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DU MERCREDI 18 SEPTEMBRE

Présidence du F.'. Desmons, Président.

La séance est ouverte à deux heures et demie de l'après-midi.

Sont présents : les FF/. Desmons, président; Sincholle, vice-président ; Bourceret, secrétaire ; Morin, garde des sceaux ; Bédarride, Bernardin, Blatin, Bonnet, Bouley, Golin-Roudier, Gorneau, Delpech, Dubief, Dupré, Dutilloy, Gariel, Jarton, Jeanvrot, Obein, -Ranson Schwérer et Tavé.

Sont excusés : les FF.'. Grescent, Dazet, Dupuy (en mission), Foissac, Lafferre, de Lanessan, Lemaitre, Maréchaux, Massé et Pasquier.

Le F.-. Vadecard, chef du Secrétariat général, assisté du F.-. Bidegain, esquisse les travaux.

.*. « Le F.' .Desmons rappelle que leGonseil « est réuni pour fixer la réponse qu'il y a lieu (( de faire à l'interpellation du F.*. Aubertin « ainsi formulée: Le F. -, Aubertin, délégué de

« la Loge de Brest, demande à interpeller le « Conseil de T Ordre sur son intervention dans « hs affaires de la Marine. »

M. Desmons semblait accablé. Beaucoup de Parisiens connaissent la physionomie de cet ancien pasteur protestant, resté déiste, qui provoqua la suppression de la formule « A la gloire du grand architecte de l'Univers », jadis chère au Grand-Orient de France. Grand, toujours vêtu d'une redingote noire, de visage calme et reposé, avec des cheveux et une barbe d'un blanc de neige, il paraît éminemment bon et respectable. Il semble éprouver, pour tous les hommes, une égale et incommensurable sympathie. Son œil est larmoyant et sa voix tremble toujours d'une émotion contenue. Cet ensemble de qualités exiérieures le firent élire plusieurs fois président du Grand-Orient de France et, depuis trente ans, il débite, aux Francs-Maçons, dans les mêmes termes, les mêmes discours dénués de toute pensée. J'avoue que la blancheur immaculée de son système pileux donne beaucoup d'éclat au large ruban or et blanc que portent en sautoir les membres du Conseil de l'Ordre. M. Desmons est patelin, bénisseur, onctueux. Je priai un jour un membre du Grand Collège des Rites, de me

dire son opinion snr ce vénérable personnage, et il me répondit crûment: « Le Père Desmons!... c'est un comédien î... » Je crois que c'est vrai.

« Le F.'. Lecoq, président delà Commission « des études politiques et sociales de l'Assem- « blée générale, fait son entrée dans la salle « de réunion et déclare que cette commission « a, relativement à un vœu connexe à Tinter- « pellationdu F.'. Aubertin, émis l'avis que les « ofiiciers Francs-Maçons appartenant à la » flotte étaient invités à agir au mieux des « intérêts de notre Ordre et de la République, « mais que la Franc-Maçonnerie était incom- « pétente pour intervenir dans les affaires de « la Marine.

« Le F.-. Lecoq se retire. »

Cet universitaire avait provoqué le vote, par la Commission des études politiques et sociales, de l'avis qui avait pour but d'enterrer la question. Il avait été dûment chapitré à ce sujet, et avait reçu, de certains Maçons influents, leur promesse d'appuyer sa candidature au Conseil de l'Ordre, s'il obtenait ce vote. M. Lecoq fut élu membre du Conseil le lendemain. M. Lecoq appartient à l'espèce des gobe-mouches. Il a toujours l'air de vouloir

avaler la lune, ce que la hauteur de sa taille lui permettrait presque. C'est un Normand très blond qui habite Avignon et cette anomalie a légèrement déséquilibré son intelligence. Lecoq fait des livres et des enfants. Il a dénoncé une certaine quantité d'officiers.

« Le F.'. Desmons dit ne pas savoir quel « sens il faut donner à cette phrase du F.*. Au- « bertin « intervention dans les affaires de la « Marine». LeF".'. Aubertin avait sollicité du « Conseil, qu'il fit une démarche au sujet d'une « proposition de croix, et sur la décision prise « par le ministre de la Marine de lui retirer « la parole comme conférencier de la Société « républicaine des conférences populaires, « D'après le F.-, de Lanessan,le F.*. Aubertin « n'a pas droit le moins du monde à la croix « et le retrait de parole dont il a été frappé a « été imposé au ministre par le député de « Brest: le F.'. Isnard. S'agit-il de cela? »

Ce qui suit vous démontrera que M. Desmons savait fort bien quel sens avait la question de M. Aubertin.

« Le F.'. Morin prend la parole. Il dit que le « F.'. Aubertin poursuit d'une animosité partice culière le F.*. Jaime, commandant de la dé- « fense mobile de Saint-Servan, dont le F. • . Mo-

« rin se porte garant, au point de vue de la « loyauté et des sentiments républicains. En « présence du F. • . Maréchaux et d'autres niem- « bres du Conseil, il demande au F.-. Aubertin « ce qu'il avait à reprocher au F.*. Jaime. Il « répondit qu'il l'avait desservi en haut lieu. « Enfin le F.-. Auberlin a accusé le F.*. Mo- « rin lui-même de lui avoir nui auprès du « F.-. Jaime, ce qui est entièrement faux. Le « F.*. Morin lit au Conseil la correspondance « échangée à cette occasion en Ire lui, le « F.*. Jaime et le F.*. Aubertin. Celui-ci, c/c^ijs « deux lettres, accuse le Conseil d'être à la « discrétion du ministre de la Marine. Enfin, (( invilé à se rencontrer avec le F.*. Jaime, le « F.*. Aubertin s'est dérobé et s'est refusé à (.( loule espèce d'entrevue.

« Le F.-. Blatin fait remarquer qu'en tous « cas, si le Conseil entretient des relations « avec le ministre de la Marine, cest là une « question qui doit rester secrète. La divul- (.( gation de ces relations pourrait compro- « mettre gravement les intérêts de la Francce Maçonnerie. »

C'était là, de la part de Blatin, un aveu dépouillé d'artifice. Le président du Grand Collège des Rites est, en effet, un cynique. Il ne

se gène pas devant le monde. Son cynisme ressemble à de la naïveté, mais le bonhomme est très rusé, très retors. Nul, mieux que lui, ne sait mener à la baguette une réunion de Maçons. Il a plusieurs vices, et un grand nombre de défauts parmi lesquels rinconlinence de langage. La dernière fois que j'assistai à une tenue de la L.*. Les Vrais Amis qui fut la mienne et qu'il préside, il parla de neuf heures jusqu'à minuit et, à propos de l'initiation d'un garçon épicier, il réussit à nous entretenir des poissons aveugles qui vivent dans les cours d'eau souterrains. Il y a de cela quatre ans et j'en éprouve encore une douleur sourde dans les jointures. — Signe distinctif : Blatin se teint et se maquille.

« Le F. • . Oheiii dit que la famille du F. • . Au- « bertin, qui réside à Dijon, est extrêmement « réactionnaire et cléricale. Il a vu à Dijon, à « une tenue de la Loge, ce F.-, qui a posé aux « prof.-, qui allaient être initiés des questions « suspectes et il a laissé au F.*. Obein Timpres- « sion la plus fâcheuse.

« Le F.-. Desnions pense que sileF.-.Auber- « tin se borne à ne parler que de la question « formulée par sa demande d'interpellation, le « Conseil pourra répondre comme l'a dit le

c< F.*. Blalin. Mais il ira plus loin certainement « et alors le C"nseil ne pourra pas garder le « silence. En lous cas, si ce qui se dira au « Couvent à ce sujet est connu du })ubli-, le « F.'.deLanessan se veri'a obligé de donner sa « démission du Conseil. Il l'a annoncé au « F. . Desmons.

« LeF.'.Z)^//)ie/estime qu'ilfautjout d'abord, « savoir si le Conseil accepte ou n'accepte pas « celle interpellation. Pour ne pas l'accepLer, « on peut dire qu'elle est inconstitutionnelle. Si (.( on l'accepte, le Président de l'Assemblée (1) « pourra arrêter le F.'. Aubertin dès qu'il « se livrera à des attaques et à des insinua- « lions calomnieuses contre le F.-.deLanessan. « Le Conseil peut demander la question préa- « lable, mais alors, il aura l'air de se dérober. « Il faut accepter rinterpellation. »

Dubief est aujourd'hui ministre. C'est un enfant sage et très propret. Il a bien fait ses devoirs et M. Piouvier l'en a récompensé. Avant de se consacrer au triste métier de parlementaire radical, Dubief fut directeur d'un asile d'aliénés. C'était un titre sérieux pour occuper les fonctions ministérielles auxquelles il se des-

(1) C'était M. Louis Lucipia.

tina imperturbablement pendant de longues années. Dubief est de petite taille, a une petite voix, une petite écriture, peu de cheveux : telles sont les marques distmctives de son intelligence.

« Le F.-. Desmons est opposé à la demande v^ de la question préalable.

« Le F.'. Bonnet, au contraire, croit qu'il « faut empêcher l'interpellation de se produire. « Il faut dire qu'elle est inconstitutionnelle et « antipolitique. »

M. Bonnet qui a été assez longtemps secrétaire permanent du comité exécutif du parti républicain radical et radical-sociahste est, peutêtre, le plus redoutable raseur de Paris. Il fut décoré par Combes. La politique est son unique souci et il peut, sans aucune fatigue apparente, vous en entretenir pendant quatre ou cinq heures consécutives. Il est très connu dans les couloirs de la Chambre où les moins ingambes fuient, à son approche, avec une surprenante vélocité. Il y circule, y décrit des méandres, y bourdonne, y potine infatigablement. M. Blatin et M. Bonnet, tous deux de Clermont-Ferrand, renouvellent le phénomène des frères Siamois. D'antiques liens les unissent. Qui entend Bonnet entend Blatin; mais, celui-ci, plus pratique.

consacre presque tout son temps à fabriquer un certain remède contre la gaie, qu'il appelle « onction jaune » et des poudres médicamenteuses. M. Bonnet est un honnête homme.

« Le F.', Jeanvrot ajoute que l'on peut dire « aussi qu'il s'agit de questions personnelles « étrangères à la Franc-Maçonnerie.

« Le F.'. Morin dit que si rinterpellation a « li(^ii, il faut demander que le Couvent se cens- « titue en comité secret et que rien ne soit (.( publié au procès-verbal. Il ne faut pas « craindre de dire qu'il s'agit d'affaires perce sonnelles et que l'on cherche surtout le scanda dale. Le Conseil a étudié mûrement la ques- « tion. Il faut proposer à l'Assemblée de s'en « remettre à la décision de son bureau, qui se « mettra en rapport avec le Conseil. »

Morin fut l'adversaire de M. Dausset dans le troisième arrondissement. C'est un petit homme très nerveux, qui semble toujours sous pression. Il est, en Maçonnerie, d'un autoritarisme qui contraste singulièrement avec l'attitude frondeuse qu'il affectait jadis vis-à-vis du Conseil de l'Ordre et qu'il abandonna dès qu'il fut élu membre de cette Assemblée. Tous nos libertaires sont ainsi. C'est avec une regrettable

facilité qu'ils deviennent des lyrans lorsqu'ils sont admis à participer au pouvoir.

« Le F.". Desmons pense qu'il faut laisser « parler l'interpellaleur que le président de « l'Assemblée interrompra lorsqu'il le jugera « nécessaire.

« Après quelques observations des FF.*. Bon- « net, Dubief et R.anson, le Conseil décide de « charger le F. * . Duljief de dire au Couvent que « rinterpellation dont il s'agit pouvant faire « naître des questions personnelles et d'intérêt ft privé, elle semble au Conseil inutile, dange- « reuse et inconstitutionnelle. Le F.'. Dubief « demandera ensuite à l'Assemblée générale ft la question préalable.

(c Le Conseil décide, en outre, que si l'Assem- « blée repousse la question préalable le F.*. « Morin parlera, dira qu'il s'agit d'une affaire « personnelle et lui demandera de confier à son « bureau le soin d'étudier cette question d'ac- « cord avec le Conseil. »

Le Convenl de 1901 repoussa la question préalable et ne voulut pas confier à son bureau seul l'étude de cette singulière affaire. Aussi

iiomma-t-il, pour l'examiner, une commission de 18 membres, qu'elle chargea d'entendre les accusations du F.\ Aubertin, les explications du Conseil de l'Ordre, et de donner une sanction à ce débat. — Voici le procès-verbal de cette intime et dramatique séance.

DEUXIÈME SÉANCE PLÉNIERE

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