Appien , liv. I, ck xcv
sans frein, les représailles habituelles. On tuait, on pillait de part et d'autre, et c'était inévitable.
Les modifications funestes, destructrices de tout ordre politique, apportées par Marius et les siens aux lois et à la constitution romaines, avaient amené l'anarchie la plus 1 complète. Sylla, maintenant maître de Rome, animé d'un * sentiment d'ordre très-prononcé, n'avait point occasionné la guerre civile, dont l'odieux pèse sur l'ambition du vieux Marius. La guerre civile n'avait été pour Sylla qu'une défense sans laquelle lui et son parti eussent péri. L'impérieuse et inexorable nécessité le força donc de souiller le pavé de Rome par l'introduction d'une armée romaine dans la capitale, vierge encore d'un pareil événement. L'esprit reste interdit, le cœur se glace, l'imagination recule d'épouvante, à l'idée que des citoyens d'un même État, nourris, vêtus, logés aux frais des citoyens de cet Élat pour combattre l'étranger, garantir contre lui la nation et le mobilier social, préserver de la spoliation la fortune publique et privée, soient employés à imposer à des hommes dont ils sont les fils et les frères, la volonté individuelle et arbitraire du premier venu qui aura su corrompre une armée!...
Mais un tel crime ne fut pas imputable à Sylla , et sa mémoire n'en est point ternie. On se souvient qu'en entrant dans Rome avec une armée romaine, Sylla ne fut pas ce premier venu, ne fut pas cet escamoteur de légions. On se souvient qu'il ne fît pas alors prévaloir une volonté arbitraire et isolée, mais qu'il entra dans Rome comme la consécration symbolique et vivante de l'Un -Multiple social, image de la Divinité cosmique elle-même. On se souvient qu'il n'y entra pas seulement en son nom de