‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 173 sur 289 · Applen, Guerre* civiles^. IV, ch. cxxiv · texte numérisé non relu

Applen, Guerre* civiles^. IV, ch. cxxiv

libérateur. L'issue de la grande lutte qui allait avoir lieu ne pouvait donc être douteuse dès son origine.

La nouvelle de l'irruption de César en Italie sema la consternation dans Rome. On croyait qu'il arrivait avec toute son armée, avec les Gaulois et les Germains qu'il aurait choisis pouT être les bourreaux de ses concitoyens; on pensait qu'il avait l'intention de célébrer, comme Mari us, des saturnales de sang. On fuyait les campagnes pour venir se réfugier dans la ville ; on quittait Rome pour la campagne; c'était comme une migration de peuple : de là l'épouvante, quand des hordes d'hommes, altérés de sang et de butin, s'approchaient pour faire aussi leur moisson. Dans le gouvernement, il n'y avait aucun plan d'arrêté. Pompée, auquel on ne permettait pas d'agir selon son jugement, fut accablé de reproches. C'était le moment, lui dit Favonius, de ' frapper du pied le sol pour en faire sortir des légions 1 .

Cependant César marchait sur Rome. Lorsque ses renforts furent arrivés de la Gaule, il séjourna pour un moment avec deux légions à Ariminum, sur l'Adriatique. Dans le but de dissimuler la faiblesse de ses forces et pour couvrir l'aile droite de son armée, il envoya le tribun du peuple Marc-Antoine, avec cinq cohortes, à Aretium (Arezzo), en Étrurie, d où Scribonius Libon s'enfuit en Campanie, sans avoir combattu. En Ombrie, sur la c&te de l'Adriatique, César fit occuper Pisaurum (Pesaro) et Fanum (Fano); les villes italiennes et surtout les villes municipales étaient pour lui, parce que le parti de Pompée les avait traitées avec dureté et leur

I. Plutarqus, Vie de Ci*a.r y ch. xxrm. — M., Vie dt Pompée, ch. lx.

avait fait des menaces. Les troupes de César occupent aussi Ancône. César se frayait le chemin du Picénum où Pompée avait beaucoup de clients et où il avait de nombreuses propriétés. Iguvium (Gubbio), qu'abandonna Minutius Thermus, se rendit aussi à César. Alors il se rendit avec une légion à Àuximum (Osimo), au nord du Picénum; à la nouvelle de son arrivée, les décurions d'Auximum signifient à Attius Yarus qu'ils ne souffriront pas que César soit exclu de la ville et qu'il ait à pourvoir à sa sûreté. Varus est abandonné de ses troupes, dont une partie se retire, tandis que d'autres se joignent à César. Sorti d'Auximum, César parcourt tout le Picénum où il est bien accueilli ; il occupe Cingulum, au sud-ouest d'Auximum, Asculum (Ascoli) ; là Lentulus Spinther prend la fuite, quoiqu'il eût sous ses ordres dix cohortes, et la plupart de ses soldats le quittent. Avec ce qui lui reste, il est rencontré par L. Vibullius Rufus, homme de jugement et de courage. Il avait été envoyé par Pompée dans le Picénum pour y empêcher la défection et y commander les mesures de défensive ; mais il échoua dans ses deux missions. Ayant rencontrée. Luccéius Hirrus qui s'enfuyait de Camerinum (Camerino) avec six cohortes, il les joint aux siennes, en sorte qu'il se trouve en avoir treize. Avec ces troupes, il se rend à grandes journées à Corfinium (Pelino ou Pentinia), vers L. Domitius iEnobarbe, et lui annonce que César arrive avec deux légions. César avait hâte de descendre dans le sud de l'Italie, afin d'empêcher Pompée de fuir en Épire. Il perd sept jours devant Corfinium, du 16 au 22 février. Domitius apprit trop tard que Pompée voulait quitter l'Italie ; il fut fait

prisonnier avec ses cohortes par César, qui lui rendit la liberté. Sulmo, ville au sud-ouest et à sept milles de Corfinium, se donna à César.

L'incurie et l'insouciance de Pompée avaient fait négliger bien des mesures, bien des précautions ; et si les levées se faisaient mal ou ne se faisaient pas dans beaucoup de localités, c'était la faute à ceux des grands qui en avaient été chargés. Pompée saisissait avec justesse que, si César s'avançait avec son armée des Gaules, on ne pourrait soutenir Rome contre lui. Il réussit à faire prévaloir la décision suivante : que le sénat avec tous les employés devront quitter Rome, et se rendre en attendant à Capoue; qu'on ne ferait aucune différence entre les citoyens qui resteraient à Rome et ceux qui iraient au camp de César 1 . La plupart des grands quittèrent la ville, et, dans une telle précipitation, qu'on oublia d'enlever l'argent du trésor public. Les négociations que Pompée avait entamées avec César peu de temps auparavant, et qu'il continuait toujours, devaient uniquement lui faire gagner du temps et lui permettre de lever des troupes. Toutefois, ces négociations n'empêchaient pas César de continuer sa campagne. Comme nous l'avons vu, ce dernier avançait de plus en plus vers Rome, et toujours de plus en plus les villes se soumettaient à son autorité, et toujours les garnisons passaient de son côté. Cependant, ce qu'il y avait de plus onéreux pour Pompée, c'est que la crainte

1. Appieu, Guerre* civiles, 1. Il, ch. xxxtii. — Dion Cassius, 1. XLI, ch. yi. — Plutarque, Vie de César, ch. xxxni. — César, Guerre civile, 1. 1, ch. xxxih.

d'un nouveau Marius allait en s'évanouissant. César était prudent, politique ; sa douceur et son indulgence calculées lui gagnaient les vaincus et les prisonniers. Il n'avait point l'autorité morale et désintéressée de Sylla, il n'avait pas la liberté d'action de ce dernier; il n'osait frapper comme lui, il était obligé de dissimuler ses ressentiments, et on s'aperçut, lors de ses premiers succès, qu'il n'y avait point de représailles à craindre de sa part. Sa magnanimité ne jaillissait point naturellement de son cœur : il la raisonnait au moment opportun; car, de caractère, de tempérament, il était cruel : témoin les actes que nous avons cités dans la guerre des Gaules. Il était miséricordieux par intérêt personnel, et les faits accomplis ont donné raison à son jugement, à sa perspicacité, à son esprit de conduite. En revanche, ce que faisait, ce dont menaçait le parti de Pompée, excitait à la haine et poussait à la crainte*.

Que faisait Pompée tandis que César s'approchait de Rome? Quand L. Volcatius Tullus lui demanda où était l'armée avec laquelle il voulait aller au-devant de César et que Favonius lui demanda de frapper le sol pour l'en faire sortir, le pauvre et malheureux mais honnête Pompée répondit, découragé et meurtri, qu'indépendamment de ses deux légions gauloises il espérait avoir bientôt trente mille hommes sous les armes. « Nous sommes donc trompés, lui dit en l'interrompant Volcatius, nousdevons implorer la paix.» Et Caton rappela que pendant le pernicieux triumvirat il avait tout prédit. Pompée l'avoua en ajoutant : « Tu n'es qu'un trop bon

1. Dion Caasius, 1. XL', ch. x. — Cicero, ad Atticum, VIII, 16.

prophète, et moi je n'ai été qu'un trop fidèle ami. » Pompée voyait qu'on ne pouvait pas se tenir à Rome, ni même en Italie; mais il n'osait pas révéler cette dernière opinion. Il fit donc rendre un sénatus-consulte par lequel le siège du gouvernement était transféré à Capoue, et tout sénateur, chevalier ou employé quelconque qui ne le suivrait pas, devait être considéré comme passé à l'ennemi et puni comme tel. Au commencement de la seconde moitié du mois de janvier, Pompée quitta Rome dans la soirée pour se rendre à Capoue en Campanie, mais non pour y soutenir el continuer la guerre. Les consuls prirent la fuite le lendemain matin; Lentulus ferma à clef le trésor sacré en ne réfléchissant pas que la hache remplace la clef. Cicéron critiquait le plan de Pompée : son avis avait été d'envoyer des députés à César pour amener une réconciliation. Il blâmait aussi l'abandon de Rome. Il avait en outre accepté le commandement et la défense de la Campanie, espérant rester là loin du théâtre de la guerre; mais il ne se pressa pas de la mettre sur le pied de guerre de peur de choquer César.

Pendant les succès de César, Cicéron voyant une place prise après l'autre, se plaignit à Atticus, et dans sa lettre il appelle César perditus latro : scélérat, brigand ! .

Après la retraite de Rome, Cicéron rejoignit Pompée le 1 9 janvier. Il le trouva accablé de craintes et de soucis: il rencontra, le 23 du mois, le consul L. Lentulus dans les mêmes dispositions. Deux jours plus tard, Pompée se trouvait à Miniurnes, le 24 janvier à Teanum

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