‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 137 sur 289 · César, Guerre des Gaules, 1. V, ch. xxix · texte numérisé non relu

César, Guerre des Gaules, 1. V, ch. xxix

HISTOIKK DK CKSAH.

étaient venus pour demander du blé. On ne soupçonna leurs menées que le jour où, bien armés, ils parurent devant le camp romain. Leur tentalive de s'en rendre maîtres échoue : les lieutenants cherchent à les conduire en rase campagne. Ambiorix dit aux envoyés romains qu'il les avait demandés pour les entretenir d'objets d'un intérêt commun; qu'il devait beaucoup à César, que c'était lui qui l'avait délivré du tribut qu'il payait jusqu'alors aux Aduatiques, ses voisins; qu'il lui devait également la liberté de son fils et de son neveu, retenus en otage par les mêmes Aduatiques; que la multitude l avait contraint d'assiéger le camp des Romains; qu'il s'agissait d'un projet commun qui était d'attaquer un même jour à la fois tous les quartiers de César ; que de nombreuses troupes de Germains avaient passé le Rhin; qu'on devait par conséquent retirer les soldats de leurs quartiers pour les joindre à ceux ou de Cicéron ou de Labiénus; qu'il croyait avoir servi son pays et qu'il voulait reconnaître les bienfaits de César.

A ces paroles, les deux lieutenants crurent devoir tenir un conseil de guerre; Aurunculéius Cotta et plusieurs autres officiers ne voulurent pas s'éloigner sans les ordres de César; ils pensaient qu'on pouvait résister aux Germains dans les quartiers retranchés; que le dernier combat le prouvait assez; qu'on ne manquait pas de vivres; que rien n'était plus honteux que de prendre conseil de l'ennemi 1 . Titurius fut d'un autre avis : il dit qu'il considérait l'avis en lui même et non l'ennemi qui le donne; que César était vraisemblable-

l. César, Guerre de» Gaules, 1. V, ch. xxvii, xxvm, xxi\.

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ment en route pour l'Italie; que l'attaque des Éburons témoignait que l'ennemi avait une réserve considérable de troupes; que César était à une grande distance, qu'il n'y avait point à compter sur des secours, que si toute la Gaule s'était unie aux Germains il n'y avait de salut que dans la célérité. Le débat se prolonge jusqu'à minuit entre Titurius et Cotta; celui-ci, ébranlé, se rend.

À la pointe du jour, les Romains sortent du camp et on se met en route sur une longue file, avec un nombreux bagage et sans avoir fait aucun préparatif pour combattre. Avant trois jours on espérait, en se dirigeant à l'ouest, atteindre le camp de Cicéron ; il était situé à une distance de cinquante mille pas et le plus proche de tous. Quand les Romains furent engagés dans une vallée profonde après avoir fait deux mille pas, l'ennemi se jeta sur eux d'une embuscade où il se tenait caché, attaqua l'arrière-garde, arrêta l'avant-garde et engagea le combat. Titurius, qui n'avait pourvu à rien, se trouble; mais Cotta, qui avait pensé au danger de se mettre en marche, resta de sang-froid, parce que les événements ne le surprirent pas. C'était un homme très-àgé et d'une grande expérience. On abandonna les bagages et on se tint en cercle. On cherche à se frayer un chemin par les armes; mais les Éburons combattaient de loin et accablaient les Romains de leurs traits. On avait combattu toute la journée. Les principaux officiers romains sont tués ou blessés. Cotta est atteint d'un coup de fronde au visage. Effrayé du désastre, Titurius demande une entrevue à Ambiorix. Elle fut accordée. Titurius et les officiers qui l'accompagnaient

sont d'abord désarmés, puis mis à mort. Après la mort du commandant romain, les Courons se précipitent sur ses troupes et les mettent en complète déroute, L. Aurunculéius Cotta est tué, les armes à la main, et avec lui la plus grande partie des soldats romains. Le reste put se retirer dans le camp d'où Ton était sorti : ils y soutinrent avec peine un siège jusqu'à la nuit, et cette nuit même, dans leur désespoir, ils se tuèrent tous jusqu'au dernier. Toute la division fut anéantie. Un petit nombre de soldats seulement purent s'échapper et allèrent instruire Lahiénus de ce désastre. Cicéron à son tour fut attaqué. Renforcés par la levée des Adualiques qui saisirent l'occasion de rendre à César tout le mal qu'il leur avait fait, par les puissants Ménapiens restés indépendants, les Éburons parurent dans le territoire des Nerviens qui s'étaient immédiatement joints à eux, et l'armée patriote, arrivée au nombre de soixante mille combattants 1 , s'avançait vers le camp romain. Les Romains résistent; mais les Gaulois, qui avaient appris de l'armée de César à creuser des fossés, à élever des remparts, à se servir de tours mobiles, de claies, de manlelels, etc., ne cessaient de lancer des boulets d'argile rougis au feu et des dards enflammés sur les toits de paille et de chaume des baraques du camp romain. Le seul espoir des assiégés était dans César, mais César ne recevait pas les dépêches que Cicéron lui envoyait. Alors un traître à sa patrie, un autre Épialtès, un nommé Verlicon, Nervien de naissance, fait porter une lettre à César par un de ses esclaves, et la lettre arrive

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