le S^ bureau a désigné les FF.-. Humblot « et Gavelle.
« Le 4^ bureau a désigné les FF.-. Escuyer « et Bouhant.
(( Le B*" bureau a désigné les FF.-. Paladine « et Mangematin.
« Le 6'' bureau a désigné les FF.-. Dequaire « et Meslier.
« Le 7*^ bureau a désigné les FF.-. Blanchard c( et Desbordes.
« Le 8^ bureau a désigné les PT.-. Eissen et « Petit.
« Le 9^ bureau a désigné les FF.-. Bouvrel (c et Marcel Huart.
« La commission a nommé le F.-. Dequaire « président et le F.-. Hubbard rapporteur.
« — La séance est présidée par le F.-. Deft quaire, président de la Commission.
« Le F.'. Auhertin prend la parole. Il prie « d'abord l'Assemblée de considérer qu'il n'est « point mis en accusation (1) et qu'il ne met (( personne en accusation. Il se contentera de
(1) Cette déclaration, si singulière qu'elle parût, était rendue nécessaire par les intrigues, les machinations ourdies par le Conseil de l'Ordre.
« développer devant le Conseil de l'Ordre et « devant la Commission nommée par le Gon- « vent l'interpellation qu'il avait reçu mandat « de sa Loge de porter à la tribune de l'Asft semblée générale. En qualité de délégué de « la Loge de Brest, il est inviolable (1). C'est « seulement en cette qualité qu'il parle. Au- « cune autre attitude ne doit lui être attribuée. « Les Francs-Maçons de Brest sont vivement « émus de la situation des républicains dans la « marine française. Il importe d'abord, d'éta- « blir qu'il y a une très grande différence entre « la position des officiers de l'armée de mer et « celle des officiers de l'armée de terre. Ceux- « ci sont libres, tandis que les inscrits mari- « times ne le sont pas. Même lorsqu'ils ont « cessé tout service, ils appartiennent encore « à la Marine. Il en résulte que les fonction- « naires de ce département ont une influence « énorme sur tout le littoral. Les élections dé- « pendent d'eux. Les jésuites, connaissant la « puissance de la Marine, l'étroite dépendance « dans laquelle elle tient ceux qui lui appar- « tiennent, ont voulu s'en emparer. Ils y ont « réussi. L'administration de la Marine est au-
(1) Vous verrez plus loin comment les FF.-, présents respectèrent cette inviolabilité.
« jourd'hui en leur possession. Les officiers et « sous-officiers qui ne professent pas d'opinions « cléricales voient leur carrière fermée. Ils « voient se dresser devant eux un mur d'ai- « rain contre lequel tous leurs efforts se brisent. « Le contre-amiral Fournier qui avait la répu- « tation d'être un officier général républicain « fut contraint de pri^ndre, comme premier aide « de camp, un officier archi-clérical, le fils de « l'amiral de Guverville. Ce fait, entre tant « d'autres, permet de comprendre l'état d'exas- « pération des populations du littoral qui sont « restées fidèles à nos institutions. Le F.-. Au- « bertin voulait, dans son interpellation, dire « cela, et il voulait demander au Conseil de « rOrdre comment il se faisait qu'ayant une ft action réelle sur le ministre de la Marine, il « n'était pas intervenu pour tenter de faire mo- « difier une situation qui a sensiblement em- « pire depuis que le F.*, de Lanessan est mi- « nistre. 11 faut dire qu'à côté du ministre existe « un pouvoir occulte, que l'on peut dire tout- « puissant. Le chef d'état-major général, par « exemple, est le véritable maître de la Marine, « qui lui appartient complètement. C'est lui qui « fixe les avancements, et il sait que le ministre « négociera avec lui. On a vu, un jour, le contre-
« amiral Gaillard refuser formellement d'exé « culer un ordre émanant de la rue Royale. « Le ministre céda. Pourquoi, en présence de « ces scandales, le Conseil de l'Ordre n'a-t-il « pas agi auprès du F.*, de Lanessan? V'oilà « uniquement ce que voulait demander le « F.-. Aubertin. (1)
« Sur celte question s'en est greffée une « autre, toute personnelle, relative à des déco- « rations. Le Conseil a fait, de tout cœur, pour « le F.'. Aubertin, des démarches pressantes. « 11 le reconnaît. Il n'y a plus à parler de cela. « Mais il y a une question qui intéresse aussi « le F.'. Aubertin et qui intéresse également, « d'une manière générale, tous les officiers « républicains de la Marine. Il s'est vu brutalece ment retirer la parole, interdire de faire des « conférences au nom de la Société répiibli- « caine des Conférences populaires, alors que « la permission lui en avait été accordée par « le F.*. Locki'oy. Le F.-. Aubertin a fait, à « ses frais, plusieurs conférences. Il en a fait <( notamment sur l'œuvre des jésuites à Bey- « routh. Au moment où la parole lui a été re-
(1) Tout ce que disait là M. Aubertin ne prouvait pas, je crois, que cet officier était un clérical, comme l'insinuait le F.'. Obein.
tirée, il n'en faisait plus depuis trois mois et les plus grands éloges lui avaient été faits au point de vue professionnel, lors de l'inspection générale qui venait d avoir lieu. L'interdiction de parier, si elle était venue de ses chefs, il l'aurait acceptée, mais elle est venue du ministère même et il croit de son devoir de protester au nom de tous les officiers républicains de la marine française. D'ailleurs, venant du F.-, de Lanessan, ce retrait de parole infligé à un Franc-Maçon dévoué, revêtait le caractère d'une persécution. Il s'agit de savoir aujourd'hui si les officiers de marine doivent constituer une caste, une aristo cratie, ou bien, si au contraire, ils doivent se considérer comme des éducateurs, faire profiter le pays de ce qu'ils ont appris dans leurs voyages, à condition de ne point faire de pohlique locale et de se borner à développer, parmi leurs auditeurs, fesprit républicain. Or, de la décision du F.*, de Lanessan, il résulte que le corps des officiers de l'armée de mer doivent former une aristocratie et ne point contribuer à l'œuvre du progrès démocratique.
(( Cette décision du ministre de la Marine a été accueillie par les cléricaux avec une joie
« sauvage. La signification qui en a été faite au <r F.-. Aubertin a été affichée sur les ponts des « navires et portée à la connaissance de tous « par la voie de l'ordre. Tant qu'il ne s'est agi « que.de faits personnels, le F.-. Auberlin s'est « tu. Maintenant la persécution frappe tous les « Francs-Maçons de la Marine et il prend leur ft défense, d'accord avec la Loç>'e de Brest.
« L'idée générale qui domine l'interpellation « du F.*. Aubertin est celle-ci. Gomment se « fait-il que le Conseil de TOrdre n'ait rien « fait pour arrêter les persécutions auxquel- « les sont en butte les officiers de l'armée de « mer?
« Mais il faut entrer ici dans les détails. La « Marine française est divisée en deux écoles : « celle de l'Ancienne Marine, qui préconise la « construction des gros cuirassés, et celle de « la Jeune Marine, qui préconise la construc- « tion de navires légers, de croiseurs. Les croi- « seurs sont revêtus de plaques de blindage « relativement minces, fabriquées par un grand « nombre d'usines, tandis que les plaques des « cuirassés sont très grosses. Celles-ci sont « fabriquées par deux usines qui sont syndiquées « et imposent des prix extrêmement élevés. Ce « svndicat a évidemment un immense intérêt
« à ce que Ton construise des cuirassés plutôt « que des croiseurs.
« Pendant le ministère Lockroy, le parti de (c la jeune marine semblait triompher. On ne « voulait plus, alors, construire de gros bâti- « ments. Le F.', de Lanessan qui, dans un « livre écrit il y a quelques années, préconisait « la guerre de course, c'est-à-dire la suppres- «r sion des cuirassés, fit une volte-face com- « plète peu de temps après son arrivée, rue « Royale. L'an dernier, on a volé des sommes « énormes pour la construction de cuirassés « pendant une période de dix ans.
a Or, des bruits étranges circulent. Le a F.*. Aubertin en a été informé par un de ses amis. On dit que le F.-, de Lanessan est honnête, mais que son entourage a touché d'énormes pots de vin, versés par le syndicat intéressé à la construction des cuirassés. Enfin, on a appris qu'au Grand-Orient, même avait eu lieu une réunion secrète dans laquelle le F.*, de Lanessan avait préconisé le programme de l'ancienne marine et recommandé aux membres du Conseil de tenter tout le possible pour le faire triompher. Ce bruit a été recueilH par nos ennemis. Un
« scandale éclatera aux prochaines élections. « Ce sera le Panama maçonnique.
« Où est la vérité? Le F.*. Aubertin a été (f confirmé dans la pensée que ces bruits « n'étaient pas dépourvus de fondement par « deux faits. Le F.'. Aubertin étant de passage « au Grand-Orient, un secrétaire adjoint (1) « à qui il parla de F entrevue qu avait eue le « F.', de Lanessan avec les membres du Con- « seil de l'Ordre, lui répondit : Il est assez « singulier qu'on ne puisse pas avoir, en Ma- « çonnerie, une conversation intime, sans « qu'aussitôt elle soit connue.
ce En outre, le F.'. Aubertin a appris que le « bruit de cette conversation venait de propos « tenus par le F.*. Blatin.
« Le F.'. Blatin proteste.
Blatin proteste toujours lorsqu'on énonce une vérité devant lui.
« Le F.'. Aubertin ajoute qu'il y a deux ce jours, il a vu le F.-. Desmons qui lui a dit ce qu'au Grand Orient avait eu lieu une réunion c( de membres du Parlement francs-maçons et c( que la question dont il s'agit avait été traitée.
(1) Ce secrétaire-adjoint était l'auteur du présent livre. On lira plus loin mes explications à ce sujet.
« Le F.-. Dcsmons proteste. Il n'a jamais «. dit une chose semblable.
M. Desmons déclarait, il y a peu de temps, à un rédacteur de la Liberté, que du temps où il était Président du Conseil de l'Ordre, le système des fiches ne fonctionnait pas au Grand Orient. C'était manifestement faux. La Maçonnerie s'est occupée de délation militaire dès le commencement de 1901, et M. Desmons était alors président du Grand-Orient; il le fut jusqu'en septembre 1902. Cela donne la mesure de sa bonne foi.
« Le F.'. Aubertin : Comment peut-il se « faire qu'une réunion de ce genre ait pu avoir « lieu? Y a-t-il eu là une imprudence ou a-t-on « voulu couvrir un Franc-Maçon?
« Le F.'. Lambret demande au F.'. Auber- « tin si la situation de la marine, telle qu'elle a « été dépeinte par lui, a été exposée au Conseil « de l'Ordre.
« Le F.-. Aubertin répond qu'elle lui a été « exposée deux fois. Elle a été indiquée au « F.'. Lemaître, lors de son voyage à Brest, « puis dans un document publié en décem- « bre 1900, par un ordre du jour aux Loges," « par des aftlches et dans les journaux.
« Le F.*. Desmons dit qu'il a reçu plusieurs
« lettres du F.*. Aubertin. Il s'est occupé acti- « vement de lui. Avec le F.-. Lafferre, il a « rendu visite à son sujet au ministre. Celui-ci « lui a répondu que la croix ne peut être accordée « qu'aux officiers comptant vingt années de ser- « vices ; qu'il n'avait pas été proposé par ses « chefs pour les palmes aca émiqueset qu'elles « n'avaient pu, par conséquent, lui être données « et enfm qu'un membre du Parlement avait vi- « vement insisté auprès de lui pour que la pa- « rôle fut retirée au F.*. Aubertin. En ce qui c( concerne la visite du F.', de Lanessan au « Conseil pour l'entretenir de l'ancienne ma- « rine, lorsque le F.-. Aubertin lui en a parlé « il est tombé de son haut. Le F.'. Desmons « donne à ce sujet, au F.-. Aubertin, un dé- (( menti formel. Jamais le F.', de Lanessan <( nest venu au Conseil depuis un an, donc « cette entrevue na pu avoir lieu. Peut-être « à la Chambre ou au Sénat le F.*. Desmons « s'est-il entretenu de la jeune et de l'ancienne « marine avec le ministre, mais jamais il n'a « été question de cela au Conseil. D'ailleurs, « le F.-. Desmons constate que le F.*. Aubertin « n'est plus aussi catégorique en ce moment « qu'il l'a été au moment de l'entretien qu'il a « eu avec lui. »
L'entrevue dont il s'agit avait eu lieu, sous la forme d'un déjeuner intime, dans un restaurant des boulevards et je pourrais citer le nom de celui que l'on soupçonna être l'auteur des indiscrétions commises. En se contentant d'aftirmer que M. de Lanessan n'était pas venu au Conseil depuis un an, M. Desmons usait d'une de ces restrictions mentales dont a parlé sévèrement Pascal dans ses Provinciales.
ft Le F.-. Hiibharcl demande au F.'. Desmons ce que veulent dire ces mots : « plus catégoriques? »
« Le F.'. Desnions explique que le F.*. Au- « bertin lui avait paru alors très animé et très « violent.
« Le F.-. Auherlin rappelle à la Commission « que c'est lui qui est l'interpella leur. Il a tou- « jours dit qu'il s'était résigné en ce qui con- « cerne sa situation personnelle. II ne faut pas « faire dévier la question.
Vous verrez plus loin avec quel acharnement on s'y appliqua.
« Le F.*. Bouley lit la lettre que le F.-. Au- * bertin a adressée au Grand-Orient tout récem- « ment, puis il ajoute qu'il avait été chargé par « le Conseil de l'Ordre de faire un rapport sur « cette affaire. Il connaissait déjà leF.-. Auber-
« tin parles services qu*il avait rendus à la ma- « connerie. A la lecture de cette lettre, le Con- « seil s'émut, mettant de côté les attaques force mutées contre les FF.*. Jaime et de Lanes- « san, il ne voulut voir dans cette affaire que « les persécutions dont le F.*. Aubertin sem- « blait être victime. Le F.- . Bouley proposa au « Conseil de demander au ministre de la ma- « rine des explications précises. Sa proposition « fut adoptée et, à la suite de cette séance, les « FF.-. Desmons et Lafferre, délégués par le « Conseil, rendirent au F.*, de Lanessan la vice site dont le F.-. Desmons vient de parler. » M. Bouley est un esprit cultivé, un honnête homme au sens ancien du mot. Fanatique de la Maçonnerie, il nourrit l'espoir de la transformer, de la ramener dans sa voie ancienne. C'est là une très noble et une très chimérique ambition. De caractère indépendant, un peu sauvage, très froid, bourru même, M. Bouley ne sait pas — et c'est à son honneur — s'attirer la sympathie des foules. Je ne sais vraiment pas pourquoi il consentit à se mêler aux discussions de l'affaire Aubertin. Il est vrai que son grade de docteur en droit l'oblige à aimer la chicane et qu'étant passablement gros un exercice modéré lui est salutaire.
« Le F.-. Aubertin dit qu'il s^est plaint seu- « lement des persécutions auxquelles il était en « butte et qui pouvaient atteindre, avec lui, « tous les officiers de marine. Il n'a pas voulu « exposer, devant le Conseil, ses affaires perce sonnelles. La Commission veut-elle entrer « dans le détail de ces affaires ? Leur examen « durera huit jours. Pour ce qui concerne la « croix, à laquelle le F.*. Aubertin croit avoir « droit, sa proposition à cette décoration a été « rétablie par une décision judiciaire. Mais, il « ne s'agit pas de cela. Son interpellation se « home à ceci : « Pourquoi le Conseil de « rOrdre n'a-t-il point agi pour empêcher le « F.', de Lanessan de laisser se fortifier, « dans la marine, le parti clérical? ».
« Le F. • . Huhhard estime qu'il faut savoir ce (T que signifie exactement l'expression em- « ployée par le F.*. Desmons lorsqu'il a dit : « Le F.'. Aubertin n'est plus aussi catégorique « en ce moment qu'il l'a été au moment de l'en- « tretien qu'il a eu avec moi » . Il prie le F. • . Au- « bertin de répéter ce qu'il a dit au F.*. Des- <( mons.
« Le F.'. Auhertin répond que dans l'entre- ? vue qu'il a eue avec le F.-. Desmons, dans le « cabinet de celui-ci il lui a dit : Je suis per-
« suadé que des démarches ont été faites pour « moi. Il y a eu parti pris du ministre de ne « point faire droit à mes demandes et le Gon- « seil n'a pas voulu exercer sur lui de pression, ft En me retirant la parole, on a porté atteinte « à tous les officiers républicains de la flotte. « Je protesterai contre cette persécution. M. de « Lanessan s'est conduit comme un lâche.
« Tétais alors exaspéré, ajoute /e F.*. Au- « hertin, pur une vague menace de mise en « accusation qui m'avait été adressée par un Kc membre du Conseil de l'Ordre si je per- « sisfais à vouloir prendre la parole au Con- « vent pour interpeller le Conseil (1). J'ai « dit cela. Je le confirme ici, mais je n'aurais « point répété ces paroles devant le Couvent.
« Le F.-. Hubhard demande avec insistance « au F.'. Aubertinde dire le nom du secrétaire- « adjoint du Grand-Orient dont les propos ont « confirmé, dans sa pensée, la réalité des faits « relatifs à la réunion qui aurait eu lieu au « Grand-Orient.
(1) On s'était servi de tous les moyens pour empêcher M. Auberrin de parler. La suite de ce procèsverbal vous montrera qu'on réussit au moins à le troubler, à l'intimider., à lui enlever les moyens de continuer son discours.
A ce moment, je voulus demander la parole. M. Blatin m'en empêcha.
« Le F.'. Auhertin refuse formellement de « dire ce nom.
« Le F.*. Hiihhard dit : on est allé demander (f au ministre pourquoi la parole avait été re- « tirée au F.*. Aubertin. Le F.*, de Lanessan a « répondu qu'il avait dû céder, en cette circons- « tance, aux sollicitations de M. Isnard, député « de Brest. Qu'ont répondu, à cela, les délégués « du Conseil?
« Le F.'. Desmons répond qu'ils ont pris « acte de la déclaration du ministre. Leur « pensée était de revoir le F.*. Aubertin. Dans « la conversation qu'il a eue avec lui, il a lente « de le calmer. Voyant qu'il n'y réussissait pas, « il l'a quitté.
« Le F.-. Huhbard insiste de nouveau pour « savoir le nom du secrétaire-adjoint du Grand- « Orient à qui a fait allusion le F.-. Aubertin.
« Le F.*. Auhertin refuse de nouveau de « répondre. Il se plaint que l'on ait dépassé les « limites qu'il avait fixées pour son interpella- « lion.
« Le F.'. Petit demande au F.*. Aubertin « de préciser ce qu'il a dit au sujet d'une dece mande de mise en accusation. Pourquoi cette
pression, cette espèce de chantage? Il faut que des explications soient données à ce sujet. « Le F.'. Aubertin dit qiiil était en proie à une violente émotion lorsqu'il est monté à la tribune du Convent parce que le F.'. Morin lui avait fait cette menace : « Vous ne parlerez pas, sinon Je vous mettrai en accusation! ». Cette menace était étrange. 072 disait alors dans les parvis, que le Conseil craignait une interpellation et qu'il voulait couvrir les actes du ministre de la marine. Pour éviter la question d'ordre général posée par lui, on fait dévier le débat sur le terrain personnel.
C'est à partir de cet instant que par la lecture de lettres personnelles n'ayant aucun rapport avec la question et, grâce à d'insidieuses interrogations, M. Aubertin se voit transformer d'accusateur en accusé. Il serait trop long, et inutile, de relater les propos confus qui furent tenus alors.
« Le F.-. Ranson rappelle une conversation « qu'a eue le F.*. Pierre Morel avec le F.". « Aubertin Celui-ci a parlé au F.'. Pierre (( Morel de « Panama maçonnique », de con- « cussion, de pots de vin. Il est indigné de « voir que le F,*. Aubertin n'a pas craint de
recueillir des bruits si graves, pouvant alteindre l'honorabilité du Conseil toul entier. Il n'a pas cru devoir dire ce qu'il entendait par ces mots : « Le Conseil a voulu couvrir les actes du F.*, de Lanessan. » Il fallait venir devant le Conseil, ne point tenter de faire un scandale dont nos adversaires se seraient servi. Le Conseil n'avait-il pas le droit et le devoir d'empêcher que dépareilles questions fussent développées à la tribune du Conweni, n'avait-il pas raison de craindre ce débat ?
« Le F.-. Gavelle confirme ce qu'a dit le F.-. Ranson au sujet de la conversation entre le F.'. Pierre Morel et le F.-. Aubertin. Le F. • . Pierre Morel en a fait part à ses collègues (le la Commission des études politiques et sociales et du 3° Bureau : Le bruit courait, dans les parvis, qu'une interpellation aurait Ueu, dans laquelle on lancerait une accusation de concussion qui rejaillirait sur le Conseil de l'Ordre. II ne faut pas que ce débat se borne à une conversation plus ou moins vague sur le cléricalisme dans la marine. Il faut faire la lumière complète sur les propos tenus par le F.*. Aubertin. »
M. Gavelle fut toujours très dévoué au Conseil
de rOrclre. Sa barbe, son front soucieux et son aspect austère le font considérer, par sa concierge, comme un homme bien respectable et lui donnent, dans les milieux maçonniques, une certaine autorité. Il est ami de l'ordre, de tous les gouvernements, et, par dessus le marché, vénère le Grand Collège des Rites, car, très ambitieux malgré son âge relativement avancé, il veut, avec une obstination féroce, obtenir l'insigne faveur d'être initié aux grades supérieurs de la maçonnerie. Il est déjà chevalier Kadosch et il n'a que cinquante sept-ans. Pauvre homme ! ! ! — Si vous le rencontrez, évitez de lui parler d'un projet quelconque, de caisse de retraites ouvrières. Il a endormi tout un Couvent par un pâteux et inextricable bafouillage sur cette réforme. Quand il prononce un mot, on croirait qu'il arrache un pavé.
« Le ¥ .' . Aubertin dit qu'il n'a pas à faire la « preuve de ce qu'il avance. Il n'est pas un « accusé. Il a répété seulement ce que tout le « monde disait au sujet du F.-, de Lanessan.
« S'ad ressaut au F.*.Ranson,le ¥ .' . Aiihertin « ajoute : « D'ailleurs, il est impossible de « faire certaines preuves, cela vous serait im- (c possible au sujet des faits dont vous avez été « personnellement accusé dans votre quartier.
« Voire adversaire a été acquitté. Au point de « vue légal vous êtes un coupable! » (1)
« Le F.*. Hanson. — « Vous êtes un misé- « rable » .
Ces paroles donnèrent le signal d'une scène ignoble. Plusieurs individus bondirent sur M. Aubertin qui fut frappé et à qui on arracha son cordon de maitre. J'avoue que dans la situation où il se trouva un moment, j'aurais fait usage de mon revolver. La scène habilement préparée par le Conseil de l'Ordre aboutissait à son dénouement. J'avais pressenti ce qui arrivait, en voyant le spectacle de cet homme isolé, parlant à d'autres hommes étroitement liés à lui et vers lequel, de ces cœurs fraternels, rampaient lentement depuis plus de trois heures, ainsi que des larves obscures, toutes les puissances invisibles de la haine et du mensonge.
Le procès-verbal indique ceci : « De vio- « lentes altercations amènent une suspension « de séance pendant quelques minutes. »
L'ordre étant rétabli, le F.*. Gavelle insiste
(1) M. Ranson, aujourd'hui vice-président du Conseil de l'Ordre avait, en 1900, pendant la campagne électorale pour le renouvellement du Conseil municipal, poursuivi M. Chanson pour diffamation.
encore pour savoir sur quoi est basée l'accusation formulée par M. Aubertin. Celui-ci répond que, cette accusation, il l'avait basée sur le fait suivant. Dans une conversation qu'il avait eue avec le F.*. Desmons, celui-ci lui avait bien dit qu'avait eu lieu une réunion privée dans laquelle le F.', de Lanessan avait parlé de la marine.
Le F.'. Desmons oppose de nouveau, au F.*. Auberlin, un démenti formel. Jamais il ne lui a parlé des faits dont il s'agit.
Le F. • . Bédarride, reprenant l'antienne connue, déclare que le véritable rôle de M. Aubertin a été de favoriser la politique des cléricaux qui cherchent à semer la division parmi les maçons.
« Le F.-. Aubertin dit qu'il n'a pas sur lui la « preuve qu'on l'invite à fournir, mais qu'il « peut la chercher.
« Puis, à neuf heures quarante du soir, la « séance est levée. »
M. Aubertin ne s'était pas le moins du monde dérobé. Il avait simplement refusé de livrer les noms des deux personnes dont les paroles avaient confirmé, dans son esprit, les faits colportés par la rumeur publique. L'une de ces personnes était, je l'ai dit, l'auteur de ce livre.
Désireux de revendiquer la responsabilité de mes actes, je demandai la parole au moment où M. Habbard pria M. Aubertin de dire le nom du secrétaire -adjoint dont il avait été parlé, mais on me pria de ne pas persister à la demander.
Dès que le Conseil de l'ordre se fut retiré, je répétai, à Blatin, que j'étais l'auteur du propos signalé par M. Aubertin et que je désirais le déclarer à la Commission nommée par le Couvent, le silence à cet égard me semblant une lâcheté. Blatin me dit alors que la phrase citée: « Il est assez singulier qu'on ne puisse pas c: avoir, en Maçonnerie, une conversation in- « time sans qu'aussitôt elle soit connue », pourrait être mal interprétée et qu'il serait nécessaire d'en atténuer la forme dans ma déclaration devant la Commission. J'étais alors fort attaché à Blatin par des liens de reconnaissance qui furent rompus le jour où cet individu diffama odieusement une de mes parentes de la manière que je vous ai contée. Désireux de lui être agréable et, cependant, de ne pas trop altérer la vérité, je déclarai à la Commission que j'avais dit à M. Aubertin : ft Si une conversation de ce genre a eu lieu, il « est assez singulier qu'elle ait été connue aus-
« sitôt ». Je me souviens que M. Hubbard me fit remarquer, avec raison, que la phrase était ambiguë.
De tout ce qui précède je ne veux rien conclure. Il est probable que M. Aubertin avait été trompé, en ce qui concerne le ministre de la Marine d'alors, par des raconlars calomnieux, mais tous les mensonges accumulés ce jour-là, l'obstination que Ton njit à nier un fait vrai, — par lui-même sans importance, — la persistance avec laquelle on voulut empêcher l'orateur de parler, me causèrent la [Jus pénible impression.
De votre côté, je suis certain que nulle étude ne vous aura mieux fait pénétrer dans la conscience obscure des Francs-Maçons.
Le Péril de demain
J'ai parlé, précédemment, de l'influence juive dans la Maçonnerie et delà part de plus en plus grande que veulent prendre, dans le gouvernement, les Israélites aidés par les Francs-Maçons, mais je n'en ai pas donné de preuves.
J'en fournirai une tout à l'heure. Auparavant, je dois dire comment s'est conclu le pacte d'alliance entre une secte haïe par la majorité des Français et une race rebelle à nos mœurs et à notre esprit national.
Les Juifs n'ont pu réaliser, jusqu'à ce jour, leurs projets et ne pourront achever, dans l'avenir, leur œuvre de spoliation et de dénationalisation qu'au moyen des groupements dits républicains, tels que la Ligue des Droits de l'Homme pu le Comité radical et radical-socia-
liste, — et, surtout de la Franc-Maçonnerie. Grâce à leur or et à leur ruse, ils dirigent, d'une manière secrète, ces sociétés politiques vers le but qu'ils poursuivent avec une inlassable énergie : la domination universelle du peuple d'Israël.
L'entente entre les républicains d'inspiration et de tendances maçonniques et les Juifs est très solide parce qu'elle est basée sur des ambitions similaires et que le concours des uns est indispensable aux autres. C'est en commun qu'ils combattent et c'est ensemble qu'ils triompheront ou succomberont.
Tous les efforts de la Maçonnerie, dirigée, plus effectivement depuis trente ans, par les Israélites, tendent à une fm politique, à l'institution, dans l'Etat, d'un pouvoir irresponsable et caché le dominant.
Vous n'ignorez pas quel triste spectacle offre une partie du Parlement français. Ces hommes, généralement sans culture ni intelligence naturelle, ne sont rien par eux-mêmes, ne représentent ni un principe ni un idéal. Ils sont tellement dénués de personnalité qu'on io-nore même leur nom. Ce sont des ventres enveloppés de redingotes vagues et de vestons imprécis. Cependant, ils personnifient, en leur
nullité, le régime actuel, tout le Mensonge républicain. Celte bande est, presque tout entière, sortie des Ateliers maçonniques qui ne sont plus, comme jadis, des lieux où l'on se réunit pour philosopher affectueusement et pour soulager, avec modestie, quelques misères, mais des pépinières de candidats à la députation.
Une Loge de province qui compte, par exemple, cinquante membres, renferme environ vingt fonctionnaires, vingt commerçants ou employés et une dizaine d'avocats, de médecins ou de journalistes. Parmi ces dix derniers se trouve presque toujours un homme doué d'une certaine facilité d'élocution et chez qui l'on développe, par tous les moyens, cette redoutable prédisposition. Ce phénix est entouré de soins attentifs. C'est lui que l'on charge de faire des conférences publiques pour la Loge, l'Université populaire ou le groupe de Libre-Pensée. Cette culture intensive a pour but de le préparer à une candidature.
Presque toujours, l'individu choisi, bien qu'étant d'origine bourgeoise, ne possède aucune fortune parce qu'il a gaspillé dans la crapule celle qui a pu lui être léguée ou que sa fainéantise et son absence de talent professionnel l'ont empêché de se créer une situation. D'autre
part, la caisse de la Loge ne contient généralement que peu d'argent. A qui s'adressera-t-on pour payer les frais de la campagne électorale?
Au Grand-Orient? Celui-ci a bien institué un impôt de propagande de un franc par tête qui produit annuellement 20.000 francs, mais cette somme ne lui permet guère, on l'avouera, de faire de grandes générosités. De son côté, le ministère de l'Intérieur est assez dur à la détente et ses subventions sont très souvent insuffisantes. Cependant jamais les candidats de la Franc-Maçonnerie ne manquent de l'argent nécessaire pour soutenir, dans l'immense majorité des circonscriptions, la cause de la Veuve et la leur.
De plus, les membres de leur Loge qui, tous sont fonctionnaires, aspirants fonctionnaires ou désireux de quelque faveur gouvernementale, déploient pendant la période électorale, un zèle frénétique. Nul comité ne vaut une Loge. Cela s'explique, car si le candidat est vainqueur il fera décorer, avancer ou caser ceux qui lui ont prêté leur appui ; tous les bons Frères recueilleront quelque avantage de son triomphe, et c'est l'unique motif de leur extraordinaire activité. Les Francs-Maçons, lorsqu'ils descendent dans l'arène électorale, luttent pour la conquête
des perceptions, des bureaux de tabacs et des palmes académiques. Ils nous disent ensuite, avec beaucoup de sérieux, qu'ils ont tout sacrifié à la cause de la démocratie.
C'est uniquement par une solide coalition de leurs appétits, que les initiés, députés et agents électoraux, s'emparent peu à peu du gouvernement et des administrations de notre pays.
Il nous reste à savoir à la solde de qui sont tous ces gens et qui paye les frais de l'élection des candidats maçonniques. Ce sont ceux qui soldèrent les frais de la campagne dreyfusarde; ce sont les Israélites. Je citerai, quand le moment sera venu, — avec des preuves à l'appui, — des noms et des chiffres.
En 1902, les Juifs aidèrent de leurs millions les candidats de la « Défense républicaine », mais leur effort d'il y a quatre ans ne peut être comparé à celui qu'ils feront en 1906 et auquel ils se préparent depuis plus de deux ans, ainsi que vous le démontrera la circulaire qui suit. Les auteurs de ce document disent, avec raison, qu'au point de vue électoral « ce ne « sont pas les efforts de la dernière heure qui « sont les plus féconds et les plus efficaces ».
J'attire sur cette circulaire, toute votre attention. Elle est signée par des Juifs éminents
et rédigée avec une grande prudence. Néanmoins, malgré l'atténuation de sa forme, vous comprendrez combien elle est significative au point de vue des prochaines élections :
COMITÉ DE DÉFENSE CONTRE l'aNTISÉMITISME
13, rue Mont y on.
Paris, le « 14 Novembre 1902 ».
Monsieur et cher Coreligionnaire,
A la suite des derniers événements^ le Comité de défense contre l'antisémitisme s'est demandé si, dans la situation actuelle, son rôle demeurait légitime et nécessaire ou s'il devait au contraire se dissoudre. Après de mûres réflexions, il a pensé que si les raisons qui ont déterminé sa naissance sont devenues moins impérieuses, elles ont conservé assez de gravité pour qu'il eut le devoir de ne pas abandonner la tâche qu'il avait assumée.
Vous savez, Monsieur et cher Coreligionnaire, au milieu de quelles circonstances le Comité s'est constitué. Né pendant la terrible
crise que l'affaire Dreyfus avait déchaînée, il se donna pour but, non pas d'intervenir dans une instance judiciaire qui échappait à son action, mais de réagir contre la situation si périlleuse pour nos coreligionnaires que cette affaire avait révélée (1).
Pendant longtemps, les Israélites de France, ne pensant pas qu'il fut possible à la fm du xix^ siècle de ressusciter dans notre pays les guerres de religion et de race, avaient cru devoir dédaigner des attaques aussi absurdes qu'odieuses dont il semblait que le bon sens public dût faire spontanément justice. Les événements vinrent malheureusement leur démontrer combien ils avaient été imprudents de s'abandonner dans une confiance exagérée. La propagande audacieuse de l'antisémitisme qu'aucune résistance ne venait réfréner, fmit par les atteindre gravement dans leurs intérêts, dans leur honneur et parfois même dans leur sécurité matérielle. La nécessité apparut alors
(1) Le but du comité était uniquement de recueillir de l'argent afin de susciter des défenseurs à Texcapitaine Dreyfus. Ces phrases, assez claires, en sont la preuve. L'affaire n'est pas, bien entendu^ évoquée avec plus de précision, dans ce document. Le comité n'intervint pas directement. Il se contenta de payer ses salariés. .
à un grand nombre d'entre eux de se défendre enfin contre des excitations aussi malfaisantes que crimimelles. Et c'est de cette pensée qu'est issue l'œuvre de légitime préservation que nous avons entreprise il y a quelques années et à laquelle, depuis lors, nous n'avons cessé de nous appliquer.
Quoique cette œuvre ne fût que l'exercice d'un droit incontestable et n'eût rien qui ne pût s'avouer, des scrupules de légalité nous ont obligés au début de donner à notre organisation des proportions restreintes. Nous n'avons fait appel qu'au concours d'une catégorie limitée de nos coreligionnaires (l) et, d'autre part, les circonstances étaient telles que notre action, pour être efficace, devait demeurer discrète (^). Nous n'en tenons pas moins aujourd'hui à vous faire connaître d'une manière spéciale les principes qui ont dicté notre conduite et les règles qui l'ont guidée.
Tout d'abord, nous avons écarté de nos préoccupations toutes les questions d'ordre confessionnel. La lutte contre l'antisémitisme n'est
(1) Les premières souscriptions, })Our l'affaire Dreyfus, émanèrent toutes, en effet, des « grands » Juifs, qui avaient été seuls sollicilés.
(2) Lisez secrète.
pas, en effet, une lutte religieuse. Ce aest pas à la religion des Juifs qa'il s'attaque, mais à la personne du Juif, à celle de tous les Juifs sans distinction, quelles que soient leurs convictions individuelles. Il menace le Juif réformiste aussi bien que le Juif orthodoxe, le Juif libre-penseur non moins que le Juif croyant et pratiquant ; il ne ménage même pas les Israélites qui ont rompu tout lien avec leurs coreligionnaires ou qui même ont déserté la foi de leurs ancêtres. Nous avions donc le devoir de nous placer, au point de vue religieux, sur un terrain d'absolue neutralité, où tous les Juifs français sans exception, pourvu qu'ils ne rougissent pas de leur qualité, pouvaient et devaient se rencontrer. Pour des raisons de même nature, nous avons limité strictement notre rôle au territoire de notre pays. Certes, les souffrances de nos coreligionnaires des autres pays ne nous laissent pas insensibles et plusieurs d'entre nous sont associés aux travaux de « l'Alliance Israélite universelle ». Mais, pour le but spécial (I) que nous nous étions proposé, nous avions à agir, non pas comme des Juifs établis en France, mais comme des citoyens français d'origine
(1) Nouvelle allusion à l'affaire Dreyfus.
juive dont les droits étaient battus en brèche et qui avaient à cœur de les sauvegarder.
Et la même neutralité que nous avons observée dans les questions religieuses, nous nous la sommes imposée en matière politique. Nous nous sommes rigoureusement interdit de nous immiscer dans la lutte des différents partis en présence. Il est vrai que nous n'avons pas hésité à nous opposer de toutes nos forces, toutes les fois que nous avons pu le faire, au succès des antisémites dans les élections. Mais l'antisémitisme n'est pas, à proprement parler, un parti polit'que. On ne saurait, en effet, appeler de ce nom un groupement d'hommes qui repose moins sur des doctrines communes que sur de communes inimitiés et qui s'inspire, non pas d'idées et de principes, mais de haines et de convoitises.
Lutter contre l'antisémitisme sous toutes ses formes et dans toutes ses incarnations, soit qu'il se présentât à visage découvert, soit qu'il empruntât le masque du nationalisme, tel a été notre unique programme. Nous consacrant avant tout à faire triompher la cause de l'égahté de tous les Français devant la loi, (1) nous
(1) Cette phrase évocatrice des « immortels prin-
n'avons voulu distinguer qu'entre les adversaires et les partisans des principes de la Révolution. Nous avons combattu les premiers, de quelque étiquette qu'ils aient pu se couvrir, et nous nous sommes efforcés de soutenir les seconds, sans que d'ailleurs l'appui, que nous étions amenés à leur donner comme à nos alliés naturels, coûtât rien à leur dignité et à la nôtre. Ni eux, ni nous, en effet, nous n'avons eu de compromission à accepter ni de sacrifices d'idées à consentir. Gomme nous ne revendiquions pas de privilèges et ne réclamions rien en dehors du droit commun, (1) nous n'avions eu besoin, pour assurer la défense de nos intérêts, que de leur demander de défendre leurs principes et de travailler en restant fidèles à eux-mêmes, à la victoire de leurs propres doctrines.
Il va sans dire que notre activité ne s'est pas exercée seulement pendant les périodes élec-
cipes ') n'est pas autre chose qu'une allusion à l'affaire Dreyfus.
(1) Evidemment. Nos Juifs milliardaires s'accommodent fort bien de ne jouir que du « droit commun». Comparez ce qui est arrivé à Dreyfus ou à certains voleurs juifs et ce qui advient au Français qui vole un pain pour ne pas mourir de faim et vous me donnerez des nouvelles du « droit commun »>.
torales. C'est d'une façon permanente que l'antisémitisme tentait d'égarer l'opinion publique; c'est d'une façon permanente également que nous avons dû chercher à l'éclairer. Pendant longtemps, les journaux ré.)ublicains et libéraux s'étaient désintéressés delà campagne antisémitique, dont ils n'avaient pas suffisamment mesuré la portée et les conséquences. Et nous ne sommes pas encore bien loin de l'époque où chaque jour les Juifs étaient bafoués et calomniés, sans qu'il s'élevât dans la presse une seule voix pour les défendre. Nous nous sommes préoccupés, dès nos premières réunions de remédier à cette situation fâcheuse. Grâce aux concours dévoués qui nous ont été donnés, il nous a été possible, en Algérie aussi bien qu'en France, de remplir cette partie essentielle de notre tâche. Nous avons pu faire en sorte que les légendes mensongères qu'on répandait contre nous pussent moins aisément s'accréditer. Dans le même ordre d'idées, nous avons fréquemment encouragé la publication d'écrits destinés à rétablir, sur des questions générales ou sur des faits particuliers, la vérité altérée par nos adversaires. Il nous est arrivé également d'assister de nos conseils ou même de notre aide matérielle, certaines personnes en-
gagées contre les antisémites dans des instances judiciaires qui ne mettaient pas seulement des intérêts privés en jeu, mais où il y avait pour notre cause un intérêt général à faire triompher.
Il n'est pas douteux qu'à l'heure présente la situation des Israélites de France est devenue moins critique. Leur sécurité matérielle a cessé d'être précaire et leurs droits ne sont plus systématiquement méconnus. Grâce surtout aux renseignements qui se sont dégagés de l'affaire Dreyfus, un grand nombre d'esprits sont revenus de leurs préventions à leur égard. Les pouvoirs publics leur témoignent des sentiments plus équitables. Mais ce qui est surtout de nature à nous rassurer sur l'avenir, c'est qu'à la lumière des événements, les partis qui dans notre pays se réclament des idées de 1789, ont enfm compris (1) que l'antisémitisme ne menace plus uniquement une minorité confessionnelle, mais qu'il met en question toutes les conquêtes de la France moderne. La lutte n'est plus actuellement entre l'antisémitisme et les Juifs, mais entre l'antisémitisme et les principes de la Révolution. Nous ne sommes donc plus, ni
(1) Grâce à ces arguments que sont les billets de la Banque de France.
isolés, ni abandonnés. Cet heureux et inespéré revirement est dû à des causes nombreuses et complexes. (1) Nous n'y sommes assurément que pour peu de chose. Mais ce peu suffit pour autoriser à croire que nos efforts n'ont pas été complètement stériles.
Ce sont précisément les quelques résultats que nous avons obtenus qui nous encouragent à rester sur la brèche. La bataille continue d'ailleurs avec un furieux acharnement et nous n'avons pas le droit, sous prétexte que ce n'est plus contre nous seuls qu'elle se livre, de nous réfugier dans une abstention égoïste et de déserter la lutte.
A supposer même que nos intérêts propres fussent désormais hors d'atteinte, ce serait encore notre devoir, comme lils reconnaissants de la Révolution, de poursuivre l'œuvre commencée. Mais est-il besoin de démontrer que nous ne sommes nullement garantis contre un retour des hostilités dont nous avons eu à pâtir? Les préjugés dont nous sommes Tobjet sont restés vivaces dans une partie de la population française et l'antisémitisme n'a pas renoncé à les
(1) Lisez que les journaux souteneurs des sémites continuent à recevoir des subventions. C'est plus prosaïque mais plus conforme à la vérité.
exciter. Si les haines qui nous ont assaillis })araissent s'être assoupies quelque peu, le plus léger incident suffirait pour les réveiller. Ne nous rend-on pas, dès à présent, responsables d'actes et de mesures où nous n'avons aucune part et n'entendons-nous pas les cris de : « A bas les Juifs ! » se mêler aux manifestations publiques que les événements de chaque jour peuvent susciter? Si réservée que soit notre attitude dans les débats politiques qui sont à l'ordre du jour, n'est-il pas évident que c'est contre nous que les partis d'opposition espèrent prendre leur revanvanche? Et dès lors ne serions-nous pas imprudents en laissant à l'antisémitisme le champ libre et en ne nous tenant pas prêts à repousser les nouveaux assauts qu'il se dispose à nous donner? On a souvent déploré la lourde faute que les Israélites de France ont commise lors des débuts de l'antisémitisme en n'essayant pas de l'arrêter dès ses premiers pas. Ce qui les excusait c'est que personne ne pouvait prévoir à cette époque les effroyables proportions que prendrait le fléau. Mais aujourd'hui, après les cruelles expériences que nous avons faites et en présence des menaces qu'on continue à nous prodiguer, nous serions inexcusables en nous endormant de nouveau dans Tindifférence.
Que si l'on nous disait que rien ne presse, qu'il n'y a pas de péril en la demeure, que nous avons le repos assuré pour le moment et qu'il sera temps encore de s'organiser pour la résistance lorsqu'il y aura lieu de consulter à nouveau le sulTrage universel, nous répondrons que les élections ne sauraient être notre unique souci et que nous avons intérêt, en tout temps, à arrêter la diffusion de la calomnie et du men songe. Il est clair au surplus que, même au point de vue électoral, ce ne sont pas les efforts de la dernière heure qui sont les plus féconds et les plus efficaces (1). Nous citerons, à cet égard, un seul exemple, mais qui sera décisif. On n'a pas oublié les succès éclatants obtenus aux élections de 1898 par l'antisémitisme en Algérie et on se souvient mieux encore de la défaite écrasante et, en apparence, difficile à prévoir qui leur a été infligée aux élections dernières. On s'imagine aisément qu'un pareil changement n'a pas été le résultat d'une inspiration soudaine ou d'une action improvisée et qu'il n'a pas pu se produire sans que, dans l'intervalle, des efforts soutenus et ininterrompus aient été tentés pour ramener la population algérienne à
(Ij C'est donc pour les élections de 1906 que les Juifs se préparent.
une saine appréciation de ses intérêts et de ses devoirs. Si, au lendemain des élections de 1898, devant le vent de démence qui soufflait sur la colonie et qui semblait devoir renverser tous les obstacles, on s'était laissé abattre par le découragement, si, comme on a pu le craindre un moment, la presse antisémiste (sic) avait été pendant quatre ans seule à se faire entendre de l'opinion publique, il est à présumer que la délivrance de nos coreligionnaires algériens eût été moins rapide et moins complète.
Nous n'hésitons donc pas à maintenir notre œuvre ; mais nous croyons convenable de modifier les conditions dans lesquelles elle a jusqu'à présent fonctionné. Les raisons qui, au début, nous ont commandé de la renfermer dans un cercle étroit n'existent plus actuellement. Aux termes de la nouvelle loi sur les associations, il est permis aujourd'hui à chacun de fonder des associations sans qu'il ait d'autorisation à demander, sans même qu'il ait de déclaration à produire. Gomme nous n'avons pas à dissimuler notre action, trop justifiée par les événements, rien ne nous empêche désormais de lui donner un caractère public (1). Rien ne s'op-
(1) Quelques lignes plus loin nos Juifs insistent
pose non plus à ce que nous appelions un plus grand nombre de coreligionnaires à y participer. L'existence du comité étant connue de tous, ses moyens d'information et son influence pourront s'étendre. Il lui sera possible notamment d'avoir partout où ce sera nécessaire des correspondants permanents ou accidentels qui lui signaleront en temps utile tous les faits capables de l'intéresser. Grâce aux renseignements et aux avis dont il pourra ainsi s'entourer, sa vigilance risquera moins de se trouver en défaut.
Nous croyons bon d'ajouter que si le fonctionnement du comité doit être élargi, il n'en continuera pas moins^ comme par le passé à considérer comme rigoureusement confidentielles les souscriptions qui lui seront adressées. Une œuvre comme la nôtre, toute de solidarité et de défense libérale, ne fait appel ni à la vanité des hommes, ni à leur désir de paraître. Nous ne donnerons donc aucune publicité aux adhésions que nous pourrons recevoir (1).
Nous vous prions de faire parvenir votre
pour que les communications de leur comité restent rigoureusement confidentielles.
(1) Il ne s'agit pas là de favoriser le développement de la modestie, mais bien de cacher soigneusement l'action du comité.
souscription, soit au secrétariat du comité, 13, rue Montyon, à Paris, soit à l'un des signataires du présent appel :
MM. Henri Aron, membre du Consistoire Central des Israélites de France, adjoint au maire du ^^ arrondissement de Paris, 10, rue Auber ;
D"" Dreyfus-Brisac , médecin des hôpitaux, membre du comité central de « l'Alliance Israélite universelle », 59, rue de Miromesnil ;
Narcisse-Leven, président du comité central de « l'Alliance », vice-président du Consistoire Israélite de Paris, 9, rue d'Aumale ;
Salomon Reinach, membre de l'Institut, viceprésident du comité central de « l'Alliance », 38, rue de Lisbonne ;
I. Levaillant, ancien préfet et ancien directeur au ministère de l'Intérieur, secrétaire du comité, 39, rue des Petites-Ecuries (téléphone 214-71).
L'engagement, qui résultera de cette souscription et qui n'aura d'ailleurs d'autre sanction que la bonne volonté de l'adhérent, est limité à quatre années.
Monsieur Levaillant, sécrétante du comité, se tiendra à votre disposition pour vous fournir, le cas échéant, tous les renseignements complé-
menlaires qui vous paraîtraient nécessaires. Veuillez agréer, Monsieur et cher coreligionnaire, l'expression de nos sentiments distingués et dévoués.
Pour le Comité :
Ci^lH^Ai^^-'^y^^^^^^'^^
^ ^S^H^Ca^
Cette circulaire fut envoyée à tous les Israélites de France : financiers, industriels, commerçants, possédant quelque fortune, et vous savez qu'ils sont nombreux.
En spécifiant que l'engagement qui résultera de cette souscription est limitée à quatre années
(remarquez que la circulaire est dalée du 14 novembre 1902) les juifs avouent :
1° Que cet appel est fait en vue des élections générales de 1906 ;
2" Qu'ils ne sollicilenl pas des souscriptions minimes, mais, étant donnée la fortune des Israélites à qui l'on s'adi-esse, des versements s'élevant à quelques milliers de francs.
Ce document, qui donne la preuve de l'existence, dans le passé, d'un syndicat Dreyfus très agissant et très riche, montre que les Sémites ont formé le projet de diriger les élections législatives prochaines, grâce aux millions qu'ils distribueront aux candidats Francs-Maçons.
Les députés élus dans ces conditions, seront entièrement à la merci des Juifs. Ce n'est pas sans calcul qu'on les choisit médiocres, sans grande inlelligence et sans caractère. Ils sont, ainsi, plus dociles et moins clairvoyants. On ne craint, avec cette tourbe, aucun réveil de conscience.
Le péril est imminent et formidable. Si les Français n'agissent pas avec la plus grande énergie, la Chambre prochaine achèvera l'œuvre de destruction commencée depuis trente ans et
ne laissera rien subsister des libertés qui sont la base fondamentale de toute République et des institutions qui forment la puissance morale et la force matérielle de la Patrie.
Conclusions
La Franc- Maçonnerie, société secrète, tend, de plus en plus, à dominer la France. On a vu, par ce qui précède, quelle est son étrange mentalité. Les Enfants de la Veuve sont des cléricaux et, en conséquence, ils sont ennemis de la démocratie et de la liberté. Ils nous mènent vers la tyrannie, vers la constitution d'une république césarienne.
La République, sous sa forme actuelle, est, d'ailleurs, une oligarchie. Les députés du Bloc ne représentent pas la majorité de la Nation.
Une loi votée par eux peut exprimer l'opinion des trois cinquièmes de la Chambre, des trois cinquièmes des électeurs représentés, mais cela ne constitue pas une majorité, puisqu'aux
deux cinquièmes des électeurs qui ont élu des députés d'opposition, il faut joindre l'énorme quantité de ceux qui ne possèdent pas de mandants. En effet, dans presque toutes les circonscriptions, près de la moitié des électeurs n'a pas de représentant à la Cham.bre.
Le régime actuel est, incontestablement, celui de l'oppression de la majorité par la minorité.
Il faut ajouter que, grâce aux tripotages qui faussent le résultat des élections, les députés du Bloc qui disposent, à la Chambre, d'une majorité de 90 voix environ ne possèdent, dans l'ensemble du pays, qu'une majorité de 200,000 voix.
La minorité qui nous gouverne est uniquement composée de Francs-Maçons ou d'hommes qui ont épousé les ambitions et les haines de la Franc-Maçonnerie. C'est donc bien celle-ci qui doit être rendue responsable de la situation présente.
Les fidèles du Bloc nous disent que l'opinion publique est avec eux et Combes tentait jadis de le prouver en exhibant la quantité prodigieuse de lettres de félicitations qu'il recevait
chaque jour. J'ai trop vécu parmi ces gens pour ne pas savoir que cette opinion publique est aussi factice que la majorité sectaire. Voici la vérité. Chaque Loge groupe autour d'elle une multitude de groupes, de sociétés, qui sont ses succédanés. Le citoyen qui est Franc-Maçon à dix heures du soir, organisera demain malin, à huit heures, l'Universilé populaire, délibérera, à 11 heures, à la section de la Ligue des Droits de l'Homme, et tonitruera à 2 heures de l'aprèsmidi au groupe de Libre Pensée. Les Francs- Maçons sont les Maîtres Jacques de la démocratie. Les 50,000 individus qui constituent l'effectif global de ces diverses associations, plus nuisibles les unes que les autres, se réduisent, en réalité, à 25,000. Ce sont toujours les mêmes qui figurent au premier rang dans chacune d'elles mais le public ne s'en aperçoit pas et les journaux radicaux et socialistes publiant religieusement chaque matin des ordres du jour réclamant la séparation des églises et de l'Etat, par exemple, le lecteur est persuadé que le vote de cette loi est réclamé par la majorité du pays.
Comme vous le voyez, on peut faire une opinion publique à très peu de frais et sans un nombreux personnel.
Les socialistes ont rnème perfectionné le système maçonnique. Un cachet en caoutchouc que garde clans sa poche le marchand de vins d'à côté constitue, chez eux, un groupe d'études sociales.
C'est par ces « Comités Républicains », c'està-dire par la Franc-Maçonnerie, que Jaurès voudrait faire surveiller tous les fonctionnaires. Le contrôle sur les actes des citoyens chargés des services publics serait leur principale prérogative et on les substituerait, en l'espèce, au Ministère lui-même et au Parlement. On créerait ainsi un Etat dans l'Etat, et cela au profit d'une infime minorité irresponsable, totalement dépourvue, au reste, de tout mandat légal et de l'impartialité nécessaire pour exercer une si redoutable fonction.
Tel est le système qu'on appliquera, demain peut-être. On ne pourrait s'expliquer de pareilles aberrations si on ne savait pas qu'elles ont été mûrement méditées et qu'elles font partie d'un plan préconçu.
Ce plan est celui des juifs qui, unis aux Francs- Maçons, veulent établir sur ce pays leur demi-
nation occulte. On ne saurait trop le redire. C'est très habilement et très prudemment que Ton tente de nous asservir. Ainsi, par exemple, en -ce qui concerne la délation dans l'armée, jamais, certainement, on ne découvrira ceux qui en furent les inventeurs véritables. L'es[)ionnage des officiers fut prémédité. Quelques mois avant que le général André se soil installé rue Saint-Dominique, M. Vadecard lui rendit visite sur l'invitation pressante qui lui en fut faite et Ton savait, à cette époque, depuis longtemps déjà, que M. André serait désigné pour succéder au ministre de la guerre d'alors. On avait prévu même la chute ou la disparition de M. André et c'est le général Peigné qui devait le remplacer.
La délation dans l'armée restera le type des méfaits accomplis par ceux qui nous gouvernent. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'on ait supprimé le système des tiches. Celles-ci ont bien disparu du ministère de la Guerre, mais elles existent encore au Grand Orient et on doit les y consulter. Je vois une preuve de cela dans l'injustice qu'a subie le commandant Driant, qui possède trois fiches extrêmement défavorables, ce qui est à son honneur.
On a lu la llche envoyée rue Cadet, sur
le lieutenant-colonel Jaricot, par M. Schwérer. La femme de cet officier y est visée de la manière la plus grossière et la plus sotte. Celte fiche est le résumé de potins ineptes, de calomnies imbéciles que n'appuient aucune preuve. C'est ainsi que les « Comités républicains » de M. Jaurès contrôleront les fonctionnaires de tous ordres.
Si l'on peut admettre, à la rigueur, que l'Etat se préoccupe du loyalisme de ses serviteurs, on ne peut oublier cependant que l'article X de la Déclaration des Droits de l'Homme est ainsi conçu : « Nul ne doit être inquiété pour ses « opinions, même religieuses, pourvu que leur « manifestation ne trouble pas l'ordre public « établi par la Loi. » Un Franc-Maçon éminent, M. Blum, professeur de philosophie au Lycée de Montpellier, commentant cet article, s'exprime ainsi : « Pour les hommes de 89 comme « pour tout homme sincère et raisonnable, re- « connaître à chacun le droit de ne pas être « inquiété dans ses opinions, c'est, en même « temps, permettre de les manifester sans avoir « rien à redouter. »
Or, presque toutes les fiches qui ont été publiées visaient uniquement les opinions philosophiques des olficiers.
M. A. Hamon, — que j'ai connu libéral, — écrivait dernièrement :
« On s'explique la clameur qui a frappé les malheureux citoyens qui avaient eu l'audace de se renseigner sur certains de leurs employés. Elle n'était qu'une manifestation de l'esprit monarchique qui a pénétré nos mentalités et y subsiste encore. Et la clameur devait être d'autant plus forte que les employés sur lesquels on se renseignait étaient des employés spéciaux, pourvus d'un costume spécial, qui depuis des siècles les fait considérer comme une élite de la Nation. »
Les officiers ne sont pas des employés spéciaux parce qu'ils ont un costume spécial. Leur situation ne peut être comparée à celle des autres fonctionnaires. « Les officiers, dit le F*.* Blum, « enseignent la science et le courage militaires, (( et, pour les laisser tout entiers à leur œuvre « de défense nationale, la loi tutélaire et pru- « dente les écarte de toutes les luttes politiques : « Us ne sont ni électeurs ni éligibles. » C'est cette privation d'une partie de leurs droits qui différencie les officiers de tous les autres citoyens.
M. A. Hamon ne parle pas de ce point particulier qui lui paraît, sans doute, négligeable.
Si la liberté de conscience doit être respectée chez les fonctionnaires civils, comment pourrait-on, sans commettre une monstrueuse injustice et une violation flagrante des vrais principes républicains, faire entrer, en ligne de compte, pour l'avancement des fonctionnaires militaires, des opinions philosophiques qu'ils sont dans l'impossibilité de manifester au moyen du droit de vote que possèdent tous les autres serviteurs de l'Etat. Soutenir une thèse opposée serait contraire à la raison. Un gouvernement honnête ne doit considérer, chez les officiers, que leur valeur professionnelle et ce ne sont évidemment pas les Loges ou les « Comités républicains » qui sont capables d'apprécier celle-ci.
C'est aussi parce que l'officier n'est pas électeur ni éligible et qu'il a le devoir strict de se tenir éloigné des luttes de partis qu'il ne peut pas, sans faillir à ce devoir, entrer dans la Franc-Maçonnerie, société exclusivement politique. On ne peut plus dire, aujourd'hui, que le Grand Orient de France est un groupement philosophique. Des milliers de preuves démontrent le contraire, et j'en donnerai, quelque jour, de meilleures preuves encore.
Des réflexions que je viens de faire résulte la conclusion de ce livre.
En vain, la Franc-Maçonnerie essaiera-t-elle, par des mensonges, de créer, dans l'opinion, des équivoques grossières. Le peuple ne lardera pas à être complètement éclairé sur les dangers qui menacent la Patrie et de l'excès même du mal naîtra le remède nécessaire. Il est impossible que ce pays de claire raison et de haute sagesse se laisse plus longtemps mener par une bande qui rêve de l'asservir, de le soumettre à la plus insupportable des tyrannies, celle qu'exerceraient des démagogues, des arrivistes et des hommes d'une race étrangère dont la conscience reste obstinément fermée à nos traditions et à nos espérances les plus sacrées.
Je ne saurais mieux faire, en terminant, que de citer ces paroles de La Boëtie qu'on peut redire aujourd'hui avec plus d'à-propros que jamais : « Gomment se peut-il faire que tant « d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, endu- « rent quelquefois un tyran, qui n'a puissance « que celle qu'on lui donne; qui n'a pouvoir de
« leur nuire, si non de tant qu'ils ont vouloir « de l'endurer.
« Celui qui vous maîtrise tant n'a que deux « yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps.... « D'où a-l-il pris tant d'yeux d'où il vous épie, « si vous ne les lui donnez? Comment a-t-il (( tant de mains pour vous frapper s'il ne les « prend de vous? Les pieds dont il foule vos « cités, d'où les a-t-il s'ils ne sont les vôtres? « Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous que « par vous autres mêmes? Comment oseroit-il « vous courir sus, s'il n'avoit intelligence avec « vous? Que vous pourroit-il faire, si vous « n'étiez receleurs du larron qui vous pille, « complices du meurtrier qui vous tue, et traî- « très de vous-mêmes? vous semez vos fruits « afm qu'il en fasse le dégât; vous meublez, « remplissez vos maisons pour fournir à ses « vuleries. »
« De tant d'indignités que les bêtes mêmes « ou ne sentiroient point ou n'enclureroient « point, vous pouvez vous en délivrer, si vous « essayez, non pas de vous en délivrer, mais « seulement de le vouloir faire. Soyez résolus « de ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne « veux pas que vous le poussiez ni l'ébranliez; « mais seulement ne le soutenez plus: vous le
« verrez, comme un grand colosse à qui on a « dérobé sa base, de son propre poids même « fondre en bas et se rompre. »
Le régime actuel n'est qu'une coalition de bas appétits; sa force unique réside dans l'étroite union des coquins qui l'exploitenl. Il ne survit que par le mensonge au dégoût presque universel qu'il inspire.
La République judéo-maçonnique a provoqué chez les Français un découragement et une lassitude qui ressemblent à de la torpeur et c'est pour cela que le devoir des vrais Républicains, des citoyens conscients des destinées de leur pays est d'éclairer le suffrage universel sur les dangers de l'heure présente. S'ils veulent mettre fin aux maux dont ils souffrent, s'ils veulent éviter les maux plus grands encore qu'annonce l'avenir, ils doivent se rappeler qu'en matière politique le but de tous leurs actes et de toutes leurs paroles doit être la destruction de la Franc-Maçonnerie, traitre à la démocratie, à la République et à la France.
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