‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 166 sur 289 · Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. xxxn · texte numérisé non relu

Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. xxxn

HISTOIRE DE CÉSAR. 2io

César n'eût point de prétexte pour faire la guerre. Dans le Sénat on considéra le résumé de la missive de Ce'sar comme une déclarât ion de guerre ; les débats s'engagent sur la situation de la République et l'avis de Scipion prévalut : César devait licencier son armée à un jour fixé, et s'il s'y refusait, il devait être considéré comme ennemi de la patrie 1 : uti ante certam diem Cœsar exercitum dimittat : si non faciat, eum adversus rempliblicam facturum videri. Cet avis ne fut pas converti en décret, parce que les tribuns M. Antoine et Q. Cassius, intercédèrent et y mirent leur veto; on ouvrit des avis pleins de violence, et plus les mesures qu'on proposait étaient acerbes plus on était applaudi par les ennemis de César 2 . Afin de mettre au grand jour le péril dans lequel se trouvait l'État, le Sénat décide de revêtir le deuil : les tribuns protestent en vain contre ce projet. Pompée qui n'avait pu assister aux séances du Sénat parce qu'elles s'étaient tenues dans la ville, manda les sénateurs dans un des faubourgs : il félicite les uns et les encourage pour l'avenir; il réprimande et excite ceux qui se sont montrés timides. En même temps, il rappelle de tous côtés un grand nombre de vétérans de ses armées; la plupart des soldats des deux légions envoyées par César sont également appelés sous les drapeaux. Rome est remplie de gens de guerre. Sous leur protection, le Sénat se rassemble encore plusieurs fois, les amis des consuls et les partisans de Pompée s'y trou-

1. César, Guerre civile, I. I, ch. H. — Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. xxui.

2. César, Guerre civile, 1. I, ch. il. — Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. xxxii.

vent en nombre considérable ; les tribuns Antoine et Cassius y paraissent aussi. Toutes choses y furent précipitées; au lieu d'une réflexion mûrie et tranquille, on y vit l'impétuosité des adhérents échauffés de Pompée, celle d'un Lentulus, d'un Scipion et autres. Enfin le six janvier amène à la longue une solution. On s'arrête à Rome à une décision qu'on ne prenait à Rome que dans les cas les plus critiques. On rendit donc le sénatusconsuite suivant : Dent operam consules, prœtores, /nbuni pie bis, quique consulares swnt ad urbem, ne quid respublica detrimenti capiat : que les consuls, les préteurs, les tribuns du peuple, et les consulaires qui sont près de Rome, veillent à ce que la République ne reçoive aucun dommage 1 . Les tribuns qui s'opposaient vivement à ce sénatus-consulte furent engagés par le consul à s'éloigner, afin qu'il ne leur arrivât rien de pire. On commit la faute de ne pas réfléchir que tout sénatus-consulte était nul quand on ne permettait pas aux tribuns la pleine jouissance de leur droit d'intervenir (jus intercedendï), et ceux-ci saisirent, avec joie ce prétexte pour fuir à Ravenne et exhorter César, au nom du peuple, à maintenir la constitution. Pour faire ce trajet, ils prirent le costume des esclaves et franchirent la distance dans une voiture de louage'.

A ce moment on aperçoit la grande différence qu'il y avait entre les deux partis : dans celui de Pompée, toute résolution est examinée et pesée subtilement, on y rejette souvent ce qui était sage et politique. Quand une

1. César, Guerre civile, 1. I, ch. v. — Dion Caretai, L XLI, ch. m.

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