CHAPITRE XL VIL Quelques circonstances remarquables après sa mort
Dans tout ce que je viens de dire de la vie pénitente de M. de Quériolet, Je ne prétends pas le déclarer saint ou bienheureux; je sais que la connaissance de sa sainteté est un secret réservé à Dieu-seul, et que sa publication et canonisation doit êlre l'ouvrage de l'Eglise. Je sais aussi que par des secrets ressorts de sa providence, Dieu la tient souvent cachée pendant des siècles entiers, et que même il réserve jusqu'à la fin du monde la manifestation de la sainleté de ses serviteurs. Mais je ne laisserai pas de faire connaître quelques signes qui ont paru après sa mort ; et qui témoignent qu'il y a quelque chose de grand et de rare que nos yeux ne sauraient encore découvrir.
Le premier de ees signes est , qu'il demeura toujours le visage aussi frais, ot avec un vermillon plus agréable, qu'il n'avait eu pendant sa vie nonobstant une maladie très-violente de dix-huit à vingt jours , qu'il demeura sans pouvoir prendre presqu'aucune nourriture. Tous ceux qui as^^istèrent à ses funérailles en furent témoins , et ceux qui y prirent garde de plus près , crurent que cela r.e pouvait se faire sans miracle.
Le second est qu'il avait tous les mouvemens du cou , des bras , et des autres parties du corps, aussi souples trente heures après sa mort qu'il fut gardé , que s'il eût été encore envie et en bonne santé.
La troisième est la commune voix du peuple qu'on dit communément être celle de Dieu même qui le canonisait déjà tant par paroles , que par plusieurs sentimens de vénération que chacun lui témoignait. Car il n'y eut personne qui ne souhaitât avoir quelque relique de lui , ou au morns de faire toucher des chapelets à son corps , dont quelques-uns sentirent dès le même jour des effets tous miraculeux pour la gue'rison des malades.
Je n'entreprendrai pas ds faire une longue et entière narration des effets de ses prières pendant sa vie, et des grâces particulières que quelques-uns croyent pieusement avoir obtenues par les mérites de ses intercessions après sa mort : l'une et l'autre assistance a paru par la santé obtenue à des personnes dans des maladies très-dangereuses, et par la facilité que d'autres ont ea de recevoir les derniers Sacremens avant sa mort , ce qui semblait humainement impossible.
Je ne raconterai point trop longuement qu'une femme qui avait été pendant deux ou trois ans entre les mains des chirurgiens et des médecins, pour se faire traiter de quelques maux aussi dangereux que douloureux, sans recevoir aucun soulagement , son mal , au contraire,empirant tous 'es jours, a été guérie en moins de vingt-quatre heures, par les prières, et après une messe dite par ce saint Prêtre. Elle l'avait cherché longtemps, sans pouvoir l'aborder, jusqu'à ce qu'il la trouvât couchée sur un grabat dans un hôpital , à ce qu'elle m'a dit elle-même 5 et la confiance qu'elle avait en ses prières était si grande, qu'elle ne doutait point de recouvrer entièrement sa santé , s'il voulait les employer auprès du Tout -Puissant médecin de
( 306 ) nos âmes et de nos corps. J'ai été témoin oculaire d'une partie des maux, qu'elle souffrait, et je sais de quelques médecins qu'ils étaient humainement incurables.
Lne autre femme dequa'ilé, après avoir été quatre ou cinq ans si incommodée de maux de jambes, qu'elle ne pouvait marcher hors la chambre , étant obligée de se faire porter en chaise à TEglise pour entendre la messe, quoiquelle n'en fût pas beaucoup éloignée , s'avisant pour dernier remède d'invoquer rintercession de notre bon prêtre , qu'elle avait fort connu pendant sa vie , et de faire vceu de se faire porter à son tombeau, elle se trouva à son retour toute soulagée, et dans la liberté de ses jambes pour marcber seule et sans appui. Sa confiance était que , comme il avait plus travaillé et fatigué ses jambes par tant de longs et pénibles voyages qu'il avait faits, Dieu pour partie de sa récompense soulagerait par ses intercessions ceux qui en seraient incommodes. C'est le rapport que m'en a fait un ecclésiastique instruit et pieux , et qui a même quelques dignités dans l'Eglise.
L'ue fille qui était venue de plus de vingt lieues visiter son tornbeau , me dit qu'elle avait reçu une grâce presque pareille , s'étant vouée à lui , sur un ferait qui courait qu'il faisait des miracles , ayant été aussi guérie d'un mal de jambes qui l'empêchait de r/i archer.
Les démons, dont Dieu s'était servi comme d'instrunaens pour sa conversion et sa pénitence, ayant voulu taémc par une condinte toute extraordinaire , les tenir presque toujours à ses côtés, pour l'exercer continuellement, n'ont cessé depuis »a mort de le
( 307 ) proclamer l)ipnLeurcux, commrnçant dès le jour que son corps fut inhume. Ils ont continue depuis dans des exorcismes solennels et approuvés , où une fille potisedée , <^ui avait demeure cliez lui de son vivant , a été' puMicjiicmeiil délivrée du démon qui la possédait. Elle a dit plusieurs fois qu'il priait Dieu dans le Ciel pour elle et pour toutes les peraonnes qui sont dans la même aflliction.
Quelques-unes de ses reliques qu'on a appliquées dans les exorcismes ont produit les mêmes effets qu'on allr.bue aux. choses saintes et bénites j les démons ont spécifié et particularisé les choses qu'on appliquait sur la possédée , sans qu'elle ni autre personne en eût aucune connaissance. C'est l'épreuve qu'en a faite et le fruit qu'en a retiré un des plus zélés et des plus sages ecclésiastiques que toute la Bretagne cormaît pour les grandes obligations qu'elle lui a.
Plusieurs personnes de toutes sortes de conditions, clercs et laïques sont venues visiter son tombeau avec beaucoup de dévotion, et s'en sont retournées dans une grande consolation. Je connais un prêtre trèsvertueux qui y vint quinze jours après sa mort , pour des motifs très-pressans. Comme il avait reçu de sa charité et de son zèle quantité d'assistances spirituelles pour sa conduite, il a la croyance qu'il est pour lui un plus puissant avocat dans le Ciel , c'est un des patrons qu'il invoque davantage comme les Théologiens permettent d'invoquer ceux qui ont vécu dans une très-grande piété.
Un homme de qualité de la province d'Anjou, étant tombé grièvemeut malade et en danger, sans pouvoir r«eeroir aucun soulagement p&r les ordonnances et
( S08 ) les remèdes des médecins, une vertueuse dame qui le connaissait, pour avoir eu une grande liaison et beaucoup de respect pour M. de Quériolet, fit vœu pour lui d'aller visiter son tombeau , si Dieu lui rendait la santé , aussitôt il l'obfint et il vint accomplir son vœu avec beaucoup de fidélité , après avoir recouvré de Dieu les forces nécessaires pour ce voyage. J'ai vu une fille très-vertueuse dans une ville du Maine, qui , après avoir passé plusieurs mois sans pouvoir dormir un seul moment, se recommanda à M. de Quériolet , dormit et se reposa si bien la nuit suivante, qu'elle se trouva le lendemain à son réveil coucbée sur le même côté sur lequel elle s'était endormie le soir , sans s'être éveillée un moment pendant toute la nuit. Elle me montra des reliques de srs habits , quelle lui avait coupés par adresse.
Elle n'a pas été la seule personne qui lui ait fait ce pieux larcin; pU\siours autres !ui ont coupé de ses babits et s'en sont servis, ce dont ils ont obtenu d'heureux effets même pendant sa vie.
J'ai appris de quelques personnes de condition , qu'elles avaient eu des désirs très-violens de s'habiller en pauvres et mendiantes, afin d'avoir uue facile entrée dans sa maison et de poovoir entendre ses saints entretiens. Nous avons parlé dans cette histoire des guérisons subites, et qui tiennent du miracle, qu'il a faites en plusieurs rencontres , les accidens qu'il a prévus et prédits qui semblaient surpasser toute connaissance et prévoyance humaine , et tout cela seulement comme de simples échantillons de ses admirables vertus et de ses intercessions très-puissantes auprès de la divine bonté.
Sf
( 309 ) iVous esperoas que Dieu qui veut être glorifie dans
îs samts , particulièreniont en ceux dont la vie a paru comme un miracle de pénitence publique et de charité extraordinaire envers les pauvres, fera connaître par d'autres signes dans la suite des temps , à son Eglise et aux lidèles, les mérites et la sainteté de ce grand et incomparable serviteur de Dieu.
Je n'en veux pas dire davantage , soumettant tout ce que j'ai dit au jugement et à la correction de notre Mère la sainte Eglise Catholique , Apostolique et Romaine.
VIRGINISQUE DEIPAEJS MARI^.