‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 194 sur 289 · Tile-Livc, Epitome. ch. cxn · texte numérisé non relu

Tile-Livc, Epitome. ch. cxn

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ne s'était rendu en toute hâte en Égypte que pour porter le coup mortel à Pompée s'il le trouvait encore vivant, César simula de déplorer sa perte, feignit d'être ému et colère de son meurtre 1 . Était-il donc si sensible, celui qui avait ordonné les cruautés atroces qu'on exerça sur les patriotes gaulois, dont le seul crime était de défendre leur pays contre la domination despotique de l'étranger? Quelques jours après l'assassinat de Pompée, les Égyptiens tuèrent aussi L. Lenlulus, consul en 49.

L'historien ne doit pas quitter Pompée sans porter un jugement impartial sur cet homme célèbre qu'on doit plaindre davantage qu'admirer. Pompée ne comprit pas son époque ni ses contemporains. Dans l'ivresse d'un bonheur constant pendant plus d'un quart de siècle et peu commun parmi les hommes, ceint de lauriers que d'autres avaient fait croître, dans les sentiments; ailiers de mérites inouïs, Pompée semble avoir pensé que le sort lui avait réservé de rester seul investi de la toutepuissance dans Rome, à cause de l'admiration universelle que sa position avait amenée. Quelle que fût l'ambition de Pompée, quel que fût le but auquel il tendait, il ne faisait dans l'origine nullement bon marché des moyens pour y arriver. Il respectait les lois de son pays, il se respectait surtout lui-même, ce qui est très-rare en ce monde; mais il ne sut comprendre que ce respect n'était pas payé de retour par la multitude vulgaire qui

1. Dion Caasius, I. XLII, ch. tjh. — On se souvient de ces ver» de Corneille :

O soupira ! ô respect ! oh ! qu'il est doux de plaindre Le sort d'un euucmi, quand il n'est plus à craindre.

{Mort de Pompée.)

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applaudit les faits accomplis, qu'ils soient bons ou mauvais.

Quand Pompée licencia sans suspicion ses légions en revenant d'Asie, il put célébrer un éclatant triomphe : mais il ne lui fut pas permis de réaliser des prétentions d'un ordre plus élevé. L'insuccès de ses projets, l'opposition du sénat à la ratification de ses actes et la mortification qu'il en ressentit, le troublèrent au point de s'allier, lui l'homme encore pur, à César et à Crassus, au démagogue par intérêt et à l'usurier. Le triumvirat précipita Rome en peu de temps dans un état qui rendait le despotisme possible. Ce fut encore par son action liberticide dans le triumvirat que Pompée tenait en partie ses titres au surnom de Grand que Sylla lui avait donné par politique dans un moment où le jeune Pompée pouvait puissamment l'aider à restaurer la constitution romaine.

L'âme de Pompée était trop désintéressée pour comprendre César, dans lequel il y avait plus d'un Marius, ainsi que le grand dictateur l'avait si justement prédit. Pompée avait vu César agir en sous-œuvre, dans des affaires subalternes, quand lui-même était déjà arrivé à l'apogée de la gloire et de la puissance. César lui avait témoigné du dévouement et de l'affection; il avait encore coopéré à son élévation ainsi qu'à la réalisation de ses désirs. Mais Pompée n'eut pas la perspicacité de voir que César ne travaillait uniquement que dans son intérêt. Pompée crut avec naïveté pouvoir gagner par César la popularité que ce dernier avait conquise depuis longtemps par son agilité, sa souplesse intellectuelle et pratique, ses libéralités et ses artifices pour capter la foule;

et désertant momentanément ses principes, fasciné qu'il était, il espérait annuler par cette popularité l'opposition que lui faisait le sénat.

Quand César passa le Rubicon, il ne tira pas le glaive contre Rome, mais bien contre Pompée, contre le sénat et contre tous ceux qui n'étaient pas avec et pour lui. On ne comprend pas l'insouciance, l'incurie même de Pompée dans cette conjoncture capitale. Si à ce moment il a eu la pensée que César n'oserait aller jusqu'à la dernière extrémité, de quel éblouissement ne fut-il pas saisi ! S'il a espéré que César serait abandonné par son armée, quel ne fut pas son aveuglement ! Sans être préparé pour la lutte, il ne lui restait guère d'autre parti à prendre que de quitter Rome, de fuir l'Italie. Dans son absence, César conquiert l'Italie et l'Espagne. Enfin Pompée se réveille de son sommeil; il met en mouvement l'Orient : il ne sait tirer aucun parti de ses avantages sur César. A Pharsale, Pompée a dans son camp le sénat et le peuple romains qui augmentaient sa considération ; du côte de César étaient les légions aguerries qui avaient combattu sous lui pendant neuf ans dans les Gaules, et que César avait formées précisément pour vaincre Pompée dans un temps donné.

Pharsale est funeste à Pompée ; la fermeté qu'il montra dans le malheur et l'adversité lui gagna de nouveau l'intérêt qu'on lui portait et qu'il avait anéanti par une confiance trop hautaine dans le bonheur; et sa mort, enfin, lui attira largement la pitié de la postérité, pitié qui arracha même, dit-on, une larme à César, fût-elle feinte ou réelle. Toute la vie de Pompée nous apprend clairement qu'il voulait êlre le premier dans la Repu-

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blique, mais non le seul, et à ce titre il mérite encore une fois le surnom de Grand.

« Qui n'aurait cru la guerre éteinte avec Pompée? dit Florus 1 . Cependant, des cendres de la Thessalie, on vit renaître un incendie bien plus terrible et bien plus violent que le premier. » Aussitôt l'arrivée du vainqueur de Pharsale en Égyple, il se trouva que l'astuce des Égyptiens s'était trompée sur le caractère de César; car, pendant son séjour à Alexandrie tous les auteurs de l'odieux meurtre reçurent la punition qu'ils avaient méritée, à l'exception de Théodote, l'odieux sophiste que Cassius ne punit que plus tard. La première entrée de César à Alexandrie irrita l'armée égyptienne et la population de cette ville; car il y parut en maître et en régent comme dans une cité romaine. 11 se faisait précéder de ses licteurs, et se saisit du rôle de juge dans les discussions de la famille royale, rôle qui n'avait été légué qu'au peuple romain seul par testament du dernier roi. Il réclama avec dureté le payement d une somme qui lui avait été due par Ptolémée Aulétès 2 . Il fît, à la vérité, remise d'une portion de cette somme, sept millions cinq cent mille drachmes, mais la plus grande partie devait lui en être payée, parce qu'il avait besoin d'argent pour la solde de ses troupes. A l'époque où les disputes s'élevèrent entre César et les courtisans du frère de Cléopàtre, cette princesse dans la plénitude de ses charmes personnels 3 , avait par les artifices d'une coquetterie plus raffinée encore en Egypte qu'à Rome,

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