‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 16 sur 289 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avec la sauvegarde de l'unité dans la multiplicité, c'est-àdire la liberté avec une aristocratie, donnant et pouvant donner des garanties d'intelligence, de vertu, de noblesse d'âme, sécurités de communion que n'offre nullement une multitude sans rapports réciproques, autres que ceux de l'individu à l'individu. Qu'on se souvienne que c'est la noblesse grecque qui a produit toutes les magnificences de la Grèce. Et enfin , que fait le nom de la chose si la chose est bonne, et si elle concourt au bonheur et au bien-être des hommes? Aussi, sous son administration, n'y eut-il point d'émeutes, point de révoltes, point d'attentat contre la vie du grand dictateur. Le peuple voyait que la tranquillité et la prospérité étaient rétablies à l'intérieur, et qu'à l'extérieur régnait la paix. Trois ans avaient suffi pour panser les plaies, pour obvier aux désordres et aux maux amenés par Marius et Cinna.

Sylla ne flattait aucun parti; il ne craignait pas le peuple, parce que le peuple savait que, malgré sa sévérité absolue, le dictateur était juste. N'ayant pas lieu de craindre le peuple, il regardait comme inutile de le flatter. En voici un exemple :

En l'année 8i, Lucrétius Ophella, un des généraux de Sylla, celui-là même qui conquit Praeneste et vainquit le jeune Marius, brigua le consulat sans avoir été ni questeur ni préteur, malgré la défense formelle de Sylla. Au moment où il quêtait les votes des citoyens, le dictateur le fit tuer par un centurion dans le forum. C'était le châtiment qu'il réservait à la désobéissance aux lois. Le peuple avait bien donné droit de vie et de mort à Sylla ; le peuple cependant saisit le centurion et l'amena devant le tribunal du dictateur, dans le temple des Dioscures, d'où Sylla

avait surveillé lui-même l'exécution de ses ordres. La foule éleva de grandes clameurs; Sylla lui imposa silence et lui fit connaître que l'oflicier avait agi d'après son commandément, parce qu'Ophella lui avait désobéi. Et à cette occasion, il raconta à la multitude l'anecdote que voici : « Pendant qu'un laboureur travaillait à son champ, il fut mordu par des poux; deux fois il laissa là sa charrue pour nettoyer ses vêtements. Mais lorsqu'il eut été mordu une troisième fois, il les jeta au feu aGn de ne pas être importuné davantage. » Et Sylla ajouta : « Je préviens en même temps ceux qui ont été par moi vaincus deux fois, pour qu'ils ne me forcent pas, la troisième fois, de les livrer au feu.»

Nous verrons bientôt ce que fut Sylla comme législateur. Mais dès a présent, nous dirons que la législation de Sylla est ce que Rome a de plus grandiose et de plus ample, en fait de lois et de jurisprudence, à offrir après les douze Tables. Les lois Cornéliennes, conçues avec une sagesse et une intelligence remarquables, sont passées en grande partie dans les Pandectes de Justinien et forment, même encore de nos jours, le fondement ainsi que les éléments des principes du droit criminel moderne.

Quand la mémoire d'un homme qui vivait il y a une longue série de siècles, d'un homme comme Sylla, est chargée de crimes et de meurtres, il est injuste d'accepter sans critique ce que les historiens disent de lui. L'opinion de Cicéron n'est peut-être pas étrangère aux jugements erronés que la postérité a portés sur Sylla. La partialité de Cicéron ne doit pas surprendre; il était un zélé adorateur de Tordre équestre sur lequel le bras de Sylla s'appesantit si lourdement. L'ami et le protecteur de Cicéron était

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