‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 116 sur 289 · Plularque, Vie de Caton min., ch. xlii · texte numérisé non relu

Plularque, Vie de Caton min., ch. xlii

le fait de leurs efforts réunis ; et il n'eut pas conscience qu'il se traînait à la remorque de César; il croyait même le surpasser en finesse. Le consulat et les autres élections en sa faveur lui ouvrirent une voie destinée à l'élever encore davantage, et il ne perdit point de temps. Quel que fût le degré de sa vanité, il ne pouvait cependant pas se défendre de la remarque que jusqu'à ce jour il avait fait nombre de faux pas, que le proconsul des Gaules, au contraire, s'élevait avec sécurité et bonheur, et qu'il fallait l'imiter.

A la suite des différentes élections qui avaient eu lieu, les deux triumvirs commencèrent l'exécution de leurs plans. Ils ne parlaient point d'eux dans le Sénat ni devant le peuple, et firent semblant de ne rien demander pour eux. Pompée fit parler pour lui le tribun du peuple Caïus Trébonius. Le Sénat s'était bien gardé d'assigner les provinces avant l'élection consulaire, ainsi que cela devait se faire légalement, parce qu'il ignorait s'il les donnait à des amis ou à des ennemis. 11 avait été convenu, dans les conférences de Lucques, qu'il serait permis à César d'augmenter de beaucoup son armée, que Crassus obtiendrait l'administration de la Syrie avec une armée considérable, et Pompée l'Espagne, avec des forces importantes. Tout cela était convenu depuis longtemps entre Crassus, César et Pompée; celui-ci feignit néanmoins de ne pas vouloir de province, et il alla même jusqu'à en refuser plusieurs qui lui furent offertes. On savait que la rogation de Trébonius avait été concertée d'avance : elle consistait à demander pour Crassus le gouvernement de la Macédoine et l'administration de la Syrie, pour Pompée le gouvernement

d'Afrique et l'administration des deux Espagnes. Le commandement donné à Pompée et à Crassus devait leur être conservé pendant cinq ans, et tous deux devaient pouvoir lever autant de troupes qu'ils le jugeraient nécessaire, etc. Cependant Pompée se donna les airs de se laisser presser en acceptant la province d'Espagne. César seul récolta plus que quiconque à cette époque. Pompée se rendait méprisable, Crassus était détesté depuis longtemps, et se fit encore haïr davantage par la manière dont il sortit de Rome lors de sa campagne contre les Parthes. César seul augmentait d'année en année sa considération, sa gloire, sa puissance et son renom militaire.

Trois hommes voulaient donc se partager entre eux l'empire romain. L'aristocratie restait muette, avait peur et se décourageait. Mais Marcus Favonius, sénateur, n'en demanda que plus audacieusement la parole. Caton le poussa en avant no,n pour prévenir le peuple du danger, car il savait qu'il n'y avait rien à attendre de raisonnements qu'on lui ferait, mais il le poussa en avant pour empêcher le vote par un long discours. Caton et Favonius étaient soutenus par les deux tribuns C. Atéius Capeto et P. Aquilius Gallus. Favonius, auquel le tribun Trébonius n'accorda la parole que pour une heure, la perdit en récriminations sur la brièveté du temps. Caton obtint deux heures pour parler au peuple, mais selon son habitude il employa son temps à des récriminations sur l'état de la République, et les deux heures s'écoulèrent sans qu'il eût abordé son sujet principal. Quand on lui enleva la parole il continua donc son discours et lorsqu'on l'eut emporté de l'assemblée,

il revint et ne fut pas plus docile quoiqu'on ordonnât de le conduire en prison 1 . On ne l'y renferma pas cependant, parce qu'il était accompagné d'un grand nombre de ses partisans et de ses amis et qu'il n'était pas prudent de faire plus de bruit. Mais le but de Caton fut atteint. La journée se passa sans que les tribuns du peuple pussent parler. 11 faut savoir que dans toutes les assemblées populaires où un sujet était discuté, les simples particuliers avaient la parole avant les membres du gouvernement. Gallus, qui craignait qu'on ne le laisserait pas arriver au Forum le lendemain, ou qu'il pourrait lui arriver pire encore, se rendit le soir dans la curie et y passa la nuit, tant parce que ce lieu lui paraissait sûr que pour pouvoir dès le lendemain matin se trouver au milieu du peuple. Trébonius,de son côté, fît fermer à clef toutes les portes de la curie, en sorte que Gallus fut obligé d'y rester la nuit et même une partie de la journée du lendemain. D'autres, qui avaient pris possession du Forum pendant la nuit, empêchèrent Atéius, Caton et Favonius d'y pénétrer. Quand Favonius et Lucius Ninnius Quadratus trouvèrent moyen d'y entrer, Caton et Atéius montèrent sur les épaules de ceux qui les entouraient, et s'écrièrent de là qu'ils lisaient dans les signes du ciel le courroux des dieux. Tous deux furent chassés par les valets des tribuns, et les autres qui étaient avec eux furent blessés, quatre furent; même tués*. Des surexcitations eurent lieu dans le peuple ;

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