‹ Le Grand Orient de FranceChapitre 7 sur 17 · POCHON · texte numérisé non relu

POCHON

Les mensonges de Lafferre

Lafferre est un petit professeur de Narbonne, entré par hasard dans la politique et que ses électeurs renverront bientôt à sa province. Il ne brille ni par l'esprit, ni par l'éloquence, ni par le courage. C'est une de ces personnalités effacées, grisâtres, que l'on est tout surpris de voir occuper à Paris une situation relativement élevée. Delpech, par exemple, est, lui aussi, un provincial, mais il est doué de plus d'énergie, de combativité. Cependant il abuse trop de sa ressemblance avec Michel de l'Hapital pour nous la faire à l'austérité.,

Lafferre qui a présidé le Comité exécutif du parti radical et qui dirige présentement les destinées du Grand-Orient, doit être, au fond, très surpris de sa fortune politique, et dans l'inten-

tion de la maintenir, il se contente de suivre avec une docilité moutonnière, les indications ou les ordres qu'on lui donne. Cet homme n'est pas haïssable parce qu'il n'est qu'un instrument. Lui-même n'est pas foncièrement mauvais, je crois. Intellectuellement, il est amorphe.

Quoi qu'ilèn soit, le président du Conseil de l'Ordre, — qui doit tout à la Maçonnerie, — s'est nourri dans les Loges des bons principes, et il ment avec une maestria dont Blalin pourrait être jaloux.

Le journal Le Matin l'ayant prié de s'expliquer sur les faits de délation dans l'armée, Lafferre écrivit un article tout à fait remarquable par le nombre de mensonges qu'il contient.

Afin de faciliter la lecture de ce qui suit, je mets en italique les extraits de cet article.

Je dois dire tout d'abord, dans l'intérêt de la vérité, que les loges maçonniques sont étrangères aux renseignements tournis au ministère de la Guerre; elles les ont ignorés, par la raison bien simple que Fan ne peut confier à une collectivité irresponsable et anonyme une mission d'information délicate, qui, pour être admissible, doit être loyale, et qui, pour être susceptible d'un contrôle, doit être

appuyée de la signature de F enquêteur responsable.

Les fiches n'étaient pas signées par les délateurs (sauf des exceptions extrêmement rares) et, presque toujours, étaient même retournées par eux rue Cadet, sans lettre d'envoi, conformément aux indications envoyées par le secrétariat général.

Le Conseil de FOrdre lui-même n a jamais été appelé à délibérer sur la question, et c'est le président du Conseil de F Ordre seul qui, sous sa responsabilité personnelle, s'adressait à des correspondants connus de lui, et en qui il avait confiance^ en les priant de transmettre au secrétariat général — en F espèce, M. Vadecard — les renseignements dont ils disposaient sur F attitude politique des officiers de leur région.

Le service des renseignements a fonctionné au secrétariat général du Grand-Orient d'une façon journalière, sans autre contrôle que celui de M. Vadecard qui avait reçu, en 1901, du Conseil de l'Ordre, l'autorisation d'agir ainsi. Ce service était devenu un des services normaux et réguliers de l'administration centrale. C'est M. Vadecard qui choisissait lui-même ses correspondants. Jamais ni le président, ni les

membres du Conseil de l'Ordre ne se sont occupés de celte besogne. Cependant aucun d'eux ne l'ignorait, il est inutile de le dire, et tous doivent en assumer la responsabilité entière.

i° Les corresponchnnls étnieut informés que leurs renseignements étnient destinés au ministère de la Guerre;

2"" Qaih seraient soumis au contrôle administratif le plus rigoureux, et que, par suite^ ils devaient, pour être utilisés, être puisés à des sources quil fût aisé de vérifier.

Ces renseiguements ont été fournis depuis iOOi, alors que le ministère Waldeck-Rousseau était encore aux affaires, et je puis affirmer que, depuis cette époque, le contrôle administratif a pu constater f exactitude absolue des neuf dixièmes d'entre eux.

1° Vous avez pu lire plus haut la lettre habituellement envoyée pour solliciter des renseignements. Il n'a jamais été employé que cette formule et une autre formule plus courte encore. Les délateurs étaient priés de se hàler, mais il ne leur était nullement recommandé de fournir des renseignements exacts;

2° Les renseignements fournis par le Grand- Orient n'étaient pas contrôlés administrativement. Lorsqu'un officier du cabinet d'André

s'apercevait, par hasard, qu'une fiche mensongère avait été envoyée sur un de ses camarades, c'est rue Cadet que l'on s'adressait, une seconde fois, pour contrôler, par la voie ordinaire des Loges, les premiers renseignements fournis. Il en était de même lorsque le Grand-Orient avait fourni deux renseignements contradictoires. En voici une preuve (1) :

Est-il nécessaire de fortifier cette preuve? faut-il rappeler ce passage d'une lettre (du 11 juillet 190^2) de M. Mollin à M. Vadecard ?

Comme quelques préfets sont plutôt mélinistes que radicaux, ils seront naturellement enclins à les signaler comme très corrects, même s'ils ne le sont pas du tout. C'est pourquoi le général, désireux de pouvoir contrôler les renseignements que nous avons demandés confidentiellement à la voie préfectorale en vertu de la récente circulaire de M. le président du conseil, désire que vous nous fournissiez, vous aussi, des renseignements qui nous serviront à vérifier, contrôler et recouper ceux qui vont nous être envoyés par les préfets.

Enfin je vous engage à lire la lettre ci-après. Elle nous montre que le chef du cabinet de M. André, dès 1901, faisait contrôler, lui-même,

(1) Voir cliclié pages 103 et 104.

par le Grand-Orient, l'opinion qu'il avait personnellement sur ses propres amis (1).

Il sera difficile, désormais, de soutenir que les renseignements fournis par le Grand-Orient étaient contrôlés administralivement.

On a seulement oublié de prouver que ces fiches avaient été envoyées au ministère de la Guerre sous cette forme et dans leur intégralité.

Il est, au contraire, certain que, conformément aux règles que mes prédécesseurs et moi avions tracées, certaines de ces fiches avaient été négligées ou que, tout au moins, on en avait laissé tomber ce qui était excessif ou oiseux, tout ce qui touchait à la vie privée ou à F inviolable liberté de conscience des officiers, pour n'en retenir et n'en transmettre que ce qui accusait des actes de pression cléricale et une hostilité ouverte au gouvernement de la République.

Tous les renseignements fournis, sans aucune exception, furent transmis au ministère. Aucune calomnie, aucune diffamation, aucune injure ne fut omise. La seule modification qui ait été apportée aux fiches envoyées rue Cadet

(1) Voir cliché page 105.

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