‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 118 sur 289 · Cicero, ad Famil., I, ix · texte numérisé non relu

Cicero, ad Famil., I, ix

vers Pompée, il sentait un tel entraînement \ers lui, que tout ce que celui-ci désirait et tout ce qui pouvait lui être utile, lui paraissait juste et vrai. L'opposition était en outre inutile; la dignité consulaire était anéantie, il ne restait donc plus qu'à appuyer Pompée ou à se taire, ou bien encore à se consoler par l'étude des sciences. On le vit donc au mois de février dans la maison et dans la suite des consuls, ensuite il se rendit dans ses villas ; au mois d'avril il reçut une visite de Pompée à Cumanum, dont les égards, témoignage de reconnaissance pour sa retraite, ne pouvaient que le blesser. Plus tard, pour une affaire qui concernait Milon, Cicéron vint à Rome pendant un court espace de temps sans toutefois assister aux séances du sénat, ainsi qu'aux jeux que donna Pompée à l'occasion de la consécration du théâtre qu'il avait fait bâtir. Ensuite il se retira à la campagne où il vécut isolé, sincèrement réjoui, ainsi qu'il l'écrivait de son Tusculum à Atticus, de ne point prendre part aux discussions dans la curie. Le mariage de Milon et la perspective do l'assemblée des comices le ramenèrent à Rome vers le milieu de décembre, au moment où Crassus, encouragé par César dans sa résolution d'attaquer les Parthes, l'avait déjà quitté pour se rendre en Syrie.

César se rendit à son armée dans les Gaules plutôt que d'habitude, pour ouvrir une campagne qui n'offrit point de grandes batailles et qui n'eut d'autres conséquences que de maintenir la Gaule contre les Germains, campagne qui, vue de loin, jetait néanmoins plus d'éclat que les précédentes. César pouvait quitter l'Italie à cette époque sans danger, puisque Pompée et Crassus, ses

mandataires pour la paix, agissaient pour lui et dans son intérêt à Rome ; ces deux hommes, par rapport à leur antagonisme et à leur rupture avec l'aristocratie, ne devaient naturellement pas désirer qu'elle rappelât pour le moment le proconsul de ses provinces. Ce dernier, de son côté, ne devait pas rester inaclif; il devait se maintenir dans le souvenir du peuple oublieux, au moyen d'actions extraordinaires et pour ainsi dire inouïes, fonder ensuite une confiance inébranlable dans sa sagesse et dans son bonheur au sein de ses légions. A tout prix il fallait la guerre, la guerre toujours. Son flambeau semblait éteint dans la Gaule; un petit nombre seulement de tribus sur les côtes de la Belgique et au pied des Pyrénées, étaient restées libres : mais la Germanie était en fermentation et une partie de sa population envahissait de temps à autre la rive gauche du Rhin.

Sur la rive droite, les Usipètes et les Tencthères, étaient depuis longtemps refoulés par lesSuèves; à la longue, ils ne purent plus résister, et émigrèrent au nombre de quatre cent trente mille, avec armes et bagages, sur la rive occidentale du Rhin 1 . Après avoir erré pendant trois ans, ils arrivèrent enfin au point où le Rhin se bifurque et sur les rives habitées par les Ménapes, qui traversèrent le fleuve en fuyant chez leurs frères, au lieu de la défendre. Les Germains manquaient de vaisseaux : par une ruse, une retraite simulée, ils rappelèrent l'ennemi sur son ancien territoire; mais

I. César, Guerre de* Gaules, 1. IV, ch. xv. — Appicn, Histoire roimuioce/liquc.

HISTOIRE DE OÉSAK.

tout à coup ils firent volte-face. Leur victoire fut facile, et, se saisissant des vaisseaux ennemis, ils firent une apparition dans la partie occidentale du territoire des Ménapes, où ils trouvèrent des subsistances en assez grande quantité pour passer l'hiver. Au moment où César accourut en toute hâte auprès de son armée, il apprit, qu'à la prière de quelques peuples gaulois, ces Germains avaient traversé la Meuse, et étaient arrivés chez les Éburons et les Condrusiens. Sans manifester de méfiance, César augmenta ses forces par un corps de cavalerie gauloise, et s'empressa d'aller au-devant des Germains. En route, il rencontra leurs députés, qui lui apprirent qu'on les avait expulsés, soi-disant de leur patrie, qu'ils ne feraient point les premiers la guerre au peuple romain; qu'ils ne refusaient cependant pas de combattre, si on les attaquait ; que c'était une coutume que leur avaient transmise leurs ancêtres, de résister à quiconque les provoque, et non de recourir à des prières. Ils déclarèrent qu'ils étaient venus contre leur gré, que si les Romains voulaient acquérir leur amitié, elle pourrait leur être utile; qu'on leur assigne des terres ou qu'on leur laisse la possession de celles qu'ils ont acquises par les armes. Sauf les Suèves, il n'était sur la terre aucun autre peuple dont ils ne pussent triompher 1 .

César répondit à ce discours qu'il n'y avait point dans la Gaule de terrain vacant que l'on pût donner sans injustice; ils leur serait loisible, s'ils le voulaient, de se fixer chez les Ubes, dont les députés étaient venus auprès de lui se plaindre des outrages des Suèves et réclamer

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