‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 229 sur 289 · Id · texte numérisé non relu

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d'un autocrate ou d'un monarque. Il eut l'orgueil d'élaborer seul les nouvelles lois qui devaient régir la société romaine. Elles trouvèrent des contradicteurs et des opposants, mais qui n'étaient pas assez considérables, pas assez populaires pour oser se montrer ouvertement ses adversaires. Les dernières guerres civiles avaient dévoré tous les hommes d'action : ensuite César en imposait à la foule imbécile comme neveu de Marius. 11 pouvait donc impunément décréter les lois que les loisirs des camps et de la guerre, surtout des hivers passés dans la Gaule, lui avaient laissé le temps d'élaborer pour son élévation et la consolidation du pouvoir qu'il usurpait. Il s'était entouré de toutes les créatures vénales, de toutes les réputations compromises, flétries ou prostituées : il en avait encombré les innombrables avenues du pouvoir, et si sa magistrature malhonnête condamnait ceux qui n'adoraient pas le demi-dieu du Capilole, ses fidèles légionnaires à double solde étaient là tout prêts à balayer des rues les malheureux qui souffraient intellectuellement ou matériellement dans leurs affaires, par le glas funèbre qui régnait à Rome à l'époque où César commença à jeter superbement le masque.

Il y avait deux ans que César avait fait entrer au sénat bon nombre de membres indignes; il rabaissa la considération de ce corps, ce qui lui était indifférent; le principal, c'était qu'il pût compter sur le dévouement des sénateurs. Toutefois en 46, les temps étaient changés. César pensa à une épuration du sénat : comme préfet des mœurs, il pouvait en augmenter le nombre; mais il n'avait aucune raison d'en augmenter la considéra-

tion. En Tannée 47, César avait nommé membres du sénat des chevaliers, des centurions et des officiers subalternes, à la place des sénateurs qui moururent ou périrent dans la guerre civile 1 . En Tannée 46, comme prœfectw moriim, revêtu du pouvoir de censeur, il compléta le sénat par des fils d affranchis, des provinciaux auxquels il venait de donner le droit de citoyen, et enfin par toutes sortes de gens des basses classes : ses membres montèrent au nombre de neuf cents 2 . Quand César donna aux étrangers le titre de sénateurs, on afficha partout ces mots : « A tous, salut; il est défendu de montrer aux nouveaux sénateurs le chemin du sénat. » On chanta aussi dans les rues de Rome 3 :

Les Gaulois, que la guerre avait fails nos esclaves, Cachent leurs vieux sayons sous l'or des laticlaves *.

Cicéron se moquait publiquement de la facilité de César de créer de nouveaux sénateurs. P. Mallius, son hôte, le priant de faire obtenir à son beau-fils la dignité de Décurion, il répondit devant de nombreux témoins : « Si c'est à Rome, il l'aura; à Pompéi, c'est difficile 5 . » Cicéron disait encore à Labiénus qu'il ne pouvait placer auprès de lui : « Je vous recevrais volontiers, si je n'étais assis si à l'étroit. » Cette plaisanterie était déjà dirigée contre César qui, par le grand nombre de per-

1. Dion Caselus, 1. XLll, ch. li. — Hirtius, Guerre d'Afrique, ch. xxvm.

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