CHAPITRE PREMIER
Sa naissance.
Celui dont nous décrivons la vie pénitente et exemplaire, était finançais de nation, natif de la province de Bretagne.
Il vint au monde en l'année 1602, le 14 juillet, dans la ville d'Auray, qui est un lieu très-reconimandable, tant par son ancienne piété qui parait dans un grand nombre de chappelles dévotes qui l'environnent, comme autant de saints remparts et bastions} que par sa belle situation, avantageuse pour le commerce et pour les autres commodités de la vie humaine : ce qui fait qu'elle a été autrefois la demeure et le lieu de plaisance des anciens ducs de Bretagne. Cette ville a eu l'avantage de lui servir de berceau et de lieu de naissance.
Son père s'appelait Olivier le Gouëllo , et sa mère Anne Quido. Les charges et les offices que ceux de sa famille ont depuis long-temps exercés, et qu'ils possèdent encore à présent, tant au parlement de Bretagne, en la chambre des comptes , qu'à la cour au-
( 12 ) près de Leurs Majestés , servent de te'inoignages authentiques de sa noble et illustre extraction.
Ajant eu pour parrain Pierre le Gouëllo , sou oncle paternel , le nom de Pierre lui fut donné aux saints fonts du baptême : et comme ce grand apôtre est la pierre fondamentale de l'Eglise, et la colonne de la foi clablie par Jésus-Christ , ce grand saint, au- (]uel il avait une dévotion particulière, lui obtint un don de foi rare et extraordinaire, ainsi que nous verrons dans la suite de sa vie , Dieu qui préside à tous les momens de notre vie, et particulièrement à celui de notre naissance et de notre mort , ne manqua pas de lui députer uu de ses anges pour sa garde et pour sa conduite.
L'Église qui enseigne celte conduite générale delà divine providence à l'égard de tous les hommes, n'a point déterminé de quel ordre ou de quelle hiérarchie sont ces anges gardiens et tutélajres. Le sentiment commun des thcoïogieiis est qu'ils sont du dernier* ordre et de la dernière hiérarchie : mais puisque •Tésus-Christ même, qui est l'ange du grand conseil, et le roi de tous les anges, a bien daigné rendre aux hommes des services des plus abjects, et jusqu'à souffrir pour eux une mort ignominieuse : je ne crois pas avec plusieurs excellens tbéologiens , qu'il y ait aucun inconvénient de dire que Dieu peut députer et députe quelquefois à la garde des grands hommes des anges des plus hautes hie'rarchies.
Plusieurs passages de l'Ecriture sainte et quantité d'exemples de la vie des saints ( qu'il serait trop long de rapporter), semblent assez le prouver : et pour venir à notre sujet, on ne doit pas trouver étrange ,
( «3 ) S) examinaut quel a c'tc l'ango tutélaîro de Pierre le Gouëllo , je me sers du témoignage du père du nien- Eonge : car quoique de lui-même il ne clierclie qu'à faire du mal , et à séduire les hommes, loutefois, par la puissance de l'Eglise il a souvent dit la ve'rite'. Nous le voyons à l'égard de notre converli et pénitent; car il lui déclara manifestement les périls humainement inévitables dont il avait été préservé : lui prophétisa , par un ordre extraordinaire de Dieu, la suite de sa vie , lui spécifiant une grande partie des tentations qu'il devait souffrir , et les victoires qu'il en remporterait , par ses résolutions, et par les vœux extraordinaires qu'il ferait à Dieu de la plus haute perfection.
Cet esprit de mensonge ainsi forcé de dire la vérité , assura par plusieurs fois , comme nous verrons ci-après, que Pierre le Gouëllo avait pour Ange gardien un Chérubin : et que ce serait cet ange qui le conserverait dans les dangers de sa vie. Aussi étant T«nuau monde le jour de saint Bonavenlure, nous pouvons dire qu'il est né sous les auspices d'un chérubin en lumière, et d'un séiaphin en amour.
Dieu qui mit autrefois un chérubin pour garder l'entrée du Paradis terrestre, voulut mettre une pareille garde à la porte du cœur, et à la garde du salut de son serviteur.
\vvv/vxv\vvvvvvvvvv\vvvwvvvvvvv\v\vvvvv\Aa%%vvvvv\vvvvvviavvvvvvvvv\\.vv^^