Appien, Guerre» civiles, 1. Il, ch. xxxm
HISTOJRE DE CÉSAR.
bonne mesure est prise on l'exécute avec mollesse et lenteur; Pompée était obligé de choisir ses lieutenants selon le rang et non selon les capacités, tandis "que, dans le parti de César, celui-ci agit avec énergie et pénétration ; personne ne devait y avoir la parole que lui, toutes les mesures y étaient prises pour frapper un coup décisif et non par des gens prenant une petite part aux dissidences et aux disputes; on n'avait pas besoin dans le parti de César d extorquer de l'argent et des subsistances, de lever forceraient des -soldats.
Après le départ des trrhuns, pendant les jours suivants, le Sénat s'assemble encore hors de Rome. Pompée y loue le courage et la fermeté du Sénat ; il énumère ses forces; il a toutes prêtes dix légions; en outre, il sait d une manière certaine que les soldats ne sont pas attachés à César. De nouveaux sénatus-consultes autorisent Pompée de faire des levées par toute l'Italie, mettent le trésor public à sa disposition, exigent de l'argent des villes municipales 1 . Ensuite l'on s'occupe de la distribution des provinces; L. Domitius Aenobarbe, nommé successeur de César déjà antérieurement, est confirmé dans le gouvernement de la Gaule transalpine; on donne la Gaule citérieure à N. Considius Nonianus, la Syrie à Métellus Scipion, la Sicile à M. Caton, la Sardaigntîà M. Aurelius Cotta, l'Afrique à L. Aelius Tuberon et la Cilicie à P. Sextius.
L'illusion d'abord secrète du triumvirat, mise ensuite ostensiblement en action par lui, allait en s'évanouis-
1. Appien, Guerres civiles, I. H, ch. xxxiv. — César, Guerre civile, 1. 1, ch. vi. — Cicero, ad Divers., XVI, n.
sant. Les armes durent décider de l'ambition de deux hommes qui rivalisaient pour donner à leurs efforts personnels, l'apparence de tendre au bien public. L'opposition séculaire et tranchée entre le parti populaire et l'aristocratie n'existait plus. Le Romain ne savait en général ce qu'il voulait. La puissance corrosive de l'antagonisme dynastique avait anéanti les anciennes ruptures politiques et civiles, ou bien les faisait concourir à satisfaire des individualités égoïstes. Le sénat ne possédait plus les vertus d'autrefois; l'orgueil envers les faibles et l'humilité envers les puissants, étaient restés comme des résidus funestes. Le peuple compromis depuis des années dans les troubles du tribunat et soumis à l'ambition de favoris haut placés, n'avait conservé du sentiment passionné de ses droits de souveraineté, qu'un penchant obscur pour les nouveautés ; il avait môme sacrifié le plaisir des dangers de la guerre à la manie des plaisirs de tous genres de la ville. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Pompée ne voulut se soumettre au peuple ni César au conseil d'État et que pour dissimuler leur égoïsme, le premier proclamât l'atteinte portée au sénat, le second parlât des attentats criminels aux droits sacrés du tribunat. Voilà ce qui égara les principes politiques de la plupart des citoyens romains et ce qui les fit entrer dans le courant des événements sans aucune mesure et sans aucune moralité.