‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 23 sur 289 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

auraient contenu les noms de 4,700 proscrits; cet auteur écrivait sous Tibère, à une centaine d'années de distance de Sylla. Plutarque ne parle que d'un nombre de 520. Florus parle de 2,000 membres de Tordre équestre, Appien, de 100,000 citoyens, et Eutrope , enfin, de 150,000; mais dans les deux derniers nombres sont sans doute comprises toutes les victimes des guerres civiles jusqu'à Sylla. Appien dit en outre que Sylla proscrivit 1x0 sénateurs et 1,600 chevaliers. Le chiffre indiqué par Yalère Maxime n'est que fort peu de chose en comparaison des victimes de l'inquisition, de la Saint-Barthélemy, des dragonades de Louis XIV, de la réaction thermidorienne, de la terreur blanche de 1815 et autres. Qu'on en lise les relations et Ton sera forcé de devenir plus équitable pour les listes de Sylla. Quant à l'ordre équestre de l'époque du grand dictateur, il faut savoir que c'était une classe moyenne entre le peuple et le sénat, partout la plus influente et la plus puissante, tant par la grande fortune de ses membres que par les bénéfices énormes qu'elle prélevait sur les péages et les impôts frappés sur les nations tributaires, impôts et péages que cet ordre avait affermés de l'Etat. Il était encore puissant par la grande multitude d'esclaves vigoureux qu'il entretenait et qui étaient destinés à faire les recouvrements d'argent. L'ordre équestre était donc l'aristocratie des intérêts matériels, toujours peu honorable parce qu'elle est égoïste. Quelle distance n'y avait-il pas entre le Romain et le Grec qui méprisait la saleté du métier, quand celui qui l'exerçait voulait s'immiscer dans des affaires hors de sa portée intellectuelle (banausie) ? Quelque louables que fussent les tentatives réformatrices de Caïus Gracchus, il est

déplorable pour la mémoire de cet homme généreux, assassiné à l'âge de trente-deux ans , quarante années avant la dictature de Sylla, qu'il ait voulu l'extension des Chevaliers. Toutes les grandes entreprises : chaussées, aqueducs, fournitures quelconques, constructions de tous genres, etc., etc., tombaient infailliblement dans leurs mains. Il s'était formé dans le sein de cette chevalerie de grandes associations qui, monopolisant odieusement les affaires, en faisaient les frais nécessaires. Dans des moments de crise ou de gêne , ces compagnies prêtaient à

des particuliers ainsi qu'à des Etats , à un taux usuraire exorbitant, et en hypothéquant les propriétés. Sylla n'est donc pas blâmable , Sylla fut donc juste d'avoir frappé cette aristocratie immorale , toujours dévouée pour ses intérêts au pouvoir du jour.

Parmi les jeunes gens de familles considérables et hostiles au nouvel ordre de choses, était César qui avait épousé en 83, Cornélie, fille de L. Cinna. Du côté paternel il était allié à Marius. Sa tante Julie, sœur de son père, avait épousé le vainqueur des Cimbres et des Teutons. Par son origine, César appartenait au parti aristocratique, mais il exploita sa parenté avec Marius pour s'approcher du peuple, et il le fit d'une manière peu suspecte. — Sylla devait avoir l'œil sur César. — Il voulait que ce dernier se séparât de la fille de son ennemi 1 : mais César résista, tandis que M. Pison obéit au dictateur et se sépara d' Ania, veuve de Cinna. Pompée en avait fait autant d'Autistia, fille d'Anlistius et de Calpurnie. César fut proscrit ; on le

priva du sacerdoce, des biens de sa femme, des successions

i. Velléius Patercului, liv. II, ch. xu,

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