Suétone, "Vie de César, ch. xxvi
tu Plulanqoe, Vie de César, oh. xxxra.
nations et de ses actes. Les moyens qu'il employa étaient criminels et son but un crime. César n'est point, non plus, justifié par la présomption que c'en était fait de la République. Il est vrai que ceux qui briguaient les emplois publics avaient ouvert des comptoirs sur la place publique, où ils corrompaient systématiquement la foule delà manière la plus impudente, la plus éhontée; il est vrai que la multitude corrompue se rendait aux comices, non pour voter avec des tablettes pour ceux qui avaient payé, mais pour se servir d'arc, de glaive et de fronde, au lieu de tablettes, contre ceux des candidats qu'on voulait repousser, et que la multitude ne se dissipait pas sans avoir teint de sang et couvert de cadavres la tribune aux harangues I II est vrai, enfin, que l'aristocratie, telle qu'elle était, ne pouvait gouverner l'État, et en l'année 49, il s'agissait de savoir si Rome aurait en Pompée un dictateur ou dans César un roi ou un empereur. L'état déplorable des choses avait été amené par l'action odieuse et criminelle du proconsul des Gaules ; car c'est lui qui ruina et abîma toutes les institutions respectables du passé, qui flétrit l'autorité du sénat et qui anéantit enfin la puissance constitutionnelle de la République. Les grands d'alors était la portion la plus endettée du sénat ; le génie inventif de César n'aurail-il donc pu découvrir un moyen capable d'arrêter leurs délits et leurs offenses, et de purger le corps sénatorial de ses membres les plus indignes? Mais nous nous arrêtons dans les hypothèses à faire, car elles porteraient à faux ; César n'était ni un Solon ni un Sylla, il était l'incarnation du crime couronné de l'orgueil, il pouvait agir dans le sens révolutionnaire du mal, qui démolit; mais
dépourvu de tout sentiment de grandeur qui part du for intérieur, il ne pouvait concevoir une restauration de la constitution et de l'État qu'avec lui au faîte.
Une dictature limitée, exercée par un honnête homme jaloux de la prospérité et du bonheur publics, aurait sans doute prolongé l'existence de la République, aurait remédié à bien des maux, ce qu'avait déjà fait une fois la dictature de Sylla. Mais les Sylla sont rares. On courait cette chance et, avec Pompée à la tète de la République, on pouvait espérer. Dans son inimitié et dans ses luttes avec César, ses contemporains étaient pour lui ; il était honnête, sans dissimulation, quoique induit à employer de faux moyens et forcé à en prendre quelquefois de détestables. Comme César, Pompée était possédé de la passion de dominer, mais il ne voulait exercer de puissance qu'avec l'assentiment et la volonté du peuple; il désirait être le premier dans la République ; son but était une dictature viagère. Sous Pompée on comptait sur la conservation de la République ; avec les victoires de César on craignait pour l'importance du peuple romain 1 . Malgré la bonne apparence que César s'efforçait de donner à sa cause, celle de Pompée passait néanmoins pour être la plus juste des deux. Il s'était armé de l'autorité du sénat ; le sénat et les consuls l'avaient revêtu de leur puissance pour sauver et maintenir la République 1 . Mais on ne pouvait pas se dissimuler que la cause de César ne fût celle qui avait la puissance avec elle 3 . Il en imposait à une armée qui