Dion Quitus, 1. XLIII, ch. xxix
IIISTOIUE DE CÉSAR. 359
elles se promettaient bonheur et gloire* Toutefois, Carthage lui résista et Cnéius fut obligé de l'assiéger* Son armée comptait treize légions, mais niai exercées et encore plus mal disciplinées. 11 fut rejoint par son frère cadet Sextus Pompée, Àttius Varus et T. Labienus.
Une sourde lutte s'était montrée à Pharsale entre les intérêts des pompéiens et ceux de l'aristocratie : cette lutte avait rendu la victoire de l'ennemi commun plus facile; en Afrique, les pompéiens ne furent que tolérés par l'aristocratie, et la pensée qu'à la suite d'une campagne heureuse ils assumeraient de nouveau la prépondérance, avait contribué à faire éloigner l'aîné des Pompée. Après la mort de Scipion, de Caton, d'Afra* nius et de Pélréius, les pompéiens se relevèrent ; l'espérance joyeuse* confiante du passé, les avait abandonnés, mais le désespoir fortifie; ayant au dos l'Océan et l'ennemi en face, il ne leur restait aucun choix à faire* aucune alternative : ce n'était que sur le Capilole qu'ils pouvaient trouver sécurité, et la vengeance aiguisait leurs armes. Les lauriers du père réputés éternels étaient froissés, lui-même était tombé, sa fortune avait été confisquée; honnis, dépouillés et proscrits,, le paroxysme de la fièvre les avait saisis. Partout où ils portaient leurs regards, ils apercevaient l'image de la misère ; au bord de l'abîme un compagnon désolé leur tendait la main. Pour remplir ce rôle, Cii; Pompée avait été doué par la nature d'une passion qui approchait de la férocité. En héritant du sérieux de son père ainsi que de sa froideur, l'un s'était converti en dureté et l'autre en cruauté : les terribles et éternels coups du sort lui firent une nécessité du meurtre; son mot
d'ordre dans les batailles, Pietas, « piété filiale x> , était l'arrêt de mort des révoltés et des césariens. Ces derniers aussi n'allèrent pas à la guerre dans la disposition d'esprit habituelle : en Afrique, l'oeuvre de sang s'était inopinément prolongée sans qu'ils l'eussent désirée. Ne devait-elle jamais finir? Le soldat voulait du repos, le dictateur voulait métamorphoser l'État, se ceindre du diadème, traverser TEuphrate et le Tigre, et on le forçait de nouveau à combattre sur les rives de l'Ibère. C'est pour ces causes que les deux partis semblaient se lever avec des forces nouvelles, non affaiblies; il semblait qu'on fût seulement au début de la lutte et plus terrible que jamais fut le choc des deux armées ! .
Pompée l'aîné assiégeait Carthage sans succès; il se porta dans la Bétique sur la rive gauche du Bétis (Guadalquivir), contrée qui se soumit entièrement, à l'exception de la ville d'Ulia, devant laquelle il mit le siège. 11 y laissa son frère et se relira à Cordoue. Vers cette époque, César quitta l'Italie : il était consul pour la troisième fois et avait pour collègue M. Lépidus. A la fin de 46, César fut dictateur pour la quatrième fois, en comptant sa dictature de l'année 49. Vers la fin de septembre de l'année 46 avant l'ère vulgaire, César s'éloigna de Rome : arrivé aux Pyrénées, il suivit la route militaire qui partait des trophées de Pompée et de la ville de Juncaria (la Junquera), passait à Taracon (Tarragone), traversait l'Ibère à Dertossa (Tortose), se dirigeait par Sagonte (Murviedro) et Setabis (Xativa, Jativa, S. Felipe) sur Egelasta (Yniesla); de là sur