LE LIVRE PREMIER
À. — Cérémonies religieuses.
Le livre [** comprend un premier groupe de 37 chapitres, contenant la description du cérémonial observé aux fêtes ecclésiastiques. Ce groupe se subdivise en trois parties. La première comprend le chapitre 1°", où sont décrites les processions à Sainte-Sophie aux grandes fêtes. La seconde (chapitres 2 à 9) forme un recueil incomplet des réceptions et des acclamations des factions aux fêtes ecclésiastiques!. La troisième (chapitres 9 à 37) est constituée par un recueil où sont énumérées, une à une, les différentes cérémonies auxquelles la cour prenait part lors des solennités religieuses.
D’après le chapitre 1°", quand les empereurs se rendaient en grande procession à Sainte-Sophie, ils sortaient de leurs appartements, passaient par le Chrysotriclinos et par le Sigma, gagnaient le palais de Daphné et l’Augusteus, d’où ils se rendaient à la Grande-Eglise, en traversant l'Onopodion, le Consistoire, les quartiers des gardes et la Chalcé. Après avoir accompli leurs dévotions à Sainte- Sophie, ils regagnaient Daphné, le Chrysotriclinos et leurs appartements. Ce cérémonial était observé aux cinq grandes fêtes du Seigneur : Pâques, Pentecôte, Transfiguration, Nativité du Christ, Épiphanie?. Viennent ensuite une série de remarques. Ainsi, à Pâques, les souverains ne se rendaient pas directement à Sainte-Sophie ; ils allaient auparavant au triclinos des Dix-neuf lits, où était célébré le rite
1. Ce recueil n’est pas complet; à partir de la page 61, 1. 5, commence la cérémonie de Pâques dont le début est aussi perdu. V. plus haut, D 10 ns
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du baiser de paix!. D'autres notices additionnelles ont trait à la fête de la Nativité de la Vierge (8 septembre) et à celle de l'Annonciation (25 mars). Les souverains se rendaient, comme précédemment, à Sainte-Sophie, mais d’iei ils allaient au forum de Constantin et à l’église de la Vierge- Chalcopratia. Puis ils rentraient au Chrysotriclinos*. La cérémonie du Samedi saint se distinguait aussi des précédentes par certains actes religieux, qui n'avaient lieu à Sainte-Sophie qu’à cette solennité*.
Si l’on examine la liste des monuments du palais mentionnés dans ce chapitre, on y relève beaucoup d’édifices attribués à Constantin, mais aussi un édifice du sixième siècle, le Chrysotriclinos,et un autre plus tardif, le Sigma, élevé au neuvième siècle par Théophile. La cérémonie n’a donc pas été rédigée avant le second quart du neuvième siècle.
Ce premier chapitre est suivi d’un groupe de textes (chapitres 2 à 9), qui contiennent les acclamations et les réceptions des factions pendant les processions impériales. Ces chapitres paraissent, au premier abord, être un complément de la cérémonie précédente. Quatre chapitres y énumèrent les chants et les réceptions des factions, à la fête de la Nativité du Christ, à l’Épiphanie, à Pâques et à la Pentecôte (chapitres 2, 3, 4, 9). Cependant plusieurs fêtes, qui n'apparaissent pas dans le chapitre 1°", sont indiquées ici : lundi de Pâques, Antipascha (dimanche après Pâques), Mésopentecôte (mercredi de la quatrième semaine après Pâques), Ascension (chapitres 5, 6, 7, 8). Sans la
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2. Cer., I, 1, p. 26-33. Philothée mentionne aussi le 25 mars et le 8 septembre la procession impériale à l'église de la Vierge-Chalcopratia (Cer., IT, 52, p. 762, 781). La construction de l'église est attribuée à différents personnages, à Théodose II, à Pulchérie et à Justin Il; cf. Richter, Quellen, p. 154-155; Bjeljaev, Byzantina, III, p. 94 s.; Bjeljaev dans Ljetopis isloriko-philolog. ob$testva pri imperal. Novoross. Universit., II, Viz. Otdjel., 1, Odessa, 1892, p. 87-88.
3 Cer,. ll; p55-39.
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lacune signalée plus haut, on aurait ici un recueil complet des fêtes de l’année ecclésiastique, contenant la description des réceptions et le texte des acclamations pour toutes les fêtes, qui étaient marquées par une procession impériale.
Le troisième groupe de cérémonies (chapitres 9 à 35) commence à Pâques et se termine au Samedi saint. Il comprend, en outre, deux chapitres (36 et 37), la fête de l'Union de l'Église et l'énumération des vêtements portés par les empereurs aux fêtes et aux processions.
Ce dernier recueil commence parla fête de Pâques dont le début est perdu !. Du triclinos des Dix-neuf lits, où avait lieu la cérémonie du baiser de paix, l’empereur allait à l’Onopodion, passait par le Consistoire et, par les quartiers des gardes, se rendait à Sainte-Sophie ?. [l rentrait ensuite par l’Augusteus et l’Abside au Chrysotriclinos où il donnait un festin *. Ce cérémonial est conforme au type décrit au chapitre 1°. Philothée, dans son traité rédigé en 900, a noté aussi, à Pâques, la procession à Sainte-Sophie et le festin au Chrysotriclinos ‘. Le rédacteur du chapitre 94 a prévu aussi le cas où la fête de l’Annonciation tombait le jour de Pâques. Le cérémonial était un peu différent. Le basileus, avant de se rendre à Sainte-Sophie, allait à l’église de la Vierge-du-Phare. L'auteur de cette remarque ne pouvait écrire avant le règne de Constantin V, qui, au milieu du huitième siècle, construisit ce sanctuaire.
Le chapitre 10, lundi de Pâques, contient des indices , plus précis de chronologie. Le basileus sortait du palais sacré par le Triconque et se rendait à Sainte-Sophie; mais, au lieu de rentrer directement, comme le jour de Pâques, ilallait à l’église des Saints-Apôtres *, avant de regagner
es SC MERE re 2, Cer., l; 9, p- "62-63.
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…Cer., Il, 52; p-1765-767. | | . Cette église fut construite par Constantin; cf. Richter, Quellen,
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le Chrysotriclinos parle Triconque !. La cérémonie, où le Triconque est mentionné à deux reprises, n’a pas été rédigée avant le second quart du neuvième siècle. Mais on peut ici préciser davantage. À l’église des Saints-Apôtres, l'empereur allait prier devant les tombeaux de Jean Chrysostome, de Grégoire de Naziance, de Constantin et devant ceux des patriarches Nicéphore et Méthode *, qui moururent, le premier en 829, le second en 847. Deux notes additionnelles terminent le chapitre. La première envisage le cas où la fête de l’Annonciation tombait le lundi de Pâques. La seconde mentionne un changement apporté par Léon le Sage à la célébration de la fête. Au lieu de se rendre d’abord à Sainte-Sophie, puis aux Saints-Apôtres, l’empereur Léon VI se rendait directement à cheval aux Saints-Apôtres. Et, ajoute le texte, cette habitude fut observée par la suite *. Philothée, dans son traité composé sous le règne de Léon le Sage, confirme cette innovation‘. À cette époque, le nouveau type de cérémonie était déjà passé dans la pratique. Le chapitre 10 a donc été rédigé après l’année 847, date de la mort de Méthode, et avant le mois de septembre de l’an 900?.
Les autres jours de la semaine de Pâques étaient fêtés par d’autres solennités. Le mardi (chapitre 11), la procession impériale quittait le Chrysotriclinos, passait par le Lausiacos, le Justinianos, les Skyla et l'Hippodrome pour
p. 101 s.; Bjeljaev, Byzanlina, II, p. 138. Elle ne doit pas être confondue avec l’église du palais.
1, Cer., I, 10, p. 72, 84. Le canon de la Grande-Église, contenu dans le ms. 266 de la bibliothèque de Patmos (dixième siècle), mentioune aussi, au lundi de Pâques, l'anniversaire de la mémoire des Apôtres. La procession se rendait de Sainte-Sophie aux Saints-Apôtres. Cj. Dmitrievskij, Opisanie, t. I, p. 137.
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3 Cer.. 1 10 p- 85-86,
5. Bjeljaev, Byzantina, Il, p. XXXVIIT, pense que ce chapitre a été rédigé plutôt sous le règne de Basile I* ou de Michel II que dans la première partie du règne de Léon VI. M. Bury, Cerem. Book, p..426-127, estime plus probable la rédaction du chapitre sous le règne de Michel III que sous celui de Basile Ier.
se rendre à l’église de Saint-Serge !. Elle revenait ensuite, par le même chemin, à la salle du trône où l’empereur donnait un banquet. Philothée, au dixième siècle, mentionne aussi ce banquet, mais, d’après lui, la procession avait lieu à l’intérieur du palais ?.
Pour les autres jours, les témoignages de Philothée et du livre des Cérémonies concordent. L’atricline signale, en effet, une procession à l’intérieur du palais et un festin au Chrysotriclinos *. Ces usages sont confirmés par les chapitres 12, 14, 19. Les personnages, qui devaient assister à la cérémonie au palais, entraient par le triclinos de Justinien “. La cérémonie avait lieu au Chrysotriclinos et se terminait par un festin ?.
Pour la fêle de l’Antipascha, premier dimanche après Pâques, les témoignages de Philothée et du livre des Cérémonies sont divergents. D'après le chapitre 16, les personnages qui devaient prendre part à la procession entraient au Justinianos. Les souverains se rendaient à l’Augusteus, d’où ils allaient en procession à Sainte- Sophie 5. Or, d'après Philothée, en 900, l’empereur ne se rendait pas à Sainte-Sophie, mais à l'église des Saints- Apôtres *. Ce renseignement est confirmé par une scolie ajoutée au chapitre 16. D'après cette note additionnelle, l’empereur, le dimanche de l’Antipascha, allait directement à cheval aux Saints-Apôtres $.
1. L'église des Saints-Serge-et-Bacchus, la moderne Kutchuk-Aya-Sofia, fut construite par Justinien; ef. Richter, Quellen, p. 3128.
2. Cer., II, 52, p. 769. Le canon de la Grande-Eglise indique au mardi de Pâques la mémoire de la Vierge Chalcopratia; cf. Dmitrievskij, Opisanie, t. I, p. 138. L'usage ecclésiastique diffère ici de l'usage de la cour. De même, le mercredi de Pâques, on célébrait la mémoire de la Vierge aux Blachernes (cf. Dmitrievskij, ibid., p. 138). D'après le livre des Cérémonies, l'empereur restait au palais.
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Le chapitre 64 du livre [* mentionne un usage différent. D’après ce texte, le soir du dimanche de l’Antipascha, lorsque le basileus revenait de Saint-Mokios, les factions faisaient chacune une réception dans leur phiale !. Au moment où ce texte a été rédigé, l'empereur n’allait pas en procession à Sainte-Sophie ni aux Saints-Apôtres, mais à Saint-Mokios ?. Le passage suppose, d'autre part, lexistence au palais de deux phiales ; et l’on sait que les réceptions des factions dans leur phiale cessèrent sous Basile Ie 3, Ainsi, jusqu'à la suppression des deux phiales par Basile le Macédonien, les empereurs se rendaient, à l'Antipascha, à Saint-Mokios. En goo, sous Léon VI les empereurs allaient en procession aux Saints-Apôtres. Le chapitre 16, qui décrit la procession à Sainte-Sophie, a pu être rédigé dans cet intervalle, soit sous le règne de Basile 1°, après la destruction des phiales, soit sous le règne de Léon VI, avant l’an 900. Mais l'hypothèse d’une rédaction plus tardive ne doit pas être écartée. Il est possible que la procession à Sainte-Sophie, le jour de l’Antipascha, représente un usage postérieur.
Le chapitre 17, où est décrite la cérémonie de la Mésopentecôte, qui tombait le mercredi de la quatrième semaine après Pâques, contient aussi quelques indices chronologiques. Ce jour-là l’empereur, passant par l’église du Seigneur, sortait du palais par la Chalcé et se rendait à cheval à l’église de Saint-Mokios ‘, Il rentrait au Chrysotriclinos par la Chalcé, l’église du Seigneur et le Triconque 5. Cet usage était encore observé en l’an 400, sous Léon le Sage. Mais le 11 mai 903, jour de la Mésopentecôte, un attentat fut commis contre l’empereur et, depuis lors,la procession